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Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, la stricture                     Derrida, la stricture
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 2 septembre 2015 Oeuvre, différance, pulsion de mort

[Derrida, la stricture]

Oeuvre, différance, pulsion de mort
   
   
   
                 
                       

1. Stricture et structure.

Dans les textes publiés de Derrida, le mot stricture apparaît pour la première fois dans Glas (1974). Il est largement mis en oeuvre dans les textes des années 1975-78, notamment dans Spéculer - sur "Freud" (1975, in La Carte Postale) et Restitutions (1978, in La Vérité en peinture). Mais ce mot, sans disparaître, est utilisé ensuite de manière plus restrictive, pour des raisons qu'on essaiera d'analyser plus loin.

La stricture diffère de la structure par une lettre, le "i", une lettre plus légère, plus aérienne que le "u" par sa forme, son mouvement, sa tension, la variabilité qu'elle ouvre. La stricture peut serrer ou desserrer les liens, saisir ou dessaisir, introduire des écarts horizontaux ou verticaux. Elle se détache du corps de la lettre comme le point sur le (i), selon un type de lien qui, dans le même mouvement, dissocie du propre et dissémine l'unité. Elle n'est pourtant ni vague ni instable. Par sa stricte exigence de rigueur - exigence qu'on trouve dans le mot (strict) et aussi dans ses dérivés : striction, astricture, déstricturation, restricturation..., la stricture se rapproche de la structure. Elle est un hymen qui trouble, unit le strict et le lâche. Son ambiguité n'est pas dissociée de sa sonorité. On la retrouve par exemple dans le son GL de Glas, qui exige un certain resserrement de la langue, un effort, un affect, une pliure, pour être prononcé, avant qu'une voyelle ne vienne le relâcher soudainement. Ce resserrement peut être rapproché d'une des significations du mot en anglais : rétrécissement, restriction, constriction - mais le réduire à cela, ce serait un faux sens.

 

2. Le lien.

Pour nommer la stricture, Jacques Derrida privilégie les figures du lien : ligament, corde, tresse, bande, texture, câble, sangle, cordes, y compris les cordes des instruments de musique, celles qui permettent de régler le rythme, la hauteur du ton et la qualité du timbre. En tant que lien, la stricture est toujours déterminée (stricte), mais elle peut être tendue ou détendue, elle peut aussi être remplacée, substituée, déborder son intériorité par des envois ou des représentants.

Le mot binden (lier en allemand), avec son "i", est associé par Derrida à un mot français, la bande. De même qu'il peut y avoir double bind (injonction paradoxale... en anglais), il peut y avoir double bande : prolifération des marges entre deux textes, entre linéarisation et délinéarisation. Pour tout texte, entre deux désirs inconciliables, il peut y avoir double bande, bande contre bande. Cet entre-deux, entre séparation et réparation, est aussi celui de la différence sexuelle (différer sans dissocier, diviser sans trancher, interrompre et enchaîner).

 

3. Une définition à partir de Freud.

Freud utilise le verbe allemand binden et ses dérivés pour décrire l'opération de liaison des énergies attribuée à l'appareil psychique. Avec la stricture, il ne s'agit pas seulement de lier, mais de bander, avec toute l'ambiguité érectile de ce mot, de serrer, d'enchaîner les énergies libres au service du principe de plaisir. Lier, c'est faire chuter l'énergie, délier, c'est prendre le risque qu'elle s'accroisse de manière incontrôlable. Serrer, ce n'est pas seulement maintenir ou fixer, c'est aussi transférer, acheminer, propager. La stricturation est une opération à la fois refoulante et disséminante, que Derrida associe au concept ou quasi-concept qu'il privilégie dans ces années-là : la différance.

Cette stricture différantielle, il la retrouve dans les hypothèses de Freud sur le rapport entre principe de plaisir et pulsion de mort, et aussi dans le mouvement même de ce livre singulier qu'est Au-delà du principe de plaisir, qui multiplie les angles sous lesquels on peut entendre les pulsions de mort, sans en tirer de conclusion définitive. Ce rapport est une stricture qui se lie elle-même, à la façon du plaisir ou de tout ensemble érotisé.

cf : La structure (ou stricture) principe de plaisir / principe de réalité / pulsion de mort (1, 2, 3 en un) est celle de la différance : si elle s'interrompait, ce serait l'arrêt de mort.

Dans toute répétition, il y a un passage, un brouillage, un pas au-delà. La stricture doit, pour maintenir l'ordre, laisser passer des forces hétérogènes. A son tour l'appareil psychique, pour se protéger contre ces menaces, doit contre-investir. Le processus primaire (supposé liant) et le processus secondaire (supposé lié) sont indissociables. Les deux principes (plaisir et réalité) sont inséparables de la pulsion de mort. On ne protège la vie qu'en la conduisant vers la mort.

Freud défend-il une thèse, ou bien évite-t-il d'arrêter sa pensée à quelque conclusion que ce soit (l'hypothèse derridienne de l'athèse)? C'est un peu des deux, de manière indécidable, comme la stricture.

 

4. Une définition à partir de l'oeuvre.

Freud nommait Fort/Da le double mouvement de rapprochement / éloignement qu'exécutait son petit-fils Ernstl, lorsqu'il voulait maîtriser un objet. En supprimant la barre et en écrivant fort:da, Derrida insiste sur l'interconnexion de ce double mouvement, sur la façon dont il laisse du jeu, dont il fait jeu. Par le Fort/Da, Freud et Ernstl auraient, tous deux, fait oeuvre. Ce geste, on peut aussi le repérer dans l'oeuvre de certains philosophes, et dans les arts graphiques. Toute oeuvre entretient cet écart, qu'on pourrait qualifier de strictural. Elle entrelace la différance, sans la suturer. Les pensées de Freud, comme celles de Derrida, comme celles de Heidegger sur l'art ne sont pas serrées, elles tiennent en laissant de l'écart, à la façon d'un lacet. Elle n'adhèrent pas au sol.

C'est en laissant faire la stricture que l'écriture de Lévinas aurait fait son oeuvre. Par une certaine maniière de lier, serrer, entrelacer, il aurait inventé le tout autre.

Et aussi :

cf : Pour Heidegger, l'oeuvre d'art, la chose et le produit sont entrelacés dans une structure (stricture) où le produit se place "entre" la chose et l'oeuvre.

cf : Tout rapport à un tableau implique un mouvement double de rapprochement et d'éloignement, de marque et de marche (fort:da).

 

5. Autres.

Dans les textes plus tardifs (après 1978), Jacques Derrida a rarement évoqué la notion de stricture. Il a parfois utilisé ce mot, lorsque deux ou plus de deux éléments, apparemment incompatibles, devaient fonctionner ensemble. C'est le cas par exemple, en politique, de la souveraineté et de la liberté; ou encore, entre la position féminine et la figure de la castration.

A partir du moment où Derrida a rapproché ce concept du cramponnement ou de l'emprise, il a réservé le mot à des organisations où la question du pouvoir était en jeu. La stricture crampronne et le décramponnement contribue non seulement à desserrer la stricture, mais peut-être même à l'effacer - comme tout événement idiomatique, illisible. Il faut dès lors, pour déconstruire, privilégier d'autres figures non saisissantes, comme la pliure. Mais la stricture ne disparaît pas. Il est notable que, dans la période de son usage, le mot a servi dans l'analyse du rapport de la déconstruction à des oeuvres, qu'elles soient signées Derrida (Glas), Freud (Spéculer - sur "Freud") ou Van Gogh (Restitutions).

 

 

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Propositions

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Pour Freud, la fonction de stricture la plus originelle de l'appareil psychique est le lien (binden) : serrer, bander, maîtriser, poser, suppléer, substituer, envoyer un représentant

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Figures privilégiées de tout ce qui est soumis à stricture : le ligament tendu, la corde tissée ou tressée, la bande, et aussi le ton : hauteur de voix et qualité de timbre

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La double bande de Glas met en jeu deux désirs inconciliables : délinéariser ("J'érige pour que vous ne puissiez pas me châtrer") / linéariser ("Je me châtre moi-même")

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Chez Freud, il n'y a jamais "la" répétition, mais une stricture différantielle qui enserre le principe de plaisir, comme un lacet de chaussure, et induit une déconstruction générale

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La structure (ou stricture) principe de plaisir / principe de réalité / pulsion de mort (1, 2, 3 en un) est celle de la différance : si elle s'interrompait, ce serait l'arrêt de mort

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Lire le texte de Freud "Au-delà du principe de plaisir", c'est reconnaître l'impossibilité de s'arrêter à une thèse ou une conclusion posée comme théorique ou scientifique

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On ne sait pas ce qu'est le plaisir : un passage qui n'arrive qu'à s'effacer, un hymen qui revient à son point de départ, une stricture qui se lie elle-même

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Un ensemble travaille silencieusement à se lier lui-même; plus il y a de forces encore libres, plus il s'érotise

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Le son "GL" - ce resserrement de la gorge, cette stricture - peut être considéré comme le texte même de l'affectivité

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La différence sexuelle sépare en réparant, sans couper ni opposer; elle reste entre-deux, entre séparation et réparation

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La femme, comme figure de la castration ou de la vérité, fait revenir, en sa demeure, le phallus ou le signifiant

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C'est en laissant faire la stricture que l'écriture de Levinas aura fait son oeuvre : une obligation qui oblige

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Par son écriture, par une certaine manière de lier, serrer, entrelacer dans une série le Dire et le Dit, Emmanuel Lévinas invente le tout autre

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L'oeuvre ne joue pas dans une logique de la coupure, mais de la stricture : entrelacer la différance sans la suturer

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Tout rapport à un tableau implique un mouvement double de rapprochement et d'éloignement, de marque et de marche (fort:da)

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Pour Heidegger, l'oeuvre d'art, la chose et le produit sont entrelacés dans une structure (stricture) où le produit se place "entre" la chose et l'oeuvre

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La chaussée sur laquelle cheminent les pensées est comme la série des chaussures de Van Gogh : jamais lacées, elles n'adhèrent pas au sol

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Double bind : au nom de la souveraineté, il faut la liberté; mais il faut aussi déconstruire la souveraineté, sans remettre en cause la liberté

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On peut lire la "stricture" comme un cramponnement, que seul un événement idiomatique, illisible, pourrait décramponner

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