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de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
La violence proscrit l'adresse à l'autre                     La violence proscrit l'adresse à l'autre
Sources (*) :              
Marc Crépon - "La Vocation de l'écriture", Ed : Odile Jacob, 2014, p96

 

Yeux d'ardoise (Celan, in Renverse du souffle, p114) -

En ouvrant des partages de la singularité, qui appellent des alliances imprévisibles, chaque poème s'oppose à la violence et y résiste

   
   
   
               
                       

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Pour Marc Crépon, la "vocation" de la poésie, comme celle de l'écriture, c'est de résister à la violence. Quand, en 1953 puis en 1960, Paul Celan a été accusé de plagiat, il l'a vécu comme un retour de cette violence dont il avait connu les pires excès. Si l'énigme de la poésie, son secret, c'est d'ouvrir pour le lecteur la possibilité d'un lien entre l'expérience la plus singulière et l'"universalité", alors la rupture de cette possibilité implique l'effondrement d'un monde, celui qui aura permis à Celan de survivre jusqu'en 1970.

Marc Crépon reprend la problématique de Jacques Derrida, qui présente cette tension entre singulier et universel par le biais des dates. D'un côté, une date singulière reste toujours unique, énigmatique. On ne peut jamais l'interpréter complètement, la saturer d'informations et de connaissances. Mais d'un autre côté, une date (par exemple le 20 janvier) revient chaque année. On peut la commémorer, en célébrer l'anniversaire. Or tout poème, qu'il cite ou non une date particulière, est daté. Il propose et même exige le partage de cette date unique. Il s'adresse à d'autres dates, celles du lecteur, imprévisibles et improgrammables, des dates inconnues qui se disent dans d'autres langues. Cette rencontre à la fois aporétique et nécessaire est le secret du poème.

"Le poème tient sur un fil entre deux abîmes : celui de la "singularité pure" qui ne parle à personne et celui de la généralité qui fait violence à toute singularité. Entre ces deux abîmes, le poème cherche et trace sa voie, une voie médiane qui est celle d'un partage des singularités que Celan nomme un méridien et auquel Derrida donne quant à lui un autre nom qu'il emprunte au poète : celui précisément de Schibboleth" (Crépon, La Vocation de l'écriture, p84).

Derrida ne s'arrête pas à l'interprétation donnée dans Schibboleth. Dans La bête et le souverain, il associe le Méridien (titre donné à un autre texte de Celan) à une déconstruction de la souveraineté. Les dates singulières ne sont pas des exemples ni des renvois à des dates plus générales. Elles restent singulières. Un poème ne reproduit pas les paroles toutes faites, il se déploie à rebours des grandes dates. Son pas de côté, sa contre-parole idiomatique, témoignent, selon Crépon, d'"une présence de l'humain qui est plus forte que la terreur, la mort et leur fascination" (p88). Elle déconstruit la souveraineté autovalorisée de l'artiste qui se met en scène, en se tournant vers le temps de l'autre.

"Le poème atteste d'abord et avant tout la présence d'une solitude et d'une singularité conjointes" (p89).

Un poème de Paul Celan, traduit par Jean-Pierre Lefebvre (Renverse du souffle, p114). Le titre allemand est "Schieferäugige".

 

 

Marc Crépon interprète le désespoir de Celan comme "un défaut d'attestation de l'humain" (p90), un "déni brutal de toute attention au temps de l'autre, c'est-à-dire de ce rassemblement, de cet être-ensemble, de ce partage de la singularité qui attestent la présence de l'humain". Il insiste sur deux mots : universel, violence. Il y a, dans cette interprétation, un déplacement humaniste de l'analyse derridienne. Dans Schibboleth, Derrida déclare que le poème, est en droit, en principe, universel (Schibboleth p72). Ceci ouvre la possibilité d'une analyse, d'une herméneutique. Pour autant que son sens soit répétable, un poème peut prendre valeur de philosophème (Schibboleth p88). Mais cet universel n'est pas présenté comme un appel à la solidarité, à la compassion. La singularité du poème, c'est qu'il s'adresse à des dates toutes autres, irréductiblement étrangères (unheimlich). Dans l'interprétation qu'on pourrait dire plus lévinassienne de Marc Crépon, le poème s'adresse à d'autres dates, les dates des autres (La Vocation de l'écriture, p84). Certes, les deux se recoupent. "Tout autre est tout autre", dit Derrida. Mais c'est l'accent, le fil directeur, qui se déplace.

"Vivre avec d'autres, c'est nécessairement avoir affaire à leurs dates qui requièrent attention et parfois même secours, comme celui que Celan voulait apporter à Nelly Sachs avec ses poèmes. C'est pourquoi, parmi les multiples formes de violence, d'injure et d'outrage, dont tout un chacun peut être victime et qui le nient dans sa singularité, il faut compter celles qui peuvent être faites à ses dates : l'organisation de l'oubli, le déni des anniversaires, l'effacement des traces" (Marc Crépon, La Vocation de l'écriture, p83).

Pour Derrida, l'"au-delà du souverain" est aussi un "au-delà de l'humain", tandis que pour Crépon, il est une « attestation de l'humain ». Mais ces deux points de vue qui apparemment se contredisent se confondent dans la poésie de Celan. En questionnant radicalement les limites du langage et les bornes de l'humain, Celan appelle aussi le soutien de l'autre et la rencontre secourable d'autrui. Peut-être le suicide du poète est-il lié à cette intolérable aporie. Le pessimisme incurable devant la monstruosité, la possibilité de survie de l'humain comme tel, associé à une perte de confiance dans l'humain, peut conduire à la folie. En prenant acte, sans relève possible, du chemin de l'impossible, Paul Celan se serait, aussi, incliné devant les limites irréductibles de la responsabilité, de l'hospitalité pour l'arrivant. Même la poésie aura été déficiente pour résister à ce que Celan vivait comme une intolérable violence. Même son oeuvre immense n'aura pas suffi pour répondre à l'interaction d'une terrible souffrance psychique et du souvenir indélébile , toujours présent, du mal radical.

En ce sens, on pourrait dire que la « solution » derridienne pour faire face à cette souffrance (laisser se faire une œuvre répondant aux principes inconditionnels) aura été en échec pour Celan.

 

 

 


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