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de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, acquiescement, le "oui"                     Derrida, acquiescement, le "oui"
Sources (*) : Derrida, la vie, la survie               Derrida, la vie, la survie
Jacques Derrida - "Parages", Ed : Galilée, 2003, p201 - "Survivre"

 

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Derrida, la mort

La victoire triomphale de la vie, cette chose terrible, c'est dire "oui, oui, oui" à vie-et-mort, ce "neutre" qui brouille la distinction du vivre et du mourir

Derrida, la mort
   
   
   
Derrida, Blanchot Derrida, Blanchot
               
                       

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Cette phrase est inspirée par le dernier paragraphe écrit par Derrida dans Survivre (texte publié dans Parages, p201), (avant la très longue citation finale de L'Arrêt de mort) : "Puis, "oui" ne répondant à rien, à rien d'autre que l'autre "oui", lui-même, seront nommés la "chose terrible", la "victoire sur la vie", l'"intention triomphale", la "gloire", la "folie de victoire" et crié le "oui, oui, oui!"." Je rapproche cette dernière phrase du début de l'interprétation de L'Arrêt de mort dans le même texte (p141), à propos du neutre du même Blanchot : "Malgré la forme négative qu'il affecte dans la grammaire (neuter, ni-ni) et qui le trahit, il déborde la négativité. Il se lie plutôt à l'affirmation redoublée (oui, oui, viens, viens) qui se ré-cite et s'engage dans le récit". Dans ce système citationnel, Derrida lit L'Arrêt de mort de Blanchot (1948) à partir du The Triumph of Life de Shelley (1822) - comme si c'était Shelley, mort par noyade à l'âge de 30 ans au moment où il rédigeait ce texte, qui survivait à Blanchot, âgé de 41 ans quand il met la dernière main à l'une des dernières versions de L'Arrêt de mort, et qui mourra de vieillesse en 2003, à l'âge de 97 ans.

On peut lire le triomphe de la vie comme l'autre dénomination de ce que Derrida nomme la vie plus que la vie. C'est, dans les mots de Blanchot, une gloire, une folie. S'il faut, pour parler, l'alliance d'un double acquiescement (oui, oui), et, pour en faire le récit (vivre dans une histoire, un discours), un double Viens, ces deux textes ouvrent, chacun à sa façon, la question d'une vie qui déborderait l'alliance vitale. Derrida, comme Freud dans Au-delà du principe de plaisir, s'autorise à spéculer. Selon lui, l'arrêt de mort est à la fois une sentence, un verdict (une condamnation à mort) et l'arrêt de la mort, une condamnation à vie. Ce paradoxe, ce brouillage de la distinction entre mort et vie, ne peut être dit que par une voix neutre au sens de Blanchot c'est-à-dire sans lieu (p139), a-topique et extravagante, hypertopique (p140), une voix retirée qui vient en plus, en trop. En se liant à l'affirmation redoublée (oui, oui, viens, viens), sans dialectique ni négativité, cette voix ajoute positivement un terme (oui, oui, oui). Elle supplée à la vie (courante) par un sur-vivre qui ne résulte pas d'une transgression - comme si l'on pouvait échapper à la mort, mais d'une décision d'un autre type. Ce qui se dit dans la fiction de Blanchot (L'Arrêt de mort), c'est que je peux déclarer la mort, l'annoncer, la signifier, la donner (comme un don ou un meurtre), mais aussi la suspendre. Le oui supplémentaire ouvre la possibilité d'un assentiment, d'un consentement à une décision / indécision. Peut-on décider de la survie? Si la question n'a pas pour objet une vie présente [mais une vie à venir, ou spectrale], elle doit rester irrépondue. La "vie" ne peut continuer après la mort que si elle continue aussi après la vie, mais alors il s'agit d'autre chose, les deux mots, vie et mort, sont débordés.

 

 

Dans L'Arrêt de mort, Blanchot met en scène un personnage féminin qu'une maladie indéterminée devrait avoir condamnée à mort, qui aurait, selon l'avis du médecin, dû être déjà morte mais qui est toujours vivante, plus vivante que jamais. Elle ordonne au médecin, puis au narrateur de lui donner la mort mais finit par en triompher : une résurrection dont le narrateur s'auto-attribue la responsabilité (ou la gloire), car un souffle lui est revenu quand il a prononcé son prénom - dont on ne connaît dans le récit que la première lettre, J.. J. prend sur elle d'arrêter sa mort, de marquer une limite à la vie, sans que cette limite ne soit précisée. La mort est seulement suspendue, différée. C'est ici (p148) que Derrida introduit la différance : une puissance d'indécidabilité, un battement, un mouvement. La différance n'est pas dans l'histoire, mais dans le récit de Blanchot qui est, dit Derrida, "génial" (p149). L'ambiguité du titre résonne dans les ambiguités du texte, entre arrêt, arête et arrêter, dans le double bind "Si vous ne me tuez pas, vous me tuez", sur une ligne instable qui ne peut se stabiliser dans la signature d'aucun moi. L'illisibilité du texte le fait survivre, lui donne un répit, un sursaut, une résurrection. Alors la mort n'est plus un événement naturel, mais un acte en rapport avec le droit, la cause, la chose, la loi, et s'il en est ainsi, alors on peut y surseoir comme on peut surseoir à l'autorité ou aux conventions sociales. Cette survie-là, toujours incertaine, dont l'effectivité dépend d'un à-venir indéterminé, c'est la gaieté de Blanchot, de son personnage féminin et du narrateur, une gaieté terrifiante [car jamais elle ne peut se présentifier] mais qui, pour Derrida, vaut "plus" ou "mieux" que la mort - ce qu'on accepte spontanément, mais aussi vaut "mieux" que la vie (courante) - c'est la vie de Shelley, triomphale, glorieuse et folle, se soustrayant à l'ordre du langage, s'affirmant sans autorité, loi ni hiérarchie. Et Shelley, en pleine rédaction de ce texte sur "le triomphe de la vie", aura "préféré", par une noyade qui l'aura probablement pris par surprise, l'inachèvement du texte à l'achèvement de la vie.

 

 

 


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