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Derrida, sur sa vie                     Derrida, sur sa vie
Sources (*) : Il faut à l'oeuvre un sacrifice, un retrait               Il faut à l'oeuvre un sacrifice, un retrait
Jacques Derrida - "Mémoires d'aveugle, L'autoportrait et autres ruines", Ed : RMN, 1990, pp43-44

 

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Il fallait que Derrida fasse son deuil du dessin, qu'il se retire de la visibilité, pour qu'à travers l'aveuglement des pères il s'envoie à lui-même une élection secrète, indéchiffrable

   
   
   
               
                       

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Sur un mode apparemment anecdotique, Jacques Derrida raconte qu'il était jaloux de la capacité de son frère à dessiner. Pourquoi était-il, lui, privé de cette faculté? Pourquoi devait-il subir cette infirmité, le châtiment de l'impuissance et la culpabilité qui va avec? Soit il regardait le modèle, soit il dessinait, mais le lien entre les deux que son frère réussissait miraculeusement à concrétiser, ce rapport d'apparition / disparition qui revient dans ce qu'il appelle son hypothèse de la vue - ce lien lui était étranger. Il était donc aveugle, et c'est de là qu'il fallait partir. A partir de l'aveuglement, il était voué à produire un autre trait, et ce fut l'écriture. Pas de trait sans perte de la vue, pas de trait sans rapport à l'invisible, pas de trait sans retrait, comment recomposer tout cela? Il fallait réparer la blessure, il fallait dépasser par le haut la tentation fratricide.

C'est cette situation qui l'a conduit à se croire, en secret, en silence, élu. S'il n'était pas l'élu du visible, alors il était l'élu de la nuit. C'est cette situation qui l'a conduit à s'envoyer à lui-même un message : dans le rapport à la perte, à l'aveuglement, au retrait, à l'invisible, il a, lui aussi, une vocation. Il reçoit, lui aussi, une convocation, mais cette convocation, il se l'envoie à lui-même. C'est une sorte de graphie : les mots, le verbe, l'écriture. De même que son frère avait dessiné la figure d'un rabbin en prière, il devait, lui, dessiner une autre figure, celle d'un aïeul en prière qui était lui-même. Il y trouverait du plaisir, une jubilation qui n'appartiendrait qu'à lui. Pour "faire son deuil" du dessin, il fallait qu'il trouve une autre généalogie - et ce furent les philosophes, les pères perdus (c'est-à-dire aveugles, comme lui), les personnages mythologiques, comme Athéna aux yeux pers. Le père s'efface sous le mot, le signifiant, "per" ou "pair" ou "paire" - cette paire qui, chez lui, boîte toujours.

Image extraite du film de Patrice Chéreau, La chair de l'orchidée (1974).

 

 

Et comme il condamnait le visible, il a poursuivi l'invisibilité un certain temps en refusant de se laisser photographier, en tenant à l'écart le système des médias. Mais à peu près à cette date (vers 1990), justement quand il fait cet aveu, il cède sur la visibilité, il se montre aux journalistes, jusqu'à devenir une icone, jusqu'à laisser proliférer les images de lui. Au moment où il rend publique l'élection, il rend aussi publique son image.

L'oeuvre, dans cette démarche, n'est pas seulement une tentative de suppléance (l'impuissance au dessin). Elle n'est pas seulement une tentative de s'acquitter d'une dette (être puni pour sa jalousie, son désir de meurtre). La faute originelle de Jacques Derrida, n'est pas comparable au vol de ruban de Jean-Jacques Rousseau ou au vol de pommes de Saint Augustin. Il faut que ce soit une faute qui ne puisse se solder par aucune compensation, qui ne puisse prétendre à aucune innocence ni aucun salut. Il faut qu'on ne puisse y répondre que par le retrait. Aucun verdict, aucun châtiment ne tient devant la croyance en une élection. A la place du désir d'innocence de Jean-Jacques Rousseau, vient chez Jacques Derrida le désir d'élection. Elu pour quoi? Pour qu'au terme d'un gigantesque parcours, il ne reste que cela : le retrait, le retrait en tant que tel. Et la prolifération des images, le côté médiatique, ne servent qu'à masquer ce retrait.

 

 

 


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