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de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, nos tâches                     Derrida, nos tâches
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 29 novembre 2005 Du mal radical aux inconditionnalités

[Derrida, nos tâches, "Il faut"]

Du mal radical aux inconditionnalités Autres renvois :
   

Derrida, l'éthique

   

Derrida, la loi

   

Derrida, alliance

Derrida, le politique

                 
                       

1. La déconstruction et la logique du "Il faut".

Partons du champ dont Jacques Derrida est un spécialiste, un expert reconnu et incontestable. Prenons pour point de départ son métier, sa profession déclarée : la philosophie. Dans ce champ, que veut-il faire? Quelle tâche s'impose-t-il à lui-même? La réponse n'est pas simple. D'une part, comme tout professeur, il enseigne; mais d'autre part la philosophie qu'il enseigne déconstruit la philosophie. L'aporie est présente, chez lui, dès le départ, il faut qu'elle soit présente, et c'est sur ce statut du "il faut" que nous "devons" (nous aussi) nous interroger. La double stratégie derridienne est explicite et réaffirmée à de nombreuses reprises. "Il faut" intervenir à l'intérieur du ou des système(s) en place en travaillant les oppositions établies, en renversant les hiérarchies et en s'emparant des moyens d'y intervenir; et "il faut" aussi, dans le même mouvement, faire venir d'autres concepts, des quasi-concepts qui le désorganisent. La philosophie ne sort pas indemne de cette tâche. En la dégageant du logocentrisme, on la bouleverse, on la bouscule, on la tympanise, on la crève.

La tâche semble impossible. Comment transformer l'espace logique habituel (celui des Lumières) sans renoncer à un espace théorique organisé? Comment faire avancer le système établi tout en laissant émerger d'autres concepts, incompréhensibles dans ce système-là? Comment pousser l'analyse aussi loin que possible, ne jamais céder sur la rigueur de la pensée, mais sans rien soustraire aux questions déconstructives et tout en respectant le droit à la différence de l'autre? Cette tâche, ou plutôt ces tâches, semblent venir d'ailleurs, elles semblent s'imposer comme une évidence. Pourquoi le faut-il? D'où vient ce "il faut" qui semble justifier et gouverner la démarche? C'est le coeur du problème.

 

2. Un "il faut" dont il ne faut pas parler.

«Qu'en est-il ici d'un tel devoir? Et quand je dis que je savais devoir le faire avant même le premier mot de cette conférence, je nomme déjà une singulière antériorité du devoir – un devoir avant le premier mot, est-ce possible? - qu'on aurait du mal à situer et qui sera peut-être aujourd'hui mon thème» (Comment ne pas parler, in Psyché, Inventions de l'autre, II, p145).

Jacques Derrida commence son texte sur la théologie négative par un constat : tout commence par un devoir, un "il faut". Mais quel devoir? La difficulté, c'est qu'on a du mal à parler de ce "Il faut" qui nous est si proche. Tout se passe comme si nous ne savions plus rien du lieu dont il provient ni de l'événement, de l'"avoir-lieu" qui l'a déclenché. Il ne nous en reste qu'une trace, une trace inouïe, inaudible, inaccessible, une trace à laquelle il faut s'adresser mais dont il est, étrangement, impossible de parler.

cf : Avant nous, "il aura fallu parler"; mais de la trace de cette nécessité, de cette injonction immémoriale qui n'arrive qu'à s'effacer, "il ne faut pas parler", §2.

Il n'est pas indifférent à Derrida qu'il doive parler de cela, justement, à Jérusalem - en ce lieu du Juif, de l'Arabe, le plus proche pour lui, si proche qu'il ne peut rien en dire.

 

3. L'étrange statut du "Il faut".

Avant toute subjectivité, avant toute possibilité logique, avant toute stratégie et toute éthique, il faut répondre à l'appel d'une responsabilité qui ne se règle ni sur le principe de raison, ni sur quelque calcul que ce soit. Il est porteur d'une injonction de pensée, d'un devoir encore incalculable, indécidable, un "Il faut" impératif, irréductible, qui reproduit la forme de la loi, sans qu'on sache ni ce qu'elle est, ni d'où elle vient, ni d'où elle parle. Venu d'un "Qui" indéfini, il s'impose comme un "Quoi". Cet appel ne dépend d'aucune cause ou détermination précise. C'est un saut, une discontinuité radicale qui ouvre la possibilité d'autres choix, d'autres décisions dans les domaines de l'éthique, le droit, la morale, la politique, etc....

Il faut donc qu'il y ait des axiomes, et il faut nommer ces axiomes. L'un d'eux s'appelle : la justice. Non pas la justice courante, réparatrice et compensatrice, mais une justice inconditionnelle, irréductible, indémontrable, indéconstructlble, qui engage au-delà du droit, de la norme, du temps, à l'égard de tous ceux dont nous héritons (les spectres, ni vivants ni morts), ceux qui vivent aujourd'hui et aussi à l'égard de ceux qui vivront, peut-être, à l'avenir. Cet axiome nous engage indépendamment de toute démonstration, de toute règle. La déconstruction est la justice, dit Derrida. C'est une expérience de l'impossible et aussi une double responsabilité, devant son concept et devant sa mémoire. Rien n'est plus essentiel que la justice, mais on ne peut adresser ce problème qu'indirectement, de manière oblique, dans une dimension d'excès, d'urgence et de précipitation. Il faut faire avec cet incalculable, et il faut aussi agir par la transformation, la refondation du droit, en s'engageant dans les luttes pour les droits de l'homme ou l'émancipation. Dans l'étrange logique du "il faut", l'incalculable n'exclut pas, quand cela s'impose, certains calculs.

Bien que la visée du "Il faut" soit infinie, elle bute sur un processus fini, un "faillir" (la forme du verbe à l'infinitif) qui est l'existence même en général. Elle conduit vers un lieu sans issue, ni chemin assuré, ni horizon - un lieu où l'injonction n'efface pas la responsabilité. Toute la difficulté, c'est qu'il Il faut répondre au "il faut". On ne peut que persévérer dans l'échec.

Il aura fallu, pour qu'émerge cette logique, un Oui originaire, un acquiescement, un héritage. Nul n'est jamais forcé d'accepter un héritage, mais nul ne peut survivre sans hériter. Le "Il faut" derridien met en forme, et en oeuvre, cette nécessité.

 

4. Que faut-il?

Le schème du « il faut » intervient partout, de sorte qu'aucune liste n'est limitative. Rien n'empêche, cependant, d'en proposer une, à titre probatoire. Alors que faut-il?

a. laisser se mettre en mouvement la différance de l'autre. Elle est d'autant plus digne d'intérêt qu'elle n'a ni statut, ni loi, ni horizon, ni légitimité. S'il faut laisser l'autre, le tout autre, survenir, ce n'est pas par obligation morale, c'est parce qu'il survient, irréductiblement. On ne doit rien en attendre, et en même temps s'exposer toujours à la surprise absolue de sa décision, de sa transformation.

b. l'ouverture de l'avenir. Sans cette promesse plus vieille encore que toute religion, plus originaire que tout messianisme, il n'y aurait pas d'à-venir. Même quand, dans la vie courante, on accepte une négociation, un compromis, cet impératif, laisser l'avenir ouvert, s'impose. Sans cette imprévisibilité, il ne pourrait pas y avoir de survie. On ne peut lutter contre le mal radical, ce mal d'abstraction qui nous menace aujourd'hui, que si l'on se refuse à annuler l'avenir.

c. la déconstruction. D'un côté, il faut la déconstruction, mais d'un autre côté, on ne peut déconstruire qu'à partir de ce qui arrive, aujourd'hui, dans le monde. Comme on ne sait pas ce qu'on attend, l'attente n'a pas de contenu.

d. la justice, comme on l'a déjà signalé. Mais la justice ne se rencontre pas. Si on peut la saisir, c'est seulement comme concept.

e. penser. Le "quoi" du "Il faut" n'est pas phénoménal, il invite au concept - quasi-concept ou concept pur, inconditionnel [sur ce dernier terme, voir ici]. Parmi ces concepts, on peut citer : paix, hospitalité, don, pardon, liberté, "au-delà du souverain", etc.... Ces concepts ne sont ni généraux, ni universels. Il relancent à chaque fois l'enjeu du rapport à l'étranger, au radicalement autre. S'il ne peut pas y avoir de justice divine sans violence, la violence peut prendre la forme d'un jeu subtil, d'une refondation et d'une réinvention qui déjouerait, en nageant à contre-courant, toutes les tentatives de réappropriation.

f. apprendre. Il ne s'agit pas d'agir conformément à un devoir, selon une régle ou une norme préétablie, mais d'agir par devoir, en inventant chaque fois, pour chaque situation, la règle à mettre en oeuvre - une règle qui renvoie, comme toute invention, à un héritage ou un problème qu'elle transforme. C'est ainsi qu'on peut apprendre à vivre, à bien manger, etc. "Apprendre", c'est faire le lien entre le "il faut" et la vie concrète.

g. ne pas transformer les concepts en idéaux. Le "Il faut" est double. C'est la loi (par exemple : Il faut donner..., mais un don véritable, sans aucune contre-partie, est impossible), mais la loi est excessive, ambivalente. Ou encore : il faut la vérité, mais il ne faut pas se laisser mystifier par elle. Il faut une politique de la mémoire, mais il faut aussi la critiquer, la penser. Il faut la liberté, mais il faut aussi déconstruire la souveraineté sur laquelle elle repose, etc...

h. écrire. Il faut écrire, et il faut effacer. Cette double intimation est comparable à la structure de la loi : "Je t'ordonne de ne pas venir jusqu'à moi". La porte de l'écriture est ouverte mais, devant elle, devant son énigme qui est aussi l'énigme de l'oeuvre, on s'arrête.

i. il faut écrire, mais il faut aussi aimer la vie - y compris sans écrire, y compris en renonçant à écrire. Il faut que ce désir de vivre reste présent, même si ce n'est pas le dernier mot.

j. et aussi : il faut lutter pour faire survivre les oeuvres en fonction de leur force, leur génialité, leur inventivité productive. Dans cette dernière tâche, qui n'est pas la moindre, il ne s'agit pas de protéger ni de conserver la culture, mais d'ouvrir les frontières.

k. etc. (il y a toujours plus d'une tâche, plus d'une liste de tâches, au-delà de la dernière).

 

5. De nouvelles Humanités.

Le "Il faut" est politique. S'exerçant en certains lieux déterminés, il peut prendre des formes plus concrètes, plus militantes. Ainsi en est-il dans l'université, ce lieu privilégié où la résistance critique, déconstructrice, peut s'exercer sans condition, l'un des rares lieux où il reste possible de mobiliser et radicaliser les champs du savoir, y compris la psychanalyse. Au-delà de l'université, Derrida en appelle à une transformation de l'espace public, voire une nouvelle Internationale. Il faut trouver une nouvelle place pour les intellectuels, faire travailler la mémoire collective, les images et les traces spectrales de toutes sortes. La politique ainsi conçue déborde largement son domaine usuel, y compris celui des médias et des technologies. Elle passe notamment par la langue. Révolte-toi! Sans demeurer nulle part, tu habites ta langue et celle de l'autre. Sur cette route déroutée, sur ce cheminement sans carte, démarque-toi, marche par l'écriture.

 

6. "Il faut" conjurer le risque ultime.

Qu'y a-t-il derrière ces injonctions? On peut s'interroger sur ce qui pousse Jacques Derrida à se donner, à lui-même, ces tâches. Pourquoi obéir à ce "il faut"? Pourquoi faire craquer les signes, les vêtements, les modèles et les figures de la croyance? Pourquoi réclamer d'autres pensées, sans se limiter aux vieux signes? Pourquoi chercher, dans l'expérience de l'autre, l'impossible? Quel que soit le thème qu'il aborde, il en passe par une certaine désidentification. Se vivant comme un autre Moïse, invité à graver la loi sur des Tables nouvelles et anciennes, toujours déjà brisées, il voudrait secrètement se transformer de fond en comble devant chaque enjeu, produire sur lui-même une autre circoncision. A chaque séminaire qu'il prononce, à chaque conférence qu'il lit, à chaque texte qu'il écrit, le spectre d'Hamlet semble faire retour. Décidément le temps est désarticulé, il faudrait le remettre dans une certaine droiture (si c'était possible). Cela se répète pour chaque enjeu : un nouveau droit, d'autres exigences ou commandements non inscrits dans les anciens systèmes de valeurs, d'autres figures qui déracinent, autrement, l'androcentrisme des frères. Chaque fois, qu'il s'adresse à un interlocuteur unique ou à l'espace public mondial, c'est un autre idiome, singulier, supplémentaire et intraduisible, qu'il faudrait inventer.

En convoquant d'innombrables textes (Kant, Heidegger, Platon, Joyce, Bataille, Genet, Lacan ou Artaud), en tissant et produisant des chaînes d'autres mots dans une substitution qui ne s'arrête jamais, en se soumettant volontairement à une loi d'hétérogénéité, Jacques Derrida conjure le risque de devoir limiter son échange avec un seul. Il faut pouvoir écrire partout sur le livre, sur sa tranche, ses marges, il faut pouvoir faire signe vers un autre texte, un texte qui marque le tout autre, au-delà du tout, à l'exception du tout. Un tel programme, qui ne souffre pas la transaction, doit rester non formalisable.

 

 

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Propositions

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Avant nous, "il aura fallu parler"; mais de la trace de cette nécessité, de cette injonction immémoriale qui n'arrive qu'à s'effacer, "il ne faut pas parler"

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Axiome de la justice : elle est inconditionnelle et indémontrable, elle engage au-delà du droit, de la norme, du temps

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Agir par devoir ou respect de la loi, c'est inventer chaque fois, pour chaque situation unique, la règle et l'exemple de la justice

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L'axiome de la déconstruction, ce à partir de quoi elle s'est toujours mise en mouvement, c'est l'ouverture de l'avenir

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Axiome : nul à-venir sans héritage, possibilité de répéter, itérabilité, alliance à soi, confirmation du oui originaire, mémoire et promesse messianique

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L'université devrait être "sans condition" : un espace de résistance critique, déconstructrice, où s'élaborent de nouvelles Humanités, un nouveau concept de l'homme

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La déconstruction comporte une phase indispensable de renversement, afin de s'emparer des moyens d'intervenir dans le système

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La tâche urgente, c'est d'inscrire une trace dans le texte tout en faisant signe vers un autre texte

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Nouvelle internationale : Poètes-traducteurs, révoltez-vous contre le patriotisme, faites pousser une autre langue!

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Le projet d'un livre qui s'ajoute au tout, à la jonction du programme et de son reste, se tient sur la tranche du livre fermé

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Le dispositif en deux colonnes de "Glas", fait pour indisposer, est une machine à produire des effets de lecture - qui n'est productive que si elle transforme le texte de l'autre

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Une tâche derridienne : "Vis-à-vis du spectre, aller au-delà du travail de deuil"

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Le lieu de la spectralité est celui où on doit laisser une place vide en mémoire de l'espérance : la démocratie à-venir

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Au-delà du deuil, une désidentification intempestive fait craquer les signes, les modèles et les figures de la croyance

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L'exercice de la responsabilité, théorique et éthico-politique, prescrit de ne rien soustraire a priori aux questions déconstructives

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"Il faut la vérité", c'est la loi - disséminatrice et fétichiste

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Manifeste derridien : il faut un livre qui marque le tout autre, au-delà de tout, dans et hors le tout, à l'exception de tout

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La dissémination (ou différance séminale) se constitue en programme non formalisable, tenant à la chute incessante d'un supplément de code

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L'oeuvre joycienne est une machine d'écriture dans laquelle le lecteur est d'avance inscrit; il ne peut la lire qu'à s'aventurer hors d'elle, à se projeter ailleurs à partir d'elle

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La déconstruction, qui se donne pour tâche l'expérience de l'autre comme invention de l'impossible, ne désire pas le possible, mais l'impossible

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Le seul avenir désirable et digne d'intérêt, c'est de laisser se mettre en mouvement la différance de l'autre

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"Tout faire pour sauver, dans la langue et dans l'image, la singularité de l'idiome intraduisible" - tel est le souci principal, la responsabilité à prendre

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Il faut radicaliser la pensée freudienne de la trace

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Il s'agit, avec les concepts de la déconstruction, de transformer l'espace logique habituel, d'organiser l'espace théorique des Lumières modernes de façon quasi transcendantale

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Les deux règles de la lecture critique : respect du droit à la différence de l'autre; ne pas faire du texte une totalité close et indéconstructible

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La tâche d'un philosophe, c'est de pousser l'analyse aussi loin que possible jusqu'au moment où l'on touche à l'arrivant

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Prise dans un réseau, un travail de tissage impossible à arrêter, la différance produit des chaînes d'autres mots : gramme, réserve, trace, espacement, supplément, etc...

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Double bind : au nom de la souveraineté, il faut la liberté; mais il faut aussi déconstruire la souveraineté, sans remettre en cause la liberté

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La responsabilité de la déconstruction est double : 1/ devant la mémoire; 2/ devant le concept de justice

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En ces temps de mutation et de déconstruction, il faut interroger ce qui arrive dans l'université, l'énigme du concept d'"oeuvre"

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Plus que de tout autre à leur époque, on peut rapprocher les travaux de Derrida et de Lacan à cause de leur effet critique

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Si la déconstruction, c'est "ce qui arrive", on ne peut déconstruire qu'à partir de ce qui arrive, aujourd'hui, dans le monde

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La stratégie générale de la déconstruction est double : intervenir en renversant les hiérarchies; désorganiser les systèmes en explorant les écarts

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Pour changer le droit, le faire progresser, il faut mettre en jeu deux pôles irréductibles l'un à l'autre mais indissociables : le concept pur et le processus empirique

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Déconstruire, c'est se préparer à la venue de l'autre : le laisser venir, "invenir", hétérogène et incalculable

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"La déconstruction est la justice" - partout où la déconstruction est possible comme expérience de l'impossible, il y a la justice

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Notre horizon, ici maintenant, est une absence d'horizon : des lieux sans issue ni chemin assuré, sans dehors prévisible, qui conditionnent l'avenir

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L'impératif inconditionnel de toute négociation serait de laisser ouverte la possibilité de l'avenir

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Pour qu'elles me survivent, il faut que les choses soient imprévisibles

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La justice est toujours requise dans l'urgence et la précipitation, avec la violence irruptive d'un performatif

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La tâche qui reste à venir, au-delà du droit, c'est de mettre en oeuvre la démocratie en déracinant les figures qui prescrivent une fraternité androcentrée

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Le "messianique", c'est laisser venir l'autre, s'exposer à la surprise absolue de sa décision, sans rien en attendre

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L'annulation de l'avenir est le plus grand risque, le mal radical qui nous menace

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Pour la déconstruction, le problème de la justice est essentiel - même s'il ne peut être "adressé" qu'indirectement, de manière oblique

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Les nouvelles "Humanités" à venir, sur lesquelles il faut travailler, traitent d'une idée ou d'un "propre" de l'homme qui implique toujours la promesse

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La justice est indéconstructible, mais il faut la penser en déconstruction, dans un au-delà du droit qui est excès, disjointure, dislocation

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Il faut garder la voix d'Artaud

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La responsabilité, qui ne se règle ni sur le principe de raison, ni sur un calcul subjectif, porte en elle une démesure essentielle

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"Il faut" un mouvement d'appropriation fini, une exappropriation : le "faillir" de ce "il faut" est l'existence même en général

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Il y a, dans l'opération déconstructrice, un "Il faut"; il faut obéir à ce "Il faut", mais il est certain qu'il ne sera pas prouvé

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"Il faut" une politique de la mémoire et "il faut" aussi la critiquer et la penser; mais l'impératif "il faut" n'est ni criticable, ni objectivable

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Jacques Derrida répond à une double intimation : 1. Il faut créer/écrire; 2. Il faut effacer

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"The time is out of joint" : par l'effet de la chose spectrale, le temps est désarticulé; "I was born to set it right!" : il faut que je le remette droit

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Il faut négocier et inventer un compromis au nom d'un inconditionnel qui ne souffre pas la transaction - c'est la difficulté

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En excédant le calcul, le programme et les règles, l'appel à la justice ouvre à l'avenir, il commande la transformation et la refondation du droit, y compris par le calcul et la négociation

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La question posée par la loi d'hospitalité infinie : "Il faut bien manger", c'est : "Quelle est la meilleure manière, la plus respectueuse et donnante, de se rapporter à l'autre?"

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En faisant surgir un livre qui s'ajoute à la nature, dans un simulacre de duplication, la dissémination remet la philosophie en scène

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Si la prière pouvait être une expérience purement pure du rapport au rien, au néant, il n'y aurait pas d'écriture; mais faute de cette expérience, "il faut écrire"

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La philosophie a la structure d'un tympan : il faut la crever pour l'empêcher de prêter ses catégories au logos de l'autre

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Dans le champ politique, la prise de conscience ne suffit pas : il faut mobiliser la psychanalyse, lui faire travailler la mémoire collective et les traces spectrales de toutes sortes

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Transformer l'espace public oblige à travailler dans un autre temps où la perspective est renversée, où il faut compter avec l'intempestif

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Il faut apprendre à analyser ce qui nous arrive par l'image en découpant les images et en discernant les collages et montages dont elle est faite

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Il faut lutter pour faire survivre les oeuvres en fonction de leur force, leur nécessité, leur génialité, leur inventivité productive, dans un espace public ouvert au-delà de l'espace national

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Il faut se battre non pas contre les télétechnologies ou l'Internet, mais pour que ces médias laissent une plus grande place aux normes proposées par les citoyens ou intellectuels

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A partir de la possibilité irréductible du "sans réponse" (le mal, la mort) surgit l'exigence d'une responsabilité infinie

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Avec la politique de l'amitié, il s'agit de penser, à la racine de la démocratie à venir, une altérité sans différence hiérarchique

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La révolution future sera l'avènement de l'événement : victoire d'un contenu propre, qui ne soit pas la répétition d'une phraséologie passée

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Derrida préconise une "nouvelle Internationale" : alliance sans coordination, sans communauté, sans appartenance et sans institution, dans la fidélité à l'esprit de Marx

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Il faut donner, c'est la loi - et il faut rendre compte de cette loi qui oblige à donner

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L'interdiction de la loi n'est pas une contrainte impérative mais une différance : "je t'ordonne de ne pas venir jusqu'à moi"

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Depuis un lieu invisible, Jacques Derrida s'engage dans une aimance qui en appelle à une loi d'hétérogénéité, à la dissymétrie d'une singularité absolue

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Au-delà du savoir absolu, une question inouïe s'ouvre et réclame des pensées à travers de vieux signes

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La tâche de tout citoyen, c'est de prendre en compte la discontinuité radicale entre un savoir sur les pulsions de mort et de cruauté, et un saut dans l'éthique, le droit ou la politique

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Circoncision est le désir de vivre sans avoir besoin d'écrire : aimer la vie

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Devant le mal d'abstraction d'aujourd'hui, il n'y a ni salut, ni chemin, ni issue - car l'acte de foi y a toujours partie liée avec son opposition

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La violence divine, la plus juste, est indécidable, inconnaissable - et pourtant la seule qui pourrait faire l'objet d'une décision politique, révolutionnaire, ouvrant une ère nouvelle

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Dès 1963, Derrida se voit comme un nouveau Moïse qui porte à l'autre la Table nouvelle de l'écriture

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Nos tâches : refonder les religions en s'en jouant, réinventer la circoncision, recirconcire ce qui se décirconcit, déjouer la réappropriation des langages par un Dieu-Un

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Déclaration de Jacques Derrida : "Je dois, à Jérusalem, parler de la trace dans son rapport à la théologie négative - mais sans rien dire du plus proche : le Juif, l'Arabe"

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