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de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Mon idiome où j'habite est sans demeure                     Mon idiome où j'habite est sans demeure
Sources (*) : Marc Crépon               Marc Crépon
Marc Crépon - "Langues sans demeure", Ed : Galilée, 2005, p50 Derrida, l'idiome

[Chacun de nous a une langue pour demeure, mais cette langue, son idiome, est sans demeure]

Derrida, l'idiome
   
   
   
                 
                       

1. Le double exil de l'idiome.

C'est Jacques Derrida qui utilise le mot demeure pour nommer la langue dans laquelle il habite. "Je n'ai qu'une langue, et ce n'est pas la mienne", écrit-il, et plus loin : "Je suis monolingue. Mon monolinguisme demeure, et je l'appelle ma demeure, et je le ressens comme tel, j'y reste et je l'habite" (Le monolinguisme de l'autre, p13). A partir de cette formule contradictoire, incohérente, inconsistante, Marc Crépon développe sa théorie de l'idiome. D'une part, on ne parle jamais qu'un seul idiome; et d'autre part, il n'y a pas d'idiome pur. D'une part, la langue est ce qui donne et redonne confiance en soi, et d'autre part, toute langue est hétérogène, elle peut échapper à la voix du père, déstabiliser, faire peur. Tout en ne parlant qu'une seule langue, on n'en parle jamais une seule, mais plusieurs. La question de l'idiome n'est donc pas seulement celle de la langue singulière d'un "je", elle est celle de la tension entre ces deux façons d'habiter la langue, qui n'en font qu'une.

"Hors cet idiome singulier [celui que je parle], il n'y a place que pour un sentiment d'exil. Mais cet idiome lui-même (qui n'est pas la langue française) désigne peut-être aussi un autre exil - un exil de la langue dans la langue, un exil de celui qui parle, dans "sa langue maternelle", à l'intérieur de sa propre langue, une autre langue qui n'est pourtant pas une langue étrangère. Quelle langue alors est la sienne? Qu'est-ce qu'il "possède" au juste? Où est-il chez lui? Quelle est sa demeure?" (Marc Crépon, Langues sans demeure, p12).

 

2. Le rêve d'une langue singulière.

Ce n'est pas sans violence que nous recevons la langue. Elle nous est prescrite, commandée par une autorité qui entend se faire respecter : si tu n'appliques pas les règles de la langue, tu seras puni, sanctionné. Ainsi la langue maternelle est-elle aussi paternelle, familiale, politique, sociale. Nous n'avons pas d'autre choix que de la parler. Est-il vraiment possible, devant une telle pression, de parler un autre idiome, un idiome qui, sans trangresser ces règles, ne soit pas non plus réduit à leur application? C'est impossible, et pourtant Kafka a écrit ses livres, et pourtant, même s'il n'écrit pas, il y a pour chacun, comme pour Kafka, une autre langue à l'intérieur de la langue. Cette langue n'est ni commune, ni étrangère; elle est compréhensible, mais intraduisible, à la façon du yiddish dans ses rapports avec l'allemand. Le paradoxe sur lequel Marc Crépon insiste, c'est que c'est là que nous demeurons, bien qu'il soit impossible d'y stabiliser un habitat, une demeure. L'idiome est une folie de la langue, un rêve, mais nous ne pouvons pas ne pas le parler. Il se parle en nous. En ouvrant à une autre compréhension, l'idiome fait peur; mais c'est aussi lui qui procure, sans jamais la garantir absolument, la confiance en soi. Sans sa douceur, la voix du père serait insupportable; sans ce jargon, l'écriture serait impossible, y compris dans la langue materno-paternelle.

"C'est ici que le mot même d'"idiome" déploie toute sa singularité. Il est le nom que prend la langue quand elle est, précisément, une demeure elle-même sans demeure - quand elle est la langue que j'habite, dans laquelle je respire et qui m'est indissociable et, en même temps, une langue qui n'a pas de lieu propre, qui ne peut être référée, appropriée à un espace historique et géopolitique déterminé, qui fait tout, même, pour sortir de cet espace et se trouver hors demeure ou sans demeure" (Marc Crépon, Langues sans demeure, pp50-51).

 

3. Une politique, ou une éthique de l'idiome?

Pour répondre au pouvoir de la langue apprise, on peut rêver d'un idiome qui serait exempt de tout exercice de la force, de toute tentative de domination. Un tel idiome ne serait jamais maîtrisé. Il échapperait à tout apprentissage. Il faudrait accepter qu'il ne s'expérimente que dans ce qui arrive, dans ce qui vient d'ailleurs, d'une autre langue intraduisible, accueillante, hospitalière, qui ne s'approprie pas les êtres et les choses. Comment faire advenir une telle langue? En parlant de « politique », Marc Crépon laisse entendre qu'on peut la faire advenir. Mais si elle ne peut se dire que dans un idiome singulier qui ne trouve sa demeure que dans un autre déjà disparu, un autre en exil et dont la demeure est donc déjà « sans demeure », un autre que l'on ne peut ni s'incorporer, ni introjecter, auquel on ne peut pas s'identifier (cf §3.2.2.2 ci-dessus), alors cette politique du deuil est l'éthique même, affolante et terrorisante, une éthique logée dans ma langue, mais qui ne parle jamais en tant que telle.

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La langue du père pourrait, chez Derrida, occuper la place du mal radical en tant qu'il se retire. C'est ce que laisse entendre Derrida quand il la rapproche d'un métalangage, d'une langue formelle, impossible et monstrueuse.

 

 

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Propositions

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Jacques Derrida : "Je n'ai qu'une langue, et ce n'est pas la mienne"

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On peut, dans son idiome, rêver d'une langue singulière qui ne reconduirait ni aux cercles de la langue maternelle ni au fantasme identitaire d'une loi qui règne en maître

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La singularité d'une écriture témoigne d'un idiome, d'une autre langue à l'intérieur de la langue, une langue chassée de la langue

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"L'éthique même" de Derrida renvoie à une politique du deuil qui ne peut se dire que dans un idiome singulier, l'idiome du deuil

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Aucune demeure ne peut être assignée au yiddish, une langue inventée à même l'allemand, mais intraduisible dans cette langue si proche

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