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de Jacques Derrida

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Derrida, la loi, le droit                     Derrida, la loi, le droit
Sources (*) : L'oeuvre derridienne, vaccin contre le pire               L'oeuvre derridienne, vaccin contre le pire
Marc Crépon - "La Vocation de l'écriture", Ed : Odile Jacob, 2014, p67

 

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Chaque oeuvre, unique

Pour percer le secret du fondement de la loi, il faudrait à la fois dire sa généralité et la singularité de celui qui s'y rapporte - ce qui est impossible, sauf peut-être par un récit

Chaque oeuvre, unique
   
   
   
               
                       

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Dans La Vocation de l'écriture, Marc Crépon fait remarquer que, pour rendre compte de l'origine de la violence, de nombreux penseurs ont préféré recourir à des récits ou des fictions, plutôt qu'à un argumentaire sous forme d'essai. C'est le cas de Jean-Jacques Rousseau (le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes), de Sigmund Freud (Totem et Tabou), et aussi de Franz Kafka ( le Château et, dans le Procès, le court récit qu'est Devant la loi). Ce recours peut s'expliquer par le fait que la loi est à la fois :

- générale : qu'elle soit naturelle, morale ou juridique, elle s'applique à tous, elle se veut universelle.

- et singulière : la loi s'impose à chacun, elle s'inscrit singulièrement dans le corps de chacun, sa subjectivité, sa voix, sa façon de parler.

L'origine de la loi est énigmatique, obscure, inaccessible. Qu'est-ce qui fait que la loi est la loi? D'un côté, on peut s'y soumettre sans connaître son histoire, on peut respecter son autorité même si son fondement reste secret ou mystique. Mais d'un autre côté, on ne renoncera jamais au désir d'en découvrir l'origine.

Qui garde la loi? Dans le récit de Kafka, il y a un gardien. Mais ce qui garde la loi doit-il nécessairement prendre la figure d'un gardien? Selon Marc Crépon, ce pourrait être la langue. Renvoyant au Monolinguisme de l'autre (p13), il fait observer que d'une part nous nous plions chacun à la loi de cette langue que nous parlons (qui est la nôtre), mais que d'autre part, cette même langue n'est pas la nôtre - car elle nous est imposée par la famille, l'école, la société et les nombreuses institutions dans lesquelles nous sommes pris. Notre loi, c'est qu'il faut que nous vivions déracinés, exilés dans notre propre langue.

C'est là qu'intervient la question du récit, qu'on peut élargir à la question de l'oeuvre. Chacun est pris dans la réitération d'une dialectique entre "langue de départ" et "langue d'arrivée" (La Vocation de l'écriture, pp70-71). La première, qui nous vient du dehors, ne peut pas être totalement maîtrisée. Pour s'y retrouver ou s'y stabiliser, il faut inventer "sa propre singularité dans la langue". Il faut fabriquer un autre idiome, une autre "langue d'arrivée", qui rendrait droit à ce qui nous arrive, à ce qui fait événement. Mais une dépossession nouvelle peut toujours venir bousculer cet idiome. Telle est la folie de la langue, son irréductible altérité. C'est cette menace de folie qui conduit à recourir à la fiction. On peut, par les voies détournées d'un récit, aider à rendre viable un rapport à la langue, contribuer à produire un rapport absolument singulier à la loi et à l'interdit. C'est ainsi qu'a procédé Kafka. Il a tenté, par l'écriture, de déchiffrer, tant bien que mal, son rapport à la loi, de rompre cette fatale inaccessibilité dont il a parlé dans sa Lettre à son père.

"Cette inaccessibilité, c'est d'abord le récit qui lui donne forme. Ce qu'il produit, comme les contes de Shéhérazade dans Les Mille et Une Nuits, ce n'est rien d'autre, en effet, que la mise en oeuvre ou la mise en langue de la différance - comme si c'était là, au fond, la raison de toute écriture, comme si l'impossible anamnèse de l'origine nous vouait à différer indéfiniment sa rencontre dans et par l'invention d'une langue et la reprise d'un récit qui sont autant de suspensions du rapport à la loi, ou du moins de toute relation à elle qui se voudrait directe, immédiate, frontale. Oui, il se pourrait bien, au bout du compte, que ce soit là, dans ce lieu improbable qu'on appelle la littérature, que se nouent, là où elles font le creuset de toutes singularité, notre relation à la loi et notre relation à la langue" (Marc Crépon, La Vocation de l'écriture, p75).

Par la production d'oeuvres, "le hiatus entre la généralité de la loi et la singularité du rapport que chacun entretient avec elle redevient viable" (p72). On pourrait élargir la proposition de Marc Crépon en avançant l'hypothèse que, peut-être, une oeuvre quel que soit son genre (et pas seulement un récit, pas seulement la littérature, pas seulement l'écriture) pourrait se nouer au lieu de cette archi-origine inaccessible, cette origine aporétique de la loi.

Et Marc Crépon d'ajouter : "Voilà où réside la subversion! La littérature "impose" sa loi qui, devant la loi, la met hors la loi. Elle résiste à la résistance de la loi dans et par l'invention répétée de son idiome. Il n'y a pas d'autre voie" (p76).

En d'autres termes, par l'oeuvre, on ne peut pas espérer échapper à la folie de la langue, mais on peut espérer vivre avec. Vivre avec, c'est faire venir une autre loi de la langue, une autre loi qui se serait détachée de sa souveraineté. Mais cette autre loi ne peut pas se stabiliser. Elle reste en suspens. La singularité de l'idiome ne peut pas faire loi.

 

 

Une image arrêtée du film "Il était une fois dans l'Ouest" (Sergio Leone, 1968).

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