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La voix se retire!                     La voix se retire!
Sources (*) : Ctp, le Contemporain               Ctp, le Contemporain
Bertille Sapintza - "La Sibylle", Ed : Galgal, 2007-2011, Page ajoutée le 10 décembre 2005

 

La voix se retire (Bertille S., 2012) -

[La voix se retire!]

   
   
   
                 
                       

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Notre monde est le résultat d'un double retrait. Au départ, il y a un temps auquel nous n’avons plus accès et qui s'appelle : création. Certains sont choqués par ce mot et souhaitent le remplacer par un autre. Ce n'est pas mon cas. Que le mot ait une connotation religieuse ne me dérange pas. Ce qui m'importe est l'usage que je peux en faire. L’art, par exemple, est création. Et aussi la science, et aussi d'autres pratiques dont la liste n'est pas close. Pourquoi pas?

Donc, premier temps : De la voix se retire. Je ne joue pas du paradoxe pour le plaisir du paradoxe. Ecoutez-moi. Quelle est la principale caractéristique de la voix? Parlez et vous vous en rendrez compte. Allez'y, parlez, dites un mot! Que devient votre voix? Elle s'échappe. Elle disparaît dès qu’elle est prononcée. A peine est-elle émise qu’elle est perdue. Ce n'est pas une malédiction : c'est un processus nécessaire, typiquement humain. La voix ne subsiste que sous forme de souvenir ou d’oubli. Dès qu'elle se retire, elle laisse la place de l'origine.

Situons-nous dans ces temps reculés où sont apparus ensemble le langage, la parole et la voix. Le langage est un système, une réalité stable sur laquelle on peut s'appuyer. Mais la voix? Elle s'échappe. Pour parler, il faut qu'il y ait création d’une absence : l’absence de voix. L’absence de voix est quelque chose de spécifique et de fondateur. Nous, les modernes, nous avons tendance à oublier cette absence, tandis que les premiers hommes vivaient constamment dans l’étonnement et la crainte. Ils étaient religieux car ils constataient l'évidence : de La voix est absente. Pour exorciser cette absence, ils imaginaient des créatures, ils inventaient des rites et des systèmes de pensée. C'est ce que j'appelle le premier temps : prendre acte du retrait fatal de la voix.

La voix désormais est ailleurs, dans un autre lieu. Elle se retire et reste en même temps présente sous la forme opaque de l’altérité. Toujours absente et toujours là. Elle laisse une trace indécelable dans chaque parole passée, présente et future, et cela suffit pour créer un monde.

Cette interprétaton du fondement n’est pas une mystique. Elle est matérielle, et même matérialiste. La voix est une composante de l’espèce, son retrait est un moment de la préhistoire ou de l’histoire humaines. La verticalité de l’homme y trouve une justification, et des personnages mythiques ou des dieux en tirent leur existence invisible.

Ce retrait, la tradition freudienne le baptise : Fort / Da. C’est une entrée personnelle, vécue, dans le langage et le discours. L’enfant s’y rend maître de la chose (qu’il ne contrôle pas) en la remplaçant par la voix (qu’il apprend à contrôler). Maîtriser en détruisant, faire disparaître l’objet pour qu’apparaisse le signifiant, c’est la substance du premier retrait.

Il vient ensuite un second retrait qui redouble le premier. La définition du second temps, c’est que la voix qui se retire n’est plus extraordinaire : elle est ordinaire. C’est ma voix, ta voix, sa voix. Nous vivons quotidiennement le redoublement du retrait dans notre vie courante, psychologique et sociale.

Que la voix soit devenue courante, quotidienne, ne la rend pas plus proche. Au contraire, plus elle se démultiplie par des moyens mécaniques (la radio, le téléphone), et plus elle nous échappe. Bientôt la voix sera totalement émancipée du corps (et alors advint Internet).

Désormais, n’importe quelle voix de n’importe quelle personne peut occuper la place du point sacré indicible des religions. N’importe quelle voix ordinaire peut devenir le point central du monde athée.

L’indifférenciation des voix entraîne toutes sortes d’effets plus ou moins perturbants. Toutes ces voix qui s’expriment au même niveau et se mélangent, distribuant avec elles les rôles, les fonctions et les désirs, ces voix manquent de sérieux, et finalement l’édifice tout entier manque de sérieux.

Il n’y a plus d’Autre. Le monde s’égalise. Les hiérarchies fragilisées s’effacent l’une après l’autre. Il en résulte une infinité d’apories (du type de celle démontrées par le paradoxe de Russel). Au sein d’un ensemble infini de locuteurs tous égaux et tous aptes à produire la voix qui se perd, l’origine aussi se perd. Le second retrait de la voix entraîne avec lui l’origine.

On peut désigner le double retrait de la voix sous le terme : sansVoix. Ce terme n’abuse personne, car le sansVoix trouve l’intégralité de son énergie dans la voix qui s’est retirée.

Qu’il y ait eu un second retrait redoublant le premier entraîne d’énormes effets. Usuellement, on appelle ces effets : la science. La science est indissolublement liée à ce second retrait, elle en est l’essence même. La forclusion du sujet qui en résulte est le point extrême du retrait de la voix. De la proviennent l’extension et la prévalence du sansVoix.

Ce temps-là, le retrait de la voix, avait été oublié. Il a fallu que les feux de la modernité s'affadissent pour qu'il revienne au jour, c'est-à-dire pour qu'il se répète, pour que l'événement se reproduise une seconde fois et s'inscrive. A présent l'inscription est faite, et je la réinscris.

 

 

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Propositions

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La voix porte la création

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La Voix porte la question de l'origine

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La voix se détache! Il faut conjurer la panique

 

 

 


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