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de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, le mal radical                     Derrida, le mal radical
Sources (*) : Derrida, le deuil               Derrida, le deuil
Marc Crépon - "Vivre avec - La pensée de la mort et la mémoire des guerres", Ed : Hermann, 2008, p142

 

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Derrida, la mort

Il faut, pour résister au mal radical, être en deuil de tout autre, "penser" le sens du monde dans une relation à la mort d'autrui

Derrida, la mort
   
   
   
Derrida, l'autre Derrida, l'autre
               
                       

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Des analyses menées dans ce livre, Vivre avec [la mort], Marc Crépon déduit un axiome :

"A chaque fois que les frontières se brouillent, la fragilité de sa résistance au mal [il s'agit de la fraternité, en tant qu'elle s'oppose au mal radical] repose sur le même principe qui est, d'abord et avant tout, celui d'une éclipse : l'éclipse de la relation à la mort d'autrui qui devrait seule lui servir de fondement" (p142).

En d'autres termes, le fondement de le fraternité ne devrait pas être la solidarité des frères, qui risque, elle aussi, de se retourner en mal s'ils exercent une violence contre les autres (les non-frères), mais elle devrait être l'attention à la mort d'autrui. Si cette attention faiblit, c'est-à-dire si l'impératif éthique et politique du rapport à la mort d'autrui est abandonné, alors la fraternité ne résiste pas au mal. Voilà ce qu'il faut penser pour fonder la fraternité, dit Marc Crépon. Il s'appuie pour cela sur l'analyse du deuil déployée par Jacques Derrida. Chaque mort signifie, singulièrement, la fin d'un monde, mais aussi, ajoute Derrida, la fin du monde en général. En conséquence chaque mort, qu'elle soit proche ou lointaine, nous endeuille, chacun d'entre nous. Elle ne nous endeuille pas seulement après la disparition de l'autre, mais dès l'arrivée de cette possibilité, c'est-à-dire originairement. Même du vivant de l'autre, nous devons déjà en garder la mémoire, et même si notre finitude la rend impossible, l'éthique hyperbolique (inconditionnelle) nous enjoint, en principe, d'accueillir en nous la trace de tout autre, d'en porter le deuil - et dans ce tout autre, il y a aussi soi, le rapport endeuillé à sa propre disparition.

C'est là que Marc Crépon prend une direction distincte de celle de Derrida. La mortalité d'autrui, dit-il, sa vulnérabilité, débordent la capacité du moi. En limiter l'accueil impliquerait violence et injustice; mais la prendre en considération implique une politique de l'éthique (p161). Une telle politique ne saurait faire abstraction de la mortalité d'autrui, dans sa singularité. Alors que la politique en général tend à nier ces singularités, cette politique de l'éthique les partage. Comment partager des singularités? Cela ressemble à une aporie. Pour fonder ce partage, il faut introduire un autre concept : la survivance. D'un mort et d'une mort à l'autre, l'un et l'une chassant l'autre, c'est une différance qui est mise en mouvement. Ainsi la passion de la survivance, comme partage des singularités par le deuil, pourrait devenir politique. N'est-ce pas à un tel partage qu'invite Socrate dans le Phédon? Sur le point de mourir, il semble se réjouir à l'idée d'une déliaison de la pensée, qui serait la conséquence inéluctable de la mort. Si cette pensée s'écarte du corps, si elle se désapproprie, alors elle peut être partagée. Devant cette virtualité inouïe où la mort remémorée par le deuil se fait politique, où chaque mort singulière participe de la possibilité de survie d'un monde, un nous qui n'éclipse pas la pensée de la mort pourrait, peut-être, "nous" protéger du désastre.

Une image du film de Fritz Lang, La mort lasse (1921)

 

 

Aux questions posées par Marc Crépon, on peut en ajouter une. Il faut, dit-il, penser la mort d'autrui. Il ne s'agit pas seulement de la vulnérabilité de l'autre, ni du présent-vivant de la relation avec autrui, comme Derrida l'explique à propos de l'amitié. Si, par exemple, la communauté des lecteurs de Derrida peut être dite amicale plutôt que fraternelle, c'est parce qu'entre ces amis, l'alliance est silencieuse. Elle repose moins sur la familiarité avec l'autre ou sur son visage, souvent inconnu, que sur les ressorts secrets du rapport à une oeuvre. Dans cette amitié entre étrangers, un fond sans fond abyssal ne se dit pas. On pourrait, à partir de cela, avancer une hypothèse : l'oeuvre serait l'un des lieux privilégiés du rapport à l'autre déjà mort, déjà mort mais digne d'un deuil infini, de la plus grande et de la plus fidèle attention. Quand Derrida, dans Chaque fois unique, la fin du monde, rend hommage à ses amis, c'est en sollicitant leurs oeuvres, dans le secret de leur conjonction, comme l'écrit Marc Crépon (p146), et non pas du fait d'une proximité effective avec eux.

Marc Crépon, lui aussi, doit avoir recours aux oeuvres pour analyser cette amitié.

"Dans le travail de Derrida, comme dans la constellation des oeuvres qu'il aura si singulièrement sollicitées pour en penser la portée, un dialogue" est poursuivi. (...). "Si nous devons nous tourner vers ce dialogue, ce n'est pas seulement parce qu'il thématise ce que la pensée de l'un doit à celle de l'autre, mais parce que s'y joue, de façon décisive, l'extension de la responsabilité du deuil et de la mémoire au-delà des limites de l'amitié. Sans doute, il s'agit d'un texte d'adieu, d'un texte qui, comme tant d'autres, prend à sa charge la pensée, les mots et les phrases d'un ami qui s'est tu à jamais (...) (Marc Crépon, Vivre avec, p153).

Ethique et politique ne sont donc pas les seules voies pour la prise en compte de la mort d'autrui. La lecture, l'interprétation, l'analyse et la survie des oeuvres, au-delà de la vie, en est une autre. Socrate avait déjà laissé, avant sa mort, une trace endeuillée de lui-même. Le deuil qui en aura été fait, après lui, aura pris la forme d'une oeuvre, celle de Platon - paradigme peut-être de l'attention à la mort d'autrui.

 

 

 


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