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de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
L'oeuvre n'explique pas, elle répond à...                     L'oeuvre n'explique pas, elle répond à...
Sources (*) : L'oeuvre derridienne, vaccin contre le pire               L'oeuvre derridienne, vaccin contre le pire
Pierre Delain - "Pour une œuvrance à venir", Ed : Guilgal, 2011-2016, Page créée le 6 mars 2015 L'oeuvre, un appel à répondre

[Pour lire l'oeuvre derridienne sans la trahir, il faut accepter le principe : "Tu ne chercheras pas à comprendre, mais à répondre"]

L'oeuvre, un appel à répondre
   
   
   
                 
                       

Devant un texte aussi touffu, aussi complexe que celui de Jacques Derrida, on est tenté de chercher à comprendre. Que veut-il dire? Quel est le sens de ces phrases, peut-on être d'accord ou non avec lui? Mais c'est omettre que ce texte n'est pas un constat, c'est une apostrophe. S'il démontre, ce n'est pas pour enrichir le domaine des savoirs, c'est pour s'adresser à l'autre. S'il se veut rigoureux ou strict, ce n'est pas pour trouver une assurance dans un formalisme ou une rationalité supposée, c'est par respect pour la langue. On trouve dans Politique de l'Amitié (pp280-282) - ce livre organisé autour d'une apostrophe qui n'est elle-même qu'une lecture ou une traduction défectueuse d'une autre apostrophe -, un commentaire sur la distinction entre trois modalités de la réponse ou de la responsabilité : répondre à, répondre de, répondre devant. De ces trois modalités, dit Derrida, une seule est inconditionnelle : répondre à.

"Comment enchaîner la question de la réponse à la question de la responsabilité? Et pourquoi faire de l'amitié un lieu privilégié pour cette réflexion?" (PDLA p280).

On peut, reprenant cette question, s'interroger sur la possibilité d'une lecture amicale d'un texte. D'un côté, rédiger une thèse, c'est se présenter devant une instance, une institution, une communauté d'autres, voire un tribunal ou une loi. La problématique du "répondre devant" est nécessairement mise en jeu. Mais d'un autre côté, s'agissant de la déconstruction, on ne peut que "répondre à" - non pas à Jacques Derrida comme tel, ni même à sa signature ou à son spectre, mais à la question, la demande, la prière, l'apostrophe, le signe ou l'appel qui déclenche le mouvement même du rapport à l'autre.

Selon Derrida, de toutes les dimensions de la responsabilité, celle du "répondre à" est la plus originelle, la plus fondamentale. Même le quant à soi le plus solitaire, lorsqu'il est question de répondre "de soi", en son nom, en tant que sujet tenu pour responsable de soi-même, n'en est qu'une modalisation. C'est et ç'aura toujours été "à l'autre" qu'on répond, à un autre éventuellement universel (comme dans le "répondre devant"), ou éventuellement singulier (l'amitié). Avant tout échange, tout discours, il aura fallu que l'appel de l'autre - son salut, son interpellation, son insistance, rende possible une toute première réponse. Il aura fallu un rapport à l'autre qui n'ait été conditionné par aucune autre détermination, aucun autre enjeu que ce rapport. C'est ce premier rapport inconditionnel que l'oeuvre derridienne invite à réitérer [ce qui n'implique ni redécouverte, ni révélation, ni répétition à la manière de Freud] - étant entendu qu'il n'est pas d'itération sans altération (cf Limited Inc).

Reprenons donc notre question : comment analyser l'oeuvre derridienne sur le mode du "répondre à", qui suppose démonstration, rigueur, pensée strictement agencée, mais rien qui soit de l'ordre de l'explication ou de la compréhension? Il sera moins question ici de méthode que de choix des priorités, d'un privilège accordé à certaines logiques par rapport à d'autres. On ne renoncera jamais à comprendre - ce qui conduit à élaborer sur le mode du concept; mais on se donnera pour tâche première de répondre, ce qui implique la mise en oeuvre de principes. L'un et l'autre sont indissociables. Jamais on ne peut les séparer complètement, pas plus qu'on ne peut séparer - comme on le verra (§ID) l'ordre du "Quoi" de l'ordre du "Qui".

C'est ce choix du principe, le privilège du principe par rapport au concept, qui gouverne le plan de la thèse.

 

 

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Propositions

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"Répondre à l'autre", c'est l'acquiescement le plus originel, le plus fondamental, et aussi le plus inconditionnel

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