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TABLE des MATIERES :

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 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Une oeuvre en appelle au témoignage d'un autre                     Une oeuvre en appelle au témoignage d'un autre
Sources (*) : Derrida, le témoignage               Derrida, le témoignage
Pierre Delain - "Pour une œuvrance à venir", Ed : Guilgal, 2011-2016, Page créée le 4 déc 2015 Derrida, le secret

[Pour témoigner d'un secret non dit, inconnu, anéanti, au nom d'un témoin disparu, une oeuvre en appelle au témoignage ou à la réponse de l'autre]

Derrida, le secret
   
   
   
Derrida, l'art, l'oeuvre Derrida, l'art, l'oeuvre
Une oeuvre témoigne d'un retrait, un secret               Une oeuvre témoigne d'un retrait, un secret    
                       

Jacques Derrida a publié en 2004, dans le Cahier de l'Herne, la version originale d'un texte déjà paru en traduction anglaise en 2000 (sans doute fallait-il que, pour ce texte-là, la traduction paraisse en premier), intitulé Poétique et politique du témoignage. Ce texte se présente comme une analyse du poème de Paul Celan, Aschenglorie, paru dans le recueil Atemwende (Renverse du souffle). On y trouve une théorie du témoignage, une théorie de la poésie, et peut-être aussi une théorie de l'oeuvre. Un poème ne renvoie pas à un art d'écrire défini avant lui : il produit, il invente cet art d'écrire, il fonde une poétique, il institue les règles qui valent pour ce poème-là. Cet acte extravagant, inouï, engage une responsabilité, et inversement, dit Derrida, "tout témoignage responsable engage une expérience poétique de la langue". C'est cette deuxième assertion qui peut sembler la plus risquée, la plus audacieuse. En quoi la responsabilité engagée par un témoignage, comme tel, est-elle comparable à un poème?

 

1. Le témoin, irremplaçable.

Le témoin, comme le poète, est solitaire, irremplaçable. Il se réfère à des dates, des événements dont lui seul peut témoigner dans sa langue, son idiome. Certes il peut mentir, se parjurer, mais le signataire du poème le peut aussi. L'un et l'autre garde d'autres secrets, non dits, inépuisables, et l'un et l'autre laisse un testament.

Par la déclaration du témoin, cette chose qui a été présente dans le passé, qui est définitivement perdue, est supposée présente aujourd'hui. Le témoin a vu, entendu ou senti cette chose que lui seul peut évoquer. S'appuyant sur la dernière phrase du poème de Celan, Personne ne témoigne pour le témoin, Derrida compare la place du témoin à celle du mort : on ne peut pas plus témoigner à la place d'un autre que mourir à la place d'un autre, ni d'ailleurs laisser un testament à la place d'un autre.

Un témoin témoigne toujours à la première personne du singulier : "Je témoigne", dit-il, vous devez me croire. La chose dont je témoigne, que j'ai perçue dans le passé, est toujours représentée dans ma mémoire. Au moment où le témoin s'exprime, ce dont il témoigne est aussi absent pour lui que pour ceux auxquels il s'adresse. Pour l'un comme pour l'autre, il s'agit d'une pure question de croyance, de foi. Le témoin et le destinataire sont liés par un contrat, un serment, un engagement, un type de relation qui prévaut dans toute adresse à autrui. Chacun entre dans l'espace où l'on fait appel à la réponse de l'autre. Il doit y rester fidèle, sans partager aucun secret.

"C'est de cette solitude essentielle du témoin que j'aurais voulu parler. Ce n'est pas une solitude comme une autre - ni un secret comme un autre. C'est la solitude et le secret même", dit Derrida (Cahier de l'Herne 2004, p538),

 

2. On ne témoigne que des cendres.

Après que le texte ou le poème ait été écrit, le témoin n'est plus présent. C'est l'oeuvre qui témoigne, et ce dont elle témoigne restera à jamais inconnu, ininterprétable. Le poème garde le silence. Il peut arriver que des lecteurs trouvent des explications, des références, mais elles ne seront jamais uniques. Il y en aura toujours plus. Le paradoxe de l'oeuvre (ou du poème), c'est que cela même qui manifeste l'impossibilité du témoignage, continue pourtant à en appeler à témoin. L'oeuvre se présente, elle survit dans cet appel - à condition bien sûr qu'il y ait quelqu'un pour la croire.

Pour traduire le mot composé Aschenglorie, inventé par Paul Celan, Jacques Derrida propose "Gloire pour les cendres". Ces cendres qui n'ont plus de consistance ni d'existence, dont peut-être il ne reste plus rien (ni mémoire, ni archive) (comme celles des victimes de la Shoah), on peut encore en dire la gloire. Mais cette glorification poétique témoigne, elle aussi, de leur anéantissement irréversible. Le lecteur ne pourra pas les faire revenir. Tout ce qu'il pourra faire, c'est citer le poème, le réciter par coeur. Il ne franchit jamais la limite du secret, il respecte la crypte, mais il peut témoigner de ce qui est en oeuvre en lui : une puissance qu'il ne peut ni déterminer, ni arrêter. Cette puissance, plus puissante que le sens, capable de produire en lui des associations, une résonance, est la force, l'énergie (ergon) de l'oeuvre.

 

3. Sur la possibilité d'une rencontre.

Marc Crépon fait observer que, dans ce seul texte, Jacques Derrida s'est risqué à traduire lui-même certains éléments du poème de Paul Celan. Il en déduit qu'il y aurait peut-être eu, entre eux, une rencontre d'un autre type - une rencontre éthique.

cf : [Traduire un poème, c'est témoigner d'une rencontre, d'une éthique du rapport à l'autre où chaque fois s'invente un nouvel idiome, unique].

 

4. Une omission.

Faut-il attacher une importance particulière à ce que Derrida choisit, dans ce poème, de ne pas traduire? cf sur ce point : Dans le poème ou dans l'oeuvre, l'impossibilité du témoignage se manifeste comme telle, en tant que non-manifestation, au lieu où l'on doit continuer d'en appeler à ce témoignage §3.

 

 

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Propositions

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[Derrida, témoignage, attestation]

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Il y a dans le témoignage une dimension irréductiblement sensible : celle de la présence passée de celui qui est présent, ici et maintenant, qui a vu et qu'il faut croire

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L'analyse du témoignage est peut-être la seule introduction rigoureuse à la pensée de ce que "croire" veut dire

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Dans toute adresse à autrui, un témoignage est impliqué

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La question du témoignage (testimonium) n'est autre que celle du testament (testamentum) : survivre avant et au-delà de l'opposition entre vivre et mourir

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On ne peut partager ni prouver un secret : le témoin est seul, irremplaçable, nul ne peut témoigner pour lui

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Tout témoignage responsable engage une expérience poétique de la langue

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Dans le poème ou dans l'oeuvre, l'impossibilité du témoignage se manifeste comme telle, en tant que non-manifestation, au lieu où l'on doit continuer d'en appeler à ce témoignage

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On ne peut pas interpréter un poème, mais on peut - sans franchir la limite de la crypte, du secret - témoigner de la puissance, plus puissante que le sens, qui est à l'oeuvre en lui

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Chaque adresse à l'autre est un témoignage, un testament : seul l'autre peut assurer, par serment, la garde d'un secret qu'il ignore

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La cendre est la figure de l'anéantissement sans reste, ni mémoire, ni archive - qui menace de détruire jusqu'à la possibilité même de témoigner de l'anéantissement

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Un poème promet, dans l'acte de son événement, la fondation d'une poétique

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