Accueil
Projet
Derrida
Œuvrance
Sources
Scripteur
Mode d'emploi
 
         
           
Lire Derrida, L'Œuvre à venir, suivre sur Facebook L'activité du site, suivre le blog

TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Peinture, fiabilité, vérité, alliance                     Peinture, fiabilité, vérité, alliance
Sources (*) :              
Jacques Derrida - "La vérité en peinture", Ed : Flammarion, 1978, p398

 

Crane (Van Gogh, 1887) -

Ce qui se donne à voir en peinture n'est pas une fidélité à l'objet, mais une fidélité à un autre engagement, "avant" tous les contrats en vigueur

   
   
   
               
                       

Pour l'acquérir, cliquez

sur le livre

 

Dans sa lecture de L’origine de l’œuvre d’art, Jacques Derrida choisit de privilégier la Verlässlichkeit (fiabilité, solidité), un concept développé par Heidegger à partir des Souliers de Van Gogh, en tant qu’ils sont attribués à une paysanne [voir ci-contre citation de Heidegger n°1] et à son monde. Sans reprendre ici l’ensemble de cette lecture, où le mot de vérité prend un sens complètement différent de celui qu’il a chez Heidegger (en tous cas dans son rapport à l’œuvre d’art [voir citation de Heidegger n°2]), on peut s’interroger sur la relation entre l’« autre performatif » tel que nous cherchons à le définir et la fiabilité. A partir du moment où Heidegger introduit cette notion, il n’évoque plus l’utilité. Renonçant à traduire le mot Verlässlichkeit, Derrida construit autour de ce mot, avec ses mots à lui, un autre environnement sémantique.

CITATION : "Ce qui est verlässig mérite confiance, foi ou crédit. Dans ce cas, le crédit est antérieur à tout contrat symbolique faisant l’objet d’un engagement signé (explicitement ou non) par un sujet nommable. Il n’est pas culturel ni davantage naturel. Il revient à un engagement - " (La Vérité en peinture, p398).

A cet endroit du texte, une césure est introduite. La phrase « Il revient à un engagement - » s’arrête d’un coup, sans même quelques points de suspension, comme s’il fallait que le lecteur, invité à participer par le tiret, prolonge le dialogue fictif par une réponse ou une intervention personnelle. Quel est l’engagement impliqué par la Verlässlichkeit de l’œuvre?

Ce qui se donne à voir en peinture ne serait pas une fidélité à l'objet, mais une fidélité à un autre engagement, « avant » tous les contrats en cours (esthétiques, juridiques, politiques, économiques, sociaux et même linguistiques), qui procéderait d’une expérience plus ancienne, « pré-originaire » [« La Verlässigkeit, ce don ou cet abandon pré-originaire » (La Vérité en peinture, p404)], d’un fondement plus profond. Dans d’autres textes, Derrida décrit le lieu d’une telle expérience.

CITATION : « (…) en vue d’un troisième lieu qui pourrait bien avoir été plus que l’archi-originaire, le lieu le plus anarchique et anarchivable qui soit, non pas l’île ni la Terre promise, mais un certain désert – et non le désert de la révélation, mais un désert dans le désert, celui qui rend possible, ouvre, creuse ou infinitise l’autre » (Foi et savoir pp28-29).

Cette valeur de fiabilité serait antérieure à l'opposition de l'utile et du sacré. Ici les termes de Heidegger pourraient être repris : un acte de création qui ouvre un monde, un appel silencieux qui ne pourrait pas se dire dans les catégories traditionnelles comme matière/forme, sujet/objet, etc. Rien ne garantirait cette confiance, qui ne pourrait pas être contresignée par un sujet, mais seulement par une autre instance… par exemple des Souliers.

Bien que les Souliers de Van Gogh [la chose elle-même ou sa peinture sur une surface plane] soient dépareillés, hors d'usage, bien qu’ils soient extérieurs à l'espace de la production, bien qu’ils ne servent à rien, on peut compter sur eux comme "choses fiables". La preuve : un historien de l’art ou un philosophe peut, à partir de leur image (quoiqu’au prix de quelques inattentions et/ou déformations) faire revenir ou restituer certaines “vérités“ ou soi-disant telles. Tout se passe comme si ces Souliers avaient été, avant, les témoins secrets d'un autre contrat, d'une alliance invisible, sur le fond de laquelle peuvent s’ancrer certaines croyances : l'ajustement/piqure des pointures, la réappropriation du tableau par l’homme des villes ou l’homme des champs, sa réattribution, sa surinterprétation, etc. Chacun reste fidèle à ses convictions, dont les Souliers témoignent, à même la peinture.

Pour soutenir son hypothèse, Jacques Derrida invoque, comme on l’a vu, le Double portrait des époux Arnolfini, mais aussi différents passages du texte biblique, comme celui où Moïse retire ses souliers devant le buisson ardent (Exode 3,5). Ce qui est engagé à chaque fois est l’Anfang ou « initial » (dans le vocabulaire du traducteur d’Heidegger), cette instauration qui ouvre un monde nouveau [v. citation de Heidegger n°3]. Et lorsque Heidegger lui-même, dit Derrida, introduit ce mot, Verlässlichkeit, il le fait performativement : engageant une structure de langue et de discours qui appelle des gardiens, des continuateurs.

Ainsi l’ « autre performatif » est-il aussi l’engagement impliqué par la Verlässlichkeit de l’œuvre.

 

 

Citations de Heidegger :

1 - « L’être-produit du produit réside bien en son utilité. Mais celle-ci à son tour repose dans la plénitude d’un être essentiel du produit. Nous l’appelons la solidité (die Verlässlichkeit). Grâce à elle, la paysanne est confiée par ce produit à l’appel silencieux de la terre ; grâce au sol qu’offre le produit, à sa solidité, elle est soudée à son monde » (pp34-35). Et plus loin : « Une pierre n’a pas de monde. Les plantes et les animaux, également, n’ont pas de monde, mais ils font partie de l’afflux voilé d’un entourage qui est leur lieu. La paysanne, au contraire, a un monde parce qu’elle séjourne dans l’ouvert de l’étant. Le produit, dans sa solidité, confère à ce monde une nécessité et une proximité propres. L’ouverture d’un monde donne aux choses leur mouvement et leur repos, leur éloignement et leur proximité, leur ampleur et leur étroitesse » (Heidegger, L’origine de l’œuvre d’art, in Chemins qui ne mènent nulle part, pp46-47).

2 - « L’essence de l’art serait donc : le se mettre en œuvre dans la vérité de l’étant » (Heidegger, L’origine de l’œuvre d’art, in Chemins qui ne mènent nulle part, p37).

3 - « L’instauration de la vérité n’instaure donc pas seulement au sens d’un libre don, mais aussi dans celui de cette fondation fondant le fondement » (Heidegger, L’origine de l’œuvre d’art, p86).

 

 

 


Recherche dans les pages indexées d'Idixa par Google
 
   
 
 
Follow @pdelayin

 

 

 

 

 

   
 
     
 
                               
Création : Qylal

 

 
Idixa

Marque déposée

INPI 07 3 547 007

 

Derrida
PeintureCredit

DH.LLD

UPeintureFidelite

Rang = NFidelePeinture
Genre = MR - IA