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Derrida, la vie, la survie                     Derrida, la vie, la survie
Sources (*) : Derrida, vérité               Derrida, vérité
Jacques Derrida - "Parages", Ed : Galilée, 2003, pages 155, 165, 170s

 

Chilipati (Tibet, vers 1800) -

Derrida, Blanchot

Chose par excellence, impossible, interdite, qui arrive sans arriver, la sur-vie n'aura jamais été présente : telle est sa sur-vérité, son hypertopie

Derrida, Blanchot
   
   
   
               
                       

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Dans L'Arrêt de mort de Blanchot, le narrateur fait revenir à la vie le personnage féminin, malade ou suicidaire, J., en l'appelant, en proférant son prénom - mais secrètement, pas à haute voix. Pour le lecteur, le prénom reste inconnu, le Viens est silencieux, et pourtant il y a résurrection, que Jacques Derrida nomme la Chose. L'événement triomphal déclenche chez le narrateur et chez J. une gaieté terrible, qui ne dure pas : presque rien, un suspens, un sursaut. Pour décrire l'événement, Derrida multiplie les superlatifs : "Gaité, réaffirmation, triomphe (du) sur : sur la vie et de la vie, sur-vie, à la fois entre vie et mort dans la crypte, plus-que-vie, plus-de-vie, sursis et hypervitalité, supplément de vie qui vaut mieux que la vie et que la mort, triomphe de la vie et de la mort. Survie qui vaut mieux que la vérité, et qui serait, si, du moins, elle était, la Chose par excellence : sur-vérité" (Survivre, dans Parages, pp154-155).

Qu'est-ce donc que cet événement excessif, triomphal, à la fois quotidien et extraordinaire, qui n'arrive que dans le récit de Blanchot? La "sur-vérité" de cette agonie, c'est que le combat entre vie et mort n'est pas tranché. La durée de la sur-vie est à la fois minime (un soupir, un souffle, un cri), presque nulle, et éternelle. Avant de mourir, la vivante vit plus qu'une vie, une sur-vie tout autre que la vie, au-delà de la vie et au-delà de la mort. Elle est à la fois statue (morte) et absolument vivante. Le prénom qu'elle reçoit d'une voix muette, c'est comme si elle se le donnait elle-même (une autre naissance). Elle se le donne, dit Derrida, "sans condition, comme un inconditionné" (p159). C'est ce don sans condition qui est interdit, qui ne peut pas être raconté. "Il lui est interdit de dire. Et donc il le dit". Qui est celui qui, dans ce texte, dit ce qui est interdit? Est-ce le narrateur, est-ce Blanchot, ou est-ce Derrida lui-même? La performance secrète, cryptique, c'est de se donner le droit de parler, d'énoncer une sentence qui est un arrêt de mort (une condamnation), la vision de ce qu'on n'a pas le droit de voir et aussi, en même temps, un arrêt de la mort, sa mise en oeuvre, l'événement impossible de sa survie, de sa résurrection.

Statue funéraire de Chitipati (Tibet, vers 1800).

 

 

Le "oui" de la survie ne dit rien. Il affirme sans savoir (sans "s'avoir", écrit Derrida p164), disant oui à oui, sans mémoire de soi. J., le personnage de Blanchot, ne sait pas ce qui lui est arrivé. Il est interdit qu'elle le sache, et le narrateur est effrayé d'avoir transgressé cet interdit. Il faut que l'événement n'appartienne qu'à l'ordre du récit, qu'il reste indicible, inénarrable, invisible, impossible, hors d'atteinte, et il faut que le récit le réanime. Ainsi la Chose n'appartient-elle ni à la vie, ni à la mort; la survie ne prolonge pas la vie, c'est un SUR VIVRE écrit Derrida (p166). Le narrateur ne rapporte ni décision ferme [se suicider ou pas], ni opposition tranchante (vie ou mort), il évoque un parage, un espacement, une différance dont il ne reste qu'une trace, un récit d'écriture. A l'égard de la Chose, il garde autant ses distances que le médecin, qui dégage sa responsabilité. C'est "elle" (J.) qui s'abandonne au narrateur qui est lui-même un survivant, une figure spectrale.

"Telle serait la sur-vérité du survivre, l'hypertopie de ce procès. La Chose a lieu sans avoir lieu" (Survivre dans Parages, p168). Qu'est-ce que la Chose, en général, en philosophie? Ce qui n'arrive pas [Elle est reste inaccessible, inconnaissable]. Sur cette Chose, il n'y a pas de possibilité de vérité adéquate ou objective; il n'est pas non plus question d'une vérité qui transgresserait la loi. La vérité de la Chose, pour Derrida, ce ne peut être qu'une sur-vérité, un "supplément de vérité sans vérité" (p170). Cette vérité qui vient en plus, on la demande au récit. La singularité du récit de Blanchot, c'est qu'elle a lieu, tout en restant Chose. Tel est le secret de J., qu'elle ignore elle-même. Elle meurt, mais elle aura survécu, et cette sur-vie ne s'arrête pas. Elle arrive dans un autre lieu (l'hypertopie), qu'on ne peut avouer. Cet inavouable, c'est ce qui est "terrible", "effrayant", dans cette Chose. Elle pousse à une demande impossible, de plus en plus impossible (d'où la figure de l'escalier chez Blanchot), une vérité supérieure qui s'interdit de dire le vrai (p172), une vérité qui fascine l'écriture.

"Dans la dissémination inarrêtable de ses titres, l'arrêt de mort est vérité sur vérité, la vérité sans vérité sur la vérité, le récit sans récit de la vérité sans vérité sur la vérité" (Survivre dans Parages, p172). Or qu'est-ce que l'Arrêt de mort? Un récit. La vérité de la survie n'est pas dans la Chose elle-même, mais dans sa cause : le récit.

- Madjiguène : Définition de l'hypertopie : une place ou un lieu toujours mouvant, toujours en trop, en excès. Jacques Derrida utilise le mot quatre fois dans Survivre. La voix narrative, dans Blanchot, n'aurait pas de lieu, elle serait sans lieu, à la fois a-topique et hypertopique (p140). Mais c'est surtout le survivre lui-même qui est hypertopique. Cette Chose (la survie de J.) a lieu sans avoir lieu (p168). C'est un non-lieu qui affecte la vérité, le lieu d'une sur-vérité elle-même hypertopique, c'est-à-dire sans lieu (p171), et cela ne vaut pas seulement dans l'un des deux récits qui composent L'Arrêt de mort, mais dans les deux, de manière hypertopique (p192). Comment interpréter cette hypertopie généralisée dans ce texte de Jacques Derrida? J'avance une hypothèse : la sur-vie n'étant jamais présente, elle ne peut pas avoir de lieu. Il en résulte la difficulté que nous rencontrons pour désigner le lieu où s'inscrivent les controverses de l'Orloeuvre. En tant que lieu de survie impossible de tout texte, elle ne peut pas avoir de lieu.

 

 


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