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de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Glas, Hegel et les Juifs                     Glas, Hegel et les Juifs
Sources (*) : "Glas", texte en double colonne               "Glas", texte en double colonne
Pierre Delain - "Croisements", Ed : Galgal, 2004-2016, Page créée le 14 novembre 2015 Derrida, le judaïsme

[Dans "Glas", Jacques Derrida prend au mot ce que Hegel reproche au judaïsme : il n'est pas de relève possible au "rien" invisible, innommable, au "sans contenu" des Juifs]

Derrida, le judaïsme
   
   
   
                 
                       

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1. Hegel et le judaïsme.

Dans L'esprit du judaïsme - ce texte de jeunesse inachevé, écrit en 1798 peu avant L'esprit du christianisme (1798-99) - le jugement que porte Hegel sur la tradition juive est d'une extrême dureté. Cela ne signifie pas qu'on trouve chez lui les thèmes traditionnels de l'antisémitisme. Hegel procède autrement. Son antijudaïsme est plus philosophique que religieux. Il cherche dans l'Ancien Testament les passages qui pourraient confirmer ses idées a priori. Ces passages, il les isole du texte et s'en sert pour sa démonstration, sans tenir compte du judaïsme réel de son temps. Il cite Moïse Mendelssohn (p47, p83), mais semble ignorer le judaïsme talmudique.

On trouvera ci-contre quelques thèmes développés par Hegel dans ce texte.

Dans d'autres textes, plus tardifs, Hegel mentionnera quelques éléments du judaïsme qui anticipent selon lui le christianisme. Il explique par exemple dans La raison dans l'histoire que, dans la religion juive, l'esprit est pour la première fois représenté, encore que de façon seulement abstraite (p79). En concédant cela, Hegel se rapproche de la position traditionnelle de l'Eglise : dans l'Ancien Testament, n'est digne d'intérêt que ce qui peut être interprété comme une annonce du Nouveau.

 

2. La réponse de Derrida dans Glas.

Suivant sa stratégie habituelle, Derrida ne contredit pas directement Hegel. Il le cite abondamment. Il retient certains points à partir desquels d'une part il peut déployer sa

déconstruction de la métaphysique, et d'autre part, il peut faire avancer, mettre en mouvement sa démarche, affirmer sa pensée de manière performative plus que constative.

- jamais il ne fait appel aux pratiques du judaïsme réel pour contredire Hegel. Il ne s'agit pas pour lui de dire : Le judaïsme, ça n'est pas ça (même si c'est évident pour tout lecteur informé d'aujourd'hui). Lui aussi reste sur un plan essentiellement philosophique, sans s'engager dans une "défense" du judaïsme.

- il cite des textes de l'Ancien Testament (les deux colonnes qui montrent la route (p59ai), le tabernacle (p59a)), mais pas toujours ceux que retient Hegel. Ces citations bibliques ouvrent à d'autres interprétations.

- alors que Hegel ne mentionne qu'une fois la circoncision sans la nommer, Derrida privilégie ce rite. La brève phrase de Hegel à ce sujet ("Abraham resta fermement attaché à sa séparation qu'il rendit voyante par une propriété corporelle qu'il s'imposa à lui-même et imposa à des descendants") est commentée dans Glas sur cinq pages. Derrida rapproche les deux thèmes de la circoncision et du sacrifice d'Isaac autour de la problématique de la castration : "La circoncision est une coupure déterminante" (p51a), mais une coupure, suggérera-t-il plus loin sans le dire (p69ai), qui ne retranche pas, pas plus que Jesus n'a retranché, en l'accomplissant, un iota de la loi.

- il prend Hegel au mot en développant certaines de ses formulations à partir de concepts (la castration, l'auto-affection, la coupure, la décapitation, le dégoût) ou d'auteurs (Freud, Genet) ignorés de lui :

a. en dénonçant la loi et les coupures, Hegel lit d'avance, selon Derrida, la structure conceptuelle de la castration. Il ignorait le mot, mais son texte est habité par cette structure, c'est elle qui le conduit à choisir, par exemple, le mythe de la Méduse (sans rapport avec le judaïsme).

b. L'horreur que Hegel ressent vis-à-vis du judaïsme est liée à ce qui ne peut pas se relever : le vomi, le pet, le dégoûtant. Pour Derrida, cette thématique est associée à la castration. Le phallus, lui non plus, n'a ni lieu, ni trajet, ni signification.

c. Hegel soutient que le judaïsme est incompatible avec la "relève" (Aufhebung). Il reste abstrait et rivé à la matérialité. Justement, dit Derrida, il faut rompre avec cette métaphysique de la relève, cette croyance téléologique en un savoir absolu vers lequel la pensée et la sensibilité convergeraient. Le judaïsme, qui reconnaît l'altérité radicale du tout autre sous la figure du vide ou du rien, peut être lu comme une contre-relève.

d. cela conduit Derrida à assumer un certain héritage juif, repris en partie des thématiques de Hegel mais ancré dans la tradition. Il interprète le judaïsme comme une loi révélée, vide de tout contenu, qui n'apporte ni connaissance, ni vérité. Dans le temple, sous la tente du tabernacle (michkan), il n'y a qu'un espace vide, une enveloppe faite de textures, d'étoffes ou de bandes.

 

3. Articulation à l'autre versant de Glas, celui de Genet.

Chacun des deux auteurs commentés dans Glas a marqué son hostilité au judaïsme. Ce choix n'est pas anodin, il entre dans une longue série d'écrivains avec lesquels Derrida choisit de dialoguer, et qu'on peut dénoncer pour avoir été antisémites à un moment de leur vie : Heidegger, Carl Schmitt, Blanchot, de Man, Jean Genet lui-même, qui milite pour la cause palestinienne au moment où Derrida écrit Glas.

Par rapport aux thèmes juifs, les textes de Hegel et Genet pourraient être analysés comme la contre-épreuve l'un de l'autre (autre usage de la double colonne). Genet réussit à relever le rien, l'abstrait, le dégoûtant par son texte, dont on ne peut nier qu'il soit à la fois beau et brut. Il réalise ce qui semble impossible à Hegel : une relève non familiale, non généalogique, de l'innommable.

4. Le rapport de Jacques Derrida au judaïsme : surenchère et déconstruction.

QUELQUES THEMES DEVELOPPES PAR HEGEL DANS "L'ESPRIT DU JUDAISME" (pagination de l'édition de poche de "L'esprit du christianisme et son destin", Ed Vrin, 2003) :

- après le déluge, les Juifs ont perdu foi dans la nature, c'est pourquoi ils construisent une tour.

- Isaac a béni Jacob sans même avoir conscience de le faire - ce qui est antinomique avec une véritable bénédiction.

- après la sortie d'Egypte, les Juifs ne font rien pour se libérer, ils sont passifs. Ils attendent tout de Moïse. Les lois que Moïse leur impose sont un joug. Ils servent leur Dieu comme un objet (p48), ils sont liés à une loi qui leur est étrangère (p52). La domination de Moïse et Aaron ne diffère pas de celles des Egyptiens (p54).

- Abraham (p41) ne s'occupe pas de la terre, il se contente d'en jouir. Il quitte sa patrie, son père, sa famille (renonçant à leur amour). Il rejette sa jeunesse hors de lui-même (p71). Il n'est rattaché à aucun Etat. Il renonce à toute sécurité, à toute habitation fixe. Il est un étranger sur terre Il abandonne les puits qui abreuvent ses troupeaux. Il est infidèle à son amour pour son fils. Il ne s'intéresse pas au présent, mais à une promesse indéterminée. Ce qui domine chez lui, c'est la séparation (il est séparé du monde entier, de la nature entière). Il s'oppose à tout, à tous les peuples parmi lesquels il vit. En témoigne une particularité corporelle qu'il impose aussi à sa descendance (p73, la circoncision). Il sacrifie son individualité à son Dieu.

- le Dieu des Juifs sert le tout du peuple, pas l'individu. Les Juifs ne sont pas des citoyens. La religion n'est même pas issue de l'esprit de la nation, elle lui est étrangère (p56).

- l'invisibilité du dieu juif est incompatible avec l'imagination. On ne peut ni en faire des images, ni en parler. Cet infini hors d'eux n'a pas de contenu. Il est vide, ni vivant, ni mort, c'est un néant (p78). Pompée est surpris quand il entre dans le Saint des Saints (p79) : en ce point central, il n'y a qu'un espace vide (qui est, pour Hegel, incompatible avec la beauté comme avec l'amour). Ce mystère ne peut être enseigné à aucun homme, il n'y a pas d'initié. Il n'y a pas non plus de sacré, le sacré est invisible. Même le shabat n'est qu'un jour de vacuité, pour des esclaves (p81).

- le judaïsme ignore la famille (cf Abraham) et il ignore aussi la propriété (p80). Le sol appartient à Dieu, il lui revient régulièrement, on ne peut pas l'acquérir (p58). Même le corps humain n'est que prêté par Dieu (p79). Dans ces conditions, il n'y a pas de possibilité de liberté.

- Tout ce qui est beau est banni, car ce n'est rien de réel (p57). Le judaïsme n'est pas une religion du bonheur, mais du malheur. Dans le malheur, c'est la séparation qui est présente, dans le bonheur, c'est l'amour, l'union. "Le dieu des juifs est la séparation suprême, qui exclut toute libre unification".

- le judaïsme est matérialiste, il ne remédie qu'à l'état de nécessité (p59). Il change tout en pierre, mais curieusement Hegel appuie sur argumentation sur la tête de la Gorgone, qui n'est pas juive (p75).

- Le fils ne peut pas choisir librement sa femme. C'est la tyrannie la plus cruelle, pour un peuple auquel le libre amour et la beauté sont absolument étrangers. La femme n'est pas un être aimé, mais une marchandise.

- conclusion de Hegel : "La tragédie du peuple juif ne peut éveiller que le dégoût. Le destin du peuple juif est le destin de Macbeth, qui sortit de la nature même, s'attacha à des êtres étrangers et, à leur service, dut ainsi nécessairement fouler aux pieds et massacrer toute la sacralité de la nature humaine, être finalement abandonné par ses dieux - car ils étaient des objets, et lui était esclave - et être foudroyé dans sa foi même" (p93) .

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Propositions

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[Derrida, Hegel]

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Dans la lecture hegelienne du judaïsme, sa loi et ses coupures, on peut lire la structure conceptuelle de la castration

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Abraham est si attaché à la séparation qu'il impose la circoncision, ce signe ou ce simulacre de castration, à lui-même et à ses descendants

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La circoncision, castration simulée, coupe sans retrancher; du point sur le (i), elle fait un élément prononçable

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Selon Hegel, le Juif circoncis est comme la tête de Méduse qui transforme en pierre tout ce qu'elle regarde ; une pure castration, sans relève possible

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Assumer ou dénier la castration, cela revient au même : c'est donner un sens au phallus, lequel n'a ni lieu, ni trajet, ni signification, ni aucune possibilité de relève

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Selon Hegel, la tragédie juive est laide, abominable, elle ne peut éveiller que l'horreur ou le dégoût - qui sont ceux du même Hegel devant la castration

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Le judaïsme est une loi révélée, vide de tout contenu, qui n'apporte ni connaissance, ni vérité, dont le secret est séparé, coupé, infiniment éloigné, exproprié

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Sous le texte de l'alliance, sous la pierre du temple, sous la tente du Tabernacle, le propre du Juif est un espace vide qui lui est infiniment étranger : la loi

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Le michkan (Tabernacle, ou Demeure du Saint des Saints) est fait de textures (ou tentures, ou tapis, ou étoffes, ou bandes) dont il faut sans cesse remployer l'excédent

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Dans la "Sittlichkeit" hegelienne, l'amour chrétien "relève" le droit et la moralité abstraite - qui sont associés au judaïsme

 

 

 


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