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TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

                     
                     
Ah, l'art? Que des apories!                     Ah, l'art? Que des apories!
Sources (*) : Chaque oeuvre transforme l'art               Chaque oeuvre transforme l'art
Nicu Oracinescu - "Vers l'inéluctable défaite des artimaticiens", Ed : Galgal, 2007, Page créée le 20 octobre 2005

 

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Sur le Contemporain

[Qu'arrive-t-il dans l'art? Que des apories!]

Sur le Contemporain Autres renvois :
   

Jacques Derrida, l'art, l'oeuvre

   

Kant et l'esthétique

   
                 
                       

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Depuis des siècles, on n'arrête pas de se poser la question Qu'est-ce que l'art?. Tous les champs du savoir, de l'imagination ou de la fiction ont été mobilisés pour tenter d'y répondre. On a avancé des explications naturelles, symboliques, politiques, sensuelles, sensorielles, paradoxales, linguistiques, logiques, sociales, spirituelles, matérielles et encore beaucoup d'autres. Des livres entiers, des vies entières, des bibliothèques entiières ont été remplies de considérations sur ce sujet. On ne sait plus aujourd'hui s'il y a trop de définitions ou s'il n'y en a pas assez, s'il faut continuer sur ce terrain, ou au contraire s'il est urgent d'en finir, ou encore si la meilleure réponse ne serait pas encore celle-ci : L'art est indéfinissable (et c'est ce qui fait son prix, sa spécificité). Peut-être finalement pourrait-on s'accorder sur un constat tout bête : C'est le mot art qui fait jouir. L'art lui-même (comme chose) n'est que l'effet de cette jouissance. Et plus le mot semble équivoque, plus on le valorise (ou on le dévalorise) différemment, plus il est aporétique, et plus il occupe cette place unique dont nous n'arrivons pas à nous passer.

 

Indécidable.

On peut dire que le concept d'art est indécidable. C'est un peu facile, et aussi un moyen d'échapper à ses responsabilités. L'art serait-il une sorte de jeu? Une fiction qui marche d'autant mieux que de puissantes institutions s'appuient sur elle? Une circularité où l'art justifie les oeuvres, et les oeuvres justifient l'art? Une collection de pratiques artistiques diverses et variées, dont le seul point commun est d'être nommées art ou d'être exhibées dans les musées ou les galeries?

Dire qu'une oeuvre d'art a pour caractéristique de n'être pas ce qu'elle est est un peu plus précis. L'oeuvre nous entraîne dans un mouvement, un au-delà dont nous avons la charge. Elle dépasse ses propres définitions. L'incertitude qu'elle ouvre est celle du rapport au tout-autre. Elle s'enrichit sans limite de toutes les définitions contradictoires ou incompatibles qu'on lui fait porter.

 

Une force primordiale, l'inconnu en nous.

L'artiste recueille une énergie qu'il ne cherche pas à connaître. Il joue sur le non-savoir, sur l'inconnu, sur l'oubli du passé, sur une force qu'il livre toute entière à la jouissance. Il fait venir des forces démoniaques, incontrôlables, magiques. Il nous plonge dans une crise, nous éblouit.

L'oeuvre est par ce qu'elle déclenche en nous et que nous ignorons. Nous faisant régresser vers un état primitif - voire d'avant la naissance -, elle nous incite à une méditation silencieuse, une prière. Elle rend licite une autre modalité du voir que nous évitons d'habitude. Nous contemplons en elle nos propres expériences vécues, notre tragédie, notre symptôme. Nous nous abîmons en elle. Elle nous protège contre ce que nous ne maîtrisons pas.

Pour le meilleur ou pour le pire, elle fait émerger des symptômes qui ne se seraient pas manifestés autrement. Porteuse de violence, elle dérange notre culture usuelle en renvoyant à un centre tu, enfoui.

 

Emotion, vécu, sensibilité, expérience.

L'oeuvre (si c'est une oeuvre) révèle une dimension encore méconnue de la sensibilité. Elle localise les tensions, les accroît, les catalyse, les réveille. Elle déchire l'ordinaire de l'expérience. Elle suscite une émotion que personne n'avait encore désignée.

Nous en tombons amoureux, comme d'une personne.

En captant notre émotion, l'oeuvre nous évite le dégoût.

 

Forme, figure, mimesis.

L'art commence avec la renonciation à la ressemblance parfaite. Si j'admets que cette ressemblance est impossible, alors il vaut la peine de la conquérir.

Tout oeuvre a une forme, même la plus conceptuelle. Même l'art le moins figuratif s'expose à la figurabilité.

 

Idée, symbole, discours.

Faire de l'art est une activité de l'esprit. C'est une pensée spécifique, certains disent une pensée plastique, qui met en oeuvre une idée ou un jugement. Mais ce caractère spirituel de l'art est aussitôt démenti par la figuration. Certes il est discursif, il est dans l'invisible, mais il faut aussi qu'il contrarie le discours, qu'il le remplace par autre chose. L'iconographie se déploie dans ce contexte.

L'oeuvre ne renvoie à aucun référent spécifique, au contraire elle en éloigne. A la place des objets, elle met des signes, des symboles qui résistent aux interprétations. Elle invite au sens, mais ne fige aucun sens.

Qu'elle les accepte ou les refuse, l'oeuvre met en rapport avec des règles, un idéal d'harmonie vis-à-vis duquel elle est toujours en défaut.

En tant que source d'idées, l'art se substitue à la métaphysique en plein effondrement.

 

Humanisme.

L'idée d'art est inséparable de l'humanisme. Qu'il réponde ou non à un besoin, l'art exprime d'abord l'humain dans sa dignité la plus nue, en tant qu'il s'arrache à la nature, qu'il imite l'acte divin, qu'il se sent coupable, qu'il crée, qu'il idéalise, etc... Le propre de l'homme, c'est qu'il est capable de produire librement des oeuvres. Certains y croient tellement qu'ils imaginent que l'art leur apportera le salut.

Mais pour d'autres, l'art est une sortie hors de l'humain. Il permet de prendre ses distances à l'égard de l'humanisme.

 

Question, vérité, langage.

Faite pour résoudre une question (la question ponctuelle de l'artiste), l'oeuvre en pose d'autres. Elle est, par essence, interrogative. L'interrogation porte sur l'être, sur les codes, sur la loi, et aussi sur le langage. L'artiste invente de nouveaux "coups", c'est-à-dire de nouvelles façons d'aborder la question du vrai. Mais la vérité n'apparaît pas comme telle, elle reste une énigme.

 

Sortie vers l'autre, le tout autre. Temporalité promesse.

L'artiste s'adresse à un autre dont il ne sait rien, pas même s'il écoute. Il n'a rien d'autre à offrir que la nouveauté radicale d'un monde (celui de l'oeuvre) avec lequel aucune communication directe n'est possible. Ce qu'il promet restera toujours sur l'autre rive, dans l'immensité d'un lointain.

 

Singularité, autonomie.

Une oeuvre d'art est un objet singulier. C'est un "coup" dans un jeu de langage, mais qui n'en respecte pas les règles. Elle est une monade à considérer comme telle, dans son unicité, indépendamment des critères habituels de l'histoire de l'art : styles, courants, artistes, etc... Elle s'interprète elle-même, elle génère ses propres lois (ce qui justifie son prix). Autonome, elle n'est conditionnée que par ses propres règles de production. Elle n'est réductible à aucun genre.

Elle semble unique, mais son principe même est d'être reproduite. Sans ces substitutions, il ne pourrait pas y avoir de marché de l'art.

 

Du retrait à la Chose.

Dans l'art, quelque chose se retire mais reste présent. De quoi s'agit-il? Qu'est-ce qui est à l'oeuvre dans ce paradoxe apparent? Est-ce une vérité, le dévoilement d'une origine, l'ouverture d'un monde, la production d'un évenement par l'acte même de la création? Cela provient-il de l'oeuvre même, ou d'une altérité? Il nous appartient de ne pas escamoter cette mise en jeu, de nous en faire les gardiens.

 

Supplémentarité et limite.

Plus l'art moderne se veut autonome, plus il est porteur d'altérité. Chaque style, chaque genre, chaque oeuvre porte à sa façon cette antinomie. Van Gogh disait que l'art, c'est l'homme ajouté à la nature. On peut généraliser sa proposition : l'art est toujours en plus, l'oeuvre déborde tout arrêt, toute halte. Chaque oeuvre trouve en elle-même la vérité qui repousse ses limites. Il lui faut entretenir les écarts et les borner, jouer des tensions et les arrêter. Il y va de cette ambiguité dans toute beauté : l'oeuvre affronte l'altérité sensible, en la mettant à notre portée.

 

Une fabrication de l'histoire de l'art.

Les historiens traditionnels de l'art se sont donné pour tâche de classifier les styles et les objets, de les organiser, les structurer. Selon eux, toute oeuvre est associée à un certain état de la technique et de la forme qui peut faire l'objet d'une description. Cette tâche, indispensable, peut induire une tyrannie du visible qui masque les oeuvres. Le discours sur l'art joue comme obstacle à leur réception. Mais l'oeuvre résiste au savoir. Si elle ne résistait pas, l'art mourrait.

Avec la diversification des pratiques artistiques, les historiens se sont rendu compte qu'aucun concept cohérent de l'art ne tenait. Les conflits entre courants, souvent théatralisés, ont pris la place restée vide de ce concept.

 

Un objet, une marchandise, une institution.

Tout ce qui est demandé, n'importe quoi, peut devenir oeuvre d'art. Il suffit qu'il soit reconnu par une ou des institutions chargées de reproduire le système conventionnel de l'art. Si en plus il est susceptible de réifier la parole et d'être copié, il sera gratifié d'un prix du marché et fera l'objet de transactions. Pour les clients et les utilisateurs, les oeuvres sont des fétiches, pour les professionnels, ce sont des outils de travail, et pour les marchands, ce sont des valeurs d'échange.

 

Une condensation du temps, de l'histoire.

Toute oeuvre porte l'empreinte de son temps. Elle le monte et le démonte, comme un jeu. Elle vibre dans un cercle de résonance spécifique, typique quoique le plus souvent irréductible aux catégories de l'histoire de l'art. Comme le poème, elle est une ouverture dans la langue. Elle frémit d'un avenir inconnu, même pour elle.

 

L'acte de l'artiste.

Pendant longtemps, la situation a paru simple. L'art était fabriqué par des artistes, et toute oeuvre d'art était une affirmation de présence d'un artiste (et des institutions qui vont avec). Pendant le 20ème siècle, la situation s'est compliquée. Plus l'art semblait s'effacer, plus il y avait d'artistes (ou prétendus tels), à tel point que la dimension artistique finissait par se concentrer dans son corps (performance, Body Art). Mais l'auto-déclaration ne suffit pas. Séparé de l'oeuvre, l'artiste proclame se propre dissolution.

  

Rite, mythe.

Soit l'oeuvre est exhibée dans un culte ou un rite, soit elle est exposée dans un musée, ce qui, en définitive, fait peu de différence. Dans les deux cas elle est muette comme une idole, elle nous enferme dans un mythe, elle fige le temps en un destin, il lui arrive même de porter un espoir de salut. Tout cela est respectable, mais croire qu'en elle résonne la totalité de l'univers ne peut être qu'une falsification.

 

Retour à l'indécidable.

Aucun concept ni définition n'exprimant complètement l'oeuvre d'art, on conclut qu'elle est en affinité avec l'indéfinissable. Elle seule peut représenter l'irreprésentable, l'ineffable, l'indicible, etc... L'art serait le point où toutes les antinomies se concentrent jusqu'à s'annuler. A ce point, le cercle recommence. Il nous reconduit à un pur nominalisme : Est de l'art ce qui a fait l'objet d'une déclaration : Ceci est de l'art, ou d'un questionnement : Pourquoi cet objet est-il une oeuvre d'art? Si je me contente d'une déclaration ou d'une interrogation de ce genre, j'ai la satisfaction de disposer, malgré tout, d'un commencement de définition. Mais l'art est têtu. Il résiste. Peu lui importent notre angoisse ou notre insatisfaction. Il va toujours plus loin que lui-même. Exigeant de se définir, il s'empresse de se dé-définir.

 

 

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Propositions

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Le concept d'art est indécidable

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Est de l'art ce que nous désignons sous ce nom

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Quand on s'interroge sur l'art, on ne peut pas échapper à une circularité : l'art existe par les oeuvres, et les oeuvres par l'art

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L'oeuvre d'art fondamentalement n'est pas ce qu'elle est

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Dessin et couleur sont en eux-mêmes les définitions d'un langage, et l'art commence dès qu'il dépasse ses définitions

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Dans leur pluralité, tous les arts sont des mises en oeuvre

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Considérer l'art dans sa généralité est une vaste duperie; seules comptent les pratiques artistiques dans leur diversité

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Une oeuvre d'art est, comme le rêve, ce qui la fait être

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Le readymade fait ressortir l'antinomie du jugement artistique : "L'art n'est pas un concept, mais il est un concept"

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L'art n'est pas de l'ordre du voir ni du savoir, mais de l'ordre du jugement

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Quand l'acte de création, en tant qu'événement singulier, ressort de l'oeuvre même, alors il y a création et non production

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La peinture est le lieu d'une auto-affection où l'image s'entend, dans la tension d'un silence

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L'art n'existe pas : il se déclare comme l'amour, les droits de l'homme ou la fin de l'art (par le readymade)

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L'historien de l'art propose un savoir sur l'objet d'art, tandis que l'oeuvre se spécifie par un non-savoir

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Un non-savoir nous éblouit chaque fois que nous posons notre regard sur une image de l'art

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Le readymade est de l'art dans la mesure où il résiste aux interprétations

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Contrairement aux concepts, les oeuvres d'art sont des objets uniques, irréductibles à des lois

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Une idée esthétique est une représentation de l'imagination qui donne à penser, sans qu'aucun concept ni aucun langage ne la rende intelligible ni ne l'exprime complètement

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Les artistes expriment et matérialisent pour un temps les lois fondamentales de l'esprit

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L'art est une anecdote de l'esprit, la seule possibilité de concrétiser sa vitesse et son silence

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Pour Artaud, le lieu du surgissement de l'oeuvre est d'avant le langage, avant même la naissance

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En régressant vers un état primitif, l'artiste libère des énergies visionnaires, hallucinatoires, qui agissent de façon prophétique vers l'avenir

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Les oeuvres d'art ne continuent d'agir qu'en tant que centres grouillants de forces ou de croisement d'expériences vécues

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L'image d'art est une mémoire virtuelle de ce qui fait symptôme pour un sujet

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Lorsque, comme aux temps archaïques, la personne du contemplateur redevient inconsciente, l'oeuvre d'art acquiert la force d'un démon ou d'un spectre

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Le readymade "Fontaine" est le symbole même de la valeur symbolique et du pouvoir magique du mot art

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L'oeuvre d'art est le miroir dans lequel l'auteur et le spectateur doivent se contempler, retrouver leurs expériences les plus profondes

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Les oeuvres d'art sont des barrières provisoires et vaines à des événements non maîtrisables qui risquent de les dissoudre

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En nous désaisissant des conditions normales de la vision, l'image d'art nous fait revenir à ce qui conditionne le regard : le "visuel"

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Ne me touchent que les photos qui renvoient à un centre tu, enfoui en moi-même (punctum), qui vient déranger ma culture usuelle (studium)

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Le jeu enfantin est la première initiation à l'art

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L'oeuvre d'art est une nouveauté radicale qui ouvre, fonde et institue son propre monde

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L'artiste n'imite pas les choses de la nature, mais il imite en tant que sujet-auteur la production de la nature ou l'acte divin

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Sous l'influence de Shaftesbury, le centre de la problématique esthétique s'est déplacé de l'oeuvre d'art (classicisme) ou du sujet (empirisme) vers le processus de création

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L'idée d'une radicalité de l'art suppose une puissance singulière de présence, d'apparition et d'inscription, capable de déchirer l'ordinaire de l'expérience

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Le chef d'oeuvre artistique ou esthétique est ce qui parvient à susciter une émotion qui n'avait jamais été désignée auparavant

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L'art est, en son essence, une origine

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Il s'agit de ne plus escamoter dans l'oeuvre d'art sa mise en jeu de l'origine

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L'oeuvre d'art répète le drame du retrait obligé de la "véritable image" derrière l'image-objet voilée de mystère

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En concevant l'oeuvre par son intelligence organisatrice, en la composant avec justesse, l'artiste révèle et objective sa sensibilité

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Il s'agit, dans l'art, d'affronter l'altérité de la matière sensible comme immatérialité

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La sensibilité à l'art et le jugement esthétique sont des actes d'amour

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L'oeuvre est une énigme : elle répond d'une relation à la loi sans avoir rapport avec elle

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L'essence de l'art est de contenir ses propres limites, qu'il repousse toujours

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Depuis les années 60, chaque oeuvre d'art pose la question : "Pourquoi suis-je une oeuvre d'art?"

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Il y a toujours, quand on parle d'art, quelqu'un qui est là, entend, regarde, n'écoute pas vraiment et ne sait pas de quoi on a parlé (un "je" qui s'en va, dégage)

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On peut trouver dans l'oeuvre d'art la promesse d'une nouvelle communauté ouverte à l'altérité de l'autre rive, à l'immensité d'un lointain

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L'art n'a d'autre caractère général que de signifier qu'un sens est possible

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L'essence de l'art, c'est la vérité se mettant elle-même en oeuvre

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Dans l'oeuvre d'art, c'est la vérité qui est à l'oeuvre

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L'oeuvre d'art nous fait savoir ce qu'est en vérité la chose

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Artaud ne fait pas de l'art, mais fabrique des objets cultuels

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[L'art commence historiquement quand la ressemblance parfaite, c'est-à-dire l'empreinte (imago), est abandonnée]

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L'art est la reconquête de la ressemblance perdue

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Pour une image d'art, la ressemblance est impossible car elle fait symptôme : cri, mutisme ou jaillissement de la vérité dans l'image supposée parlante

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L'art répond à un besoin fondamental de l'homme en général

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Le fond de l'oeuvre d'art est, avant toute parole humaine effective, l'identité de l'humain

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La dignité morale du readymade est d'exposer dans sa nudité la misère de l'artiste

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L'art est une fiction humaniste

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En montrant la tragédie de l'homme qui, jeté hors du bonheur, brûlant de remords, veut être l'homme, Masaccio a (ré)-inventé la peinture

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L'art marque un des seuils où les humains s'arrachent à leur condition de nature et où leur univers se met à signifier

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L'art a pour fonction idéalisatrice de signifier la présence supérieure de l'homme, plus absolue encore que celle des dieux

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L'art récupère la métaphysique en plein effondrement : au lieu de s'idéaliser à travers ses dieux, l'homme trouve dans l'oeuvre d'art la compensation de ses échecs

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Il s'agit avec l'art, cette marionnette, de sortir hors de l'humain, de se transporter dans un domaine qui tourne vers l'humain sa face étrange

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L'art indique une fonction de la figure qui dément le discours

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L'artiste contemporain explore la jouissance dans son lien à l'horreur et au néant

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L'oeuvre d'art est un spectre qui s'est accaparé l'énergie du sujet et l'immortalise

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Un art ouvre l'incertitude infinie du rapport au tout-autre

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Seule une oeuvre d'art peut représenter la shoah, car seule une oeuvre d'art peut représenter l'irreprésentable

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Dans l'art contemporain, une iconographie de l'invisible se projette dans le vide

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[L'art est une aventure qui nous emmène dans un monde inconnu]

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Celui qui contemple une oeuvre d'art dévie son énergie vers elle, comme celui qui prie

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Une oeuvre d'art est "totale" dans la mesure où elle prétend exprimer, en tant que fragment, l'essence de l'univers

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[L'art est un travail sur la figurabilité]

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L'art a la noble mission de faire pénétrer une forme dans la matière rebelle

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La valeur biologique de l'art, c'est que chaque création provoque un accroissement du disparate et un renforcement de la tension des expériences vécues

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Tout art est défectueux

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L'oeuvre d'art est un cristal de crise ouvert au traumatisme psychique

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On accède au "contenu" de l'oeuvre d'art par un questionnement sur son symptôme

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Le conflit entre art traditionnel et art d'avant-garde est devenu le substitut d'un concept cohérent de l'art à notre époque

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Celui qui se recueille devant une oeuvre d'art s'y abîme; au contraire, celui qui se distrait recueille l'oeuvre en lui

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[Toute mise en forme (parole, société, image, art, etc.) révèle et masque une poussée primordiale de violence et de destruction]

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L'art promet d'être fidèle à un passé qui le préoccupe, mais qui ne se laissera jamais ranimer dans l'intériorité d'une conscience

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Une oeuvre d'art est importante dans la mesure où elle marque son temps et en porte l'empreinte

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Toute oeuvre d'art fige l'instant en un destin que plus aucun élan vital ne peut animer

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[L'oeuvre d'art n'a de valeur que dans la mesure où elle frémit des réflexes de l'avenir]

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Les grands livres comme les oeuvres d'art éminentes existent dans un cercle de résonance spécifique devant lequel le grand public passe sans les remarquer

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Les catégories d'art et d'histoire sont des obstacles épistémologiques pour l'historien d'art

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La tyrannie du visible est un écran qui s'interpose devant les oeuvres d'art

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Si l'art ne meurt pas, c'est parce que le savoir se montre impuissant à le tuer

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Dans la décoration des passages parisiens, l'art se met au service du marchand

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L'art moderne se donne des finalités (l'art pour l'art, la politique, l'esthétique ou l'éthique) qui masquent son seul impératif absolu : "Sois libre et fais n'importe quoi"

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L'art, c'est l'homme ajouté à la nature

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Aujourd'hui, l'oeuvre d'art ne se présente pas autrement que comme une valeur commerciale; mais son prix, elle le reçoit d'un rapport privilégié de valeur à la jouissance

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L'oeuvre d'art existe moins comme objet que par les copies, les interprétations, les rivalités et les transformations qu'elle suscite - c'est-à-dire par ses spectres

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L'oeuvre d'un art nous dérobe cet art en même temps qu'elle nous le présente, parce qu'elle est à la fois moins et plus que lui

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L'oeuvre étant détachée de tout référent, il n'existe aucune limite à la surenchère substitutive des marchés de l'art

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Il est du principe de l'oeuvre d'art d'avoir toujours été reproductible

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Depuis que la photographie a été employée pour reproduire les oeuvres d'art, l'art lui-même est devenu photographique

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Il y a trois sortes d'art : l'art qui se sert de la chose, l'art qui la fabrique, l'art qui l'imite

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Pour permettre à l'oeuvre d'art d'être une oeuvre, il lui faut des gardiens qui répondent de ce qui advient en elle comme vérité

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Le musée et la galerie sont des espaces clos, préservés, qui incitent au recueillement ou à la méditation

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La prévalence de la valeur d'exposition sur la valeur cultuelle de l'oeuvre d'art se traduit par un changement qualitatif qui affecte sa nature même

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Le propre de l'oeuvre d'art est sa présence se suffisant à elle-même

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Walter Benjamin aura marqué son entrée dans l'histoire de l'art en disant qu'elle n'existe pas : chaque oeuvre est une monade à considérer comme telle

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Dans le projet moderniste d'autonomie de l'art, l'art est défini par sa réduction progressive à ses conditions nécessaires et suffisantes

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Les oeuvres sont en général les premiers interprétants des oeuvres

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Face à l'oeuvre d'art, le spectateur est un Soi totalement solitaire et singulier, enfermé en lui-même

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Tout art, qu'il soit prosaïque ou poétique, ne revêt-il pas aux yeux d'un juif qui y regarde d'assez près les traits d'une falsification?

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Quand l'oeuvre d'art en elle-même se dresse, alors s'ouvre un monde, dont elle maintient à demeure le règne

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[La performance est une action accomplie par un "performer" en présence d'un public afin de s'assurer de sa place en tant qu'artiste dans la société]

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Celui qui s'auto-déclare "artiste" dans le monde post-artistique de la dé-définition de l'art ne fait que contribuer à la dissolution de la figure de l'artiste

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L'image d'art est le lieu d'une tension entre mimesis et methexis

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L'art peut représenter sans dégoût la laideur ou l'horreur

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Le rôle de l'artiste est de représenter le tragique

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[L'oeuvre d'art est un objet plastique produit par une pensée plastique distincte de la pensée technique ou scientifique]

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Comme la science, l'art met les signes des objets à la place des objets; il ne se distingue d'elle que par l'usage qu'il en fait

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Le tableau est une idée pensée à fond, par l'intermédiaire de laquelle sont véhiculés des messages prophétiques et éthiques

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Le mot "iconologie" laisse entendre que les images de l'art imitent, autant que le visible, un invisible qu'on peut décrire par le langage, le logos ou la raison

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L'oeuvre d'art est symbole, qui réunit une chose à "autre chose"

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Tout art demeure sous la loi du monde mythique

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Tout art est essentiellement Poème : union intime avec la langue et la parole

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Prenant exemple sur la géométrie, l'esthétique classique refuse de fonder l'art sur l'imagination, et privilégie les rapports et les règles

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L'art contemporain se fait sous le signe de l'espace public avec ses médiateurs et ses communicateurs - pas sous celui de la fusion ni de la communion

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[L'expérience de l'art institutionnel est conventionnelle : "est de l'art ce qui suit les procédures de l'art"]

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Un artiste est quelqu'un qui invente de nouveaux jeux de langage ou de nouveaux coups

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L'oeuvre d'art est une réification de la parole

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[L'art de notre époque est pris dans un mouvement de dé-définition qui en fait un objet incertain, ambigu, voire anxiogène]

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On peut rêver de l'humanité d'un monde dans lequel étudier l'image nous sauverait de toute violence

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L'idée d'art a un sens obligatoirement interrogatif

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En tant que dévoilement producteur, l'art peut sauver l'homme de l'arraisonnement par la technique moderne

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"Art juif" est indéfinissable, car "art" est indéfinissable, et "juif" aussi

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L'art ne peut que décevoir, car il a hérité de la religion une promesse qu'il ne peut pas soutenir

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L'art religieux était pratiqué comme un rite; si le canon était enfreint, l'oeuvre d'art perdait son efficacité magique

 

 

 


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