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TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

                     
                     
Faire son deuil de l'aporie du deuil                     Faire son deuil de l'aporie du deuil
Sources (*) : "Je suis mort", commencement derridien               "Je suis mort", commencement derridien
Jacob Rogozinski - "Cryptes de Derrida", Ed : Lignes Ed., 2014, p50

 

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[On ne peut faire le deuil du deuil, en dépasser l'aporie, que par un nom inouï : celui du messie]

   
   
   
                 
                       

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1. Le deuil freudien, une mise aux normes?

 Pour Freud, réussir le deuil implique de se délivrer du mort en se détachant de lui ou en s'identifiant à certains traits (introjection). L'échec du deuil survient quand le moi, incapable de se séparer de l'objet d'amour, se l'incorpore inconsciemment, le laisse s'encrypter en lui. C'est la mélancolie. Alors, l'extrême fidélité va jusqu'à la renonciation du sujet à son "propre" moi, la perte de l'objet se transforme en perte du moi. Mais, selon Derrida, ce schéma est essentiellement normatif. Le rituel (social) du deuil, telle qu'il est fait pour sa "réussite", encourage l'oubli du mort. Or il reste toujours quelque chose qui échappe au deuil, quelque chose qui "dérègle l'ordre rituel de la commémoration et de l'oubli" (Rogozinski). La singularité unique, irremplaçable, de ce mort-là, ne se laisse pas supprimer. Elle ne disparaît pas, elle insiste, exige fidélité, hommage, respect. Bien qu'il ait disparu, le mort peut toujours faire retour par des restes omis, des traces perdues, des souvenirs inconscients. Chacun doit survivre avec ces fantômes, ces voix et ces spectres. Pour ne pas outrager leur mémoire et malgré la terreur qu'ils inspirent, il faut les porter, les accueillir en ce monde, faire justice au mort. Cette obligation n'est pas négociable, elle est inconditionnelle, archi-éthique. Puisque cette singularité disparue ne cesse de revenir, tu dois toi aussi passer sur l'autre rive. C'est le deuil du deuil impossible, infini,

 

2. La déconstruction, une pensée mélancolique?

Pour Rogozinski, cette aporie fait de la déconstruction une pensée essentiellement mélancolique : "Je suis déjà mort" - "Je vous dis que je suis mort" serait la devise derridienne - un énoncé lui-même paradoxal, aporétique, impossible, pouvant conduire à la décision de renoncer à la vie. Puisque même quand il réussit, il est tenu en échec, le deuil derridien serait enfermé dans cette logique mortifère. Comme Artaud, Derrida ne serait jamais venu à la vie. Ou encore : la possibilité de préférer la vie lui étant interdite, la déconstruction se traduirait par une série de deuils impossibles : du père, de la mère, du frère (dans la biographie derridienne), mais aussi de la métaphysique (dans sa pensée), de la vérité, etc.. Si Derrida, toujours selon Rogozinski, s'est rarement confronté à la Shoah, c'est parce que le deuil impossible qui la caractérise réside dans la déconstruction même, comme celui de l'archi-écriture ou de l'autre en soi.

 

3. Quel messie?

Comment résister à cette fascination mortifère, comment préserver la mémoire du mort sans se laisser dévorer par lui, sans être conduit vers un deuil de soi, une perte du moi, un égicide? Jacob Rogozinski propose d'en appeler au nom du messie. Au-delà du deuil et, selon le Zohar, "avant que toutes les larmes n'aient été versées", il rendra justice aux vaincus, aux morts. Pour Rogozinski, "cette vérité messianique serait celle de la résurrection" (p49), qu'il rapproche de l'alèthéia grecque : une renaissance par décèlement de la vérité qui arrache le nom des héros à l'oubli (lèthè). Dans un autre ouvrage, Le moi et la chair (2006), où il développe sous le titre d'"ego-analyse", une phénoménologie du moi, Jacob Rogozinski donne plus de précisions sur ce qu'il entend par "messie". Comment le moi peut-il accéder à sa singularité absolue, comment peut-il se libérer ou se délivrer de l'autre mortifère en lui? Il doit revendiquer son état d'exception. En disant "je", Je serai ce que j'ai à être.

 

 

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Propositions

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Aporie du deuil : il faut préserver la mémoire de l'autre, mais il faut aussi l'oublier pour "réussir" son deuil

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On ne fera jamais son deuil ni d'un fantôme, ni de la singularité unique, irremplaçable, d'un mort

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Une injonction archi-éthique, qui résiste au deuil, ordonne de faire justice au mort, de respecter son altérité, de l'accueillir comme autre en soi

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Comment faire le deuil du deuil? C'est la chose la plus terrible, la plus secrète

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De la Shoah, on ne peut parler qu'en silence, sans en parler, dans l'expérience extrême d'un deuil impossible

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Il y a chez Derrida une mélancolie de la déconstruction : portant le deuil de la métaphysique qu'il garde incorporée en lui, il affirme : "Je vous dis que je suis déjà mort"

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Peut-être la prévalence de la question du deuil dans l'œuvre derridienne est-elle liée au nom de son père, "Aimé Haïm Derrida", dans lequel la vie est inscrite

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Ce qui advient, peut-être, dans le temps messianique, c'est la possibilité de dire je : "Je serai ce que j'ai à être"

- Le jour de son enterrement (12 octobre 2004), un texte de Jacques Derrida a été lu en public par son fils. Il contient la phrase : Préférez toujours la vie et affirmez sans cesse la survie. Cette formulation semble contredire l'interprétation proposée par Rogozinski. Il se peut qu'elle ouvre d'autres pistes, d'autres voies, dans une autre logique.

 

 


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