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Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Il faut à l'oeuvre un sacrifice, un retrait                     Il faut à l'oeuvre un sacrifice, un retrait
Sources (*) : Derrida, la vision : pleurs et aveuglements               Derrida, la vision : pleurs et aveuglements
Jacques Derrida - "Mémoires d'aveugle, L'autoportrait et autres ruines", Ed : RMN, 1990, p38

 

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Derrida, sur sa vie

A usage privé, le titre de l'"oeuvre derridien" serait : "L'ouvre où ne pas voir"

Derrida, sur sa vie
   
   
   
               
                       

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"Le 11 juillet, donc, je suis guéri (sentiment de conversion ou de résurrection, la paupière cligne de nouveau, mon visage reste hanté par un fantôme de défiguration), c'est le premier rendez-vous au Louvre. Le soir même, alors que je rentre chez moi en voiture, le thème de l'exposition s'impose à moi. Comme d'un coup, en un seul instant, je griffonne au volant un titre provisoire, à usage privé, pour classer mes notes : L'ouvre où ne pas voir, qui devient à mon retour une icône, soit une fenêtre à "ouvrir" sur l'écran de mon ordinateur" (Mémoires d'aveugle, p38).

Reprenons le récit : Le 5 juillet 1989, une réunion est prévue au Louvre pour préparer le projet d'exposition confié à Jacques Derrida. Mais il doit annuler cette réunion à cause d'une affection banale mais spectaculaire qui le faisait souffrir depuis 13 jours (depuis le 22 juin 1989) : une paralysie faciale d'origine virale : "le côté gauche du visage frappé de rigidité, l'oeil gauche fixe et terrible à voir dans un miroir, la paupière ne se ferme plus normalement : privation du "clin d'oeil", donc...". Le 11 juillet, guéri de cet aveuglement, une autre réunion au Louvre est organisée, et c'est là que, au retour, dans sa voiture, risquant l'accident, écrivant sans regarder ce qu'il écrit, le thème s'impose à lui. Il marque "L'ouvre où ne pas voir" (sic). Ce titre provisoire, qui sera remplacé par Mémoires d'aveugle, est privé, dit-il, destiné à ses notes de préparation. Mais d'un autre côté il n'est pas si privé que ça, puisqu'il en fait état, il en parle dans ce livre qui est aussi un catalogue d'exposition. Tout se passe comme si, en révélant ce titre intime, secret, il mettait fin à autre aveuglement : celui du lecteur ou du spectateur. Voici donc quel était le titre de l'exposition, le titre originel, improvisé avant qu'il ne soit effacé. Ce titre est exposé, exhibé dans le livre, comme les dessins sont exposées dans l'exposition.

Image du film de Safaa Fathy, "D'ailleurs Derrida" (1999).

 

 

L'OUVRE OÙ NE PAS VOIR (sic), c'est le titre de quoi?

- On pourrait traduire au plus simple : "l'oeuvre où ne pas voir". Dans la maladresse de l'écriture aveugle, l'oeuvre serait devenue l'ouvre par effacement du e dans le e dans l'o (œ), modifiant la prononciation et le sens. Ce serait supposer que l'oeuvre serait le lieu où l'on ne voit pas, ou bien une oeuvre écrite par un aveugle, comme dans les cas de Joyce ou de Borges cités juste après. "Tout l'oeuvre de Joyce cultive les bâtons vivants" écrit énigmatiquement Derrida (p39) (ce sont probablement les bâtons d'aveugle dont il se sert pour orienter son écriture), utilisant le mot "oeuvre" au masculin. [A chaque fois que Derrida veut parler d'une oeuvre géniale, il remplace le féminin par le masculin. Ainsi, dans GGGG, Hélène Cixous n'a pas écrit une oeuvre, mais un oeuvre]. En général, pour passer du masculin au féminin, on retire un "e" - mais ici, au lieu que ce soit un e final, c'est le e à l'intérieur du e dans l'o qui est retiré. Le résultat de ce retrait, c'est que l'oeuvre s'ouvre dans une ouverture aveuglante, elle commence par le retrait de la vue, comme l'acte du dessinateur.

- On pourrait aussi interpréter ce titre provisoire comme un commandement. "Il faut que tu ouvres ce qu'il faut ne pas voir!" Comment ouvrir ce qui doit rester secret, ce qui est au-delà de la porte, comme la loi kafkaïenne? En restant à demi aveugle, sans clin d'oeil, ou en sacrifiant provisoirement (aussi provisoirement que le titre) à moitié sa vue ou la moitié de sa vue. C'est un sacrifice involontaire, un sacrifice de l'autre.

- Est-il abusif de supposer que le titre provisoire d'un livre peut valoir pour toute l'oeuvre ou tout l'oeuvre [ou tout l'"ouvre"] d'un auteur? Ce qui ne se voit pas, il ne faut pas seulement le dire, pas seulement l'écrire, il faut le faire. C'est ce que Derrida a fait toute sa vie, dans son oeuvre immense (au masculin). Après tout, c'est cela l'oeuvre.

- Dans un autre texte étroitement lié à celui-ci par son caractère autobiographique, Derrida parle de cet événement qu'il appelle PF (paralysie faciale) (Circonfession, p117). Il écrit ce récit un mois plus tard, le 23 juillet 1989. A partir de là, dit-il, il n'est plus le même. Hanté par cette défiguration dont les signes semblent déjà effacés, il ne reconnaît plus son visage. Il parle de "conversion" (Circonfession, p119), allusion peut-être au "tournant" de sa production théorique. En rapportant cette sorte de lapsus, il laisse peut-être entendre que cette conversion pourrait elle-même avoir pour titre ces mots : "l'ouvre où ne pas voir". Pour en venir à une autre étape de son engagement d'écriture, il fallait en passer par le retrait du visage et son corrélat graphique, le dessin. Il fallait que s'écrive une phrase grammaticalement illisible mais performative à sa façon : ouvrir, par l'oeuvrance, un "ne pas voir".

 

 

 


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