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TABLE des MATIERES :

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 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, l'alliance                     Derrida, l'alliance
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 23 janvier 2006. L'oeuvre allie à "autre chose"

[Derrida, l'alliance]

L'oeuvre allie à "autre chose" Autres renvois :
   

Derrida, nos tâches

   

Derrida, bénédiction, malédiction

   

Derrida, communauté (sans communauté)

                 
                       

1. Alliance primordiale.

Tout part d'un Oui originaire, ce lien fiduciaire qui doit s'instaurer pour qu'une quelconque fiabilité ou confiance en l'autre puisse s'instituer. Ce Oui qu'on peut qualifier de "socialité originaire" débouche sur une alliance d'un type particulier, "hétéronomique et dissymétrique", pour reprendre le vocabulaire de Jacques Derrida : une alliance entre deux éléments si différents (ou différants) l'un de l'autre, si hétérogènes l'un à l'autre, que leur rencontre en un même monde déclenche une discordance, un mouvement inarrêtable entre le possible et l'impossible. Cette alliance d'avant toute loi déterminée, d'avant toute loi en général, aporétique dès le départ, est le fondement (sans fond, car rien ne le précède) de tout rapport à l'autre.

Celui qui parle en son nom propre, incomparable avec l'autre comme tel, présuppose un "nous", une alliance avec ce tout autre à laquelle il ne peut qu'acquiescer. Mais la situation est assymétrique. Vis-à-vis de l'étrange communauté qui s'institue, il est comme un nouveau-né qui ne peut pas refuser ce qu'on lui propose. Une archi-amitié ineffaçable, inavouable, incommensurable, est scellée, ancrée dans un partage de langue. Mais le sceau est enfoui, encrypté dans un passé absolu. L'alliance ne pourra jamais être traduite dans une langue déterminée, une adresse. Il en résulte un type d'appartenance, qui est réitéré dans la vie courante, dans les engagements, et aussi dans les oeuvres. Chaque fois qu'on traduit d'une langue à l'autre, ou bien chaque fois qu'on tient à restituer une vérité, ou bien chaque fois qu'on se laisse entraîner dans une "œuvrance", quelle qu'elle soit, c'est cette alliance, ce contrat absolu, "quasi-transcendantal", qui est mise en jeu. A chaque "Viens", l'alliance s'inscrit en un lieu exceptionnel, unique. L'alliance garde, en secret, une mémoire. Par elle se noue le lien entre la parole et l'être. Dans le discours ou dans les arts, dans la littérature ou dans la peinture, c'est elle qui est invoquée.

 

2. Retour sur soi.

Une des particularités de cette alliance, c'est qu'elle vaut aussi pour un "je" qui se cite lui-même. Oui, oui dit-il à ce soi hétérogène, qui se retourne sur lui comme un autre (auto-hétéro-affection). De même que dans la marche, chaque pas en avant oublie l'autre, chaque pas rature le précédent et s'allie au suivant, l'alliance se renouvelle. Elle se reproduit circulairement, mais c'est un simulacre de cercle, un cercle sans cercle, un retour éternel où l'on ne refait jamais le même pas. Une fois chiffrée, scellée, elle revient sur elle-même dans une structure d'anneau. Deux dates hétérogènes (ou deux événements, deux lieux, deux signatures), toutes deux uniques, s'y conjoignent au moins une fois, et souvent plus d'une, car bien que l'alliance soit unique, il y a toujours plus d'un anneau, et il y a aussi des alliances à plus de deux (n + Un).

On retrouve cette complexité dans chaque oeuvre ou chaque poème - des multiplicités de dates, toutes autres, s'y conjoignent, rejoignent et s'y séparent, faisant saigner les cicatrices. La promesse d'héritage vient dans le pli d'un retour sur soi, dans l'alliance à soi, dans le retour chiffré des marques scellées par des schibboleth. Ainsi chaque oeuvre, alliée avec elle-même comme autre, engage chacun singulièrement à acquiescer, à témoigner de l'autre, à en répondre.

 

3. Institutions, religions.

Même quand les institutions politiques se présentent comme des conventions ou des artefacts strictement humains (ou "laïques"), elles sont fondées sur une alliance cachée, une ontothéologie. Dans la souveraineté moderne, humanisée et sécularisée, le souverain reste un lieutenant de Dieu, le représentant sur terre de la souveraineté absolue. Comme Dieu ou la bête, il est supposé immortel, indivisible, au-dessus des lois.

Avec les religions, le caractère dissymétrique de l'alliance est clairement et explicitement affirmé. Dans le christianisme, elle passe par l'eucharistie. En disant "Ceci est mon corps", le Christ fait don d'un supplément incalculable, qui oblige à une nouvelle alliance. Dans la tradition juive, elle est portée par le talith ou par la circoncision, qui est un événement unique, hétéronomique, inscrit dans le corps, répété rituellement, auquel le nouveau-né souscrit avant même de parler et qu'il devra déchiffrer. Entre les deux parties à l'alliance, l'homme et Dieu, il n'y a rien de commun.

C'est cette dissymétrie qui conduit à ce qu'on nomme la théologie négative. Pour qu'il y ait des théologiens, des initiés, il faut un mystère, un secret qu'on ne puisse pas partager. Ce secret qu'on ne divulgue pas n'existe jamais comme tel (sans quoi ce ne serait plus un secret); et pourtant il faut le garder, c'est le secret de l'alliance.

Aujourd'hui, les anciennes alliances sont rompues. Après l'alliance de Moïse (celle de la torah) brisée depuis le départ, l'alliance du christianisme s'est latinisée [autre brisure]. [Quant à l'alliance de l'Islam, elle semble vouloir résister, jusqu'à la mort y compris, à cette rupture qui la traverse de part en part]. Associant le savoir et la foi, l'alliance d'aujourd'hui finit par prôner la mort de dieu - une autre forme d'alliance, tout aussi hétéronomique, avec le vide qu'il en reste.

 

4. Une alliance à venir.

Avec l'autre alliance à venir qu'appelle Jacques Derrida, il ne s'agit ni de rompre avec l'hétéronomie - car celle-ci est constitutive de toute alliance, ni de renoncer à la démocratie. Un concept est privilégié, l'aimance, avec une figure de l'amitié qui s'inscrit dans une critique déconstructive de la tradition occidentale. L'aimance ouvre une relation improbable, incertaine, qui peut toujours être rompue : l'alliance du peut-être. Silencieuse, elle opère différemment pour l'aimant ou l'aimé. Ils se taisent ensemble, ne se conjoignent que dans la dissociation, la solitude, le secret, la déliaison - voire le fou rire. Ainsi l'abyme, le fond sans fond qui les sépare, est-il reconnu.

Cette alliance-là ne relève ni du manque, ni de la vérité, mais d'un partage capable de déjouer toute réappropriation, de réinventer l'incalculable. S'appuyant sur les réseaux qu'elle combat, elle transforme et déconstruit. Sans renoncer au politique, elle cherche un nouveau compromis entre le droit et la justice, invite à d'autres tâches, d'autres rapports avec le tout autre, qu'il prenne l'aspect d'un animal ou d'une chose.

Elle ne rompt pas avec la tradition biblique : elle la prolonge et la transforme, mais sans communauté ni institution. Ici l'anneau se détache, il reste vide.

 

 

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Propositions

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Avant toute responsabilité, toute contresignature, nous sommes pris dans une socialité originaire : la courbure hétéronomique et dissymétrique d'un rapport à l'autre

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Avant tout autre contrat, une amitié d'avant les amitiés, ineffaçable, inavouable, incommensurable, fondamentale et sans fond, respire dans le partage de la langue

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Une alliance est scellée par un "Oui, oui" qui garde, en secret, une mémoire endeuillée où vient l'autre

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La traduction est un contrat absolument singulier, quasi-transcendantal, qui, en engageant des noms, exhibe l'affinité a priori entre les langues

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[Derrida, le talith]

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[Pour rendre ou restituer une vérité, la peinture doit être fiable : offrir une alliance originaire, antérieure à tout produit ou objet symbolique]

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Dans l'anneau, l'unique s'allie avec lui-même comme autre, il répète son retour autour du même

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Depuis sa propre date, le poème s'adresse à une date toute autre : il conjoint et rassemble les deux dates hétérogènes en un même anneau

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Une marche est une alliance, le retour éternel d'un double pas : un simulacre de cercle sans cercle

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L'alliance est un anneau scellé par un schibboleth : elle commémore la date et le lieu de sa provenance dont elle se démarque chaque fois

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Qu'un "je" se cite soi-même, qu'il en fasse le récit, c'est ce qui, dans la vie comme dans la Genèse, donne lieu à l'alliance de l'affirmation avec elle-même : "oui, oui"

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Chaque fois que, sans aucun langage de surplomb, on dit "Viens", on donne le don, on répète l'alliance

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Axiome : nul à-venir sans héritage, possibilité de répéter, itérabilité, alliance à soi, confirmation du oui originaire, mémoire et promesse messianique

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Il y a plus d'Un, c'est-à-dire au moins deux, ce qui implique une alliance à plus de deux : n + Un

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La circoncision est une alliance dissymétrique, sans contrat, à laquelle le nouveau-né souscrit avant même qu'il ne parle

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Il faudrait une nouvelle langue, de nouvelles phrases pour une nouvelle circoncision : détacher l'anneau de chair et le passer au doigt de la dame

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Nos tâches : refonder les religions en s'en jouant, réinventer la circoncision, recirconcire ce qui se décirconcit, déjouer la réappropriation des langages par un Dieu-Un

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J'ai perdu l'anneau de mon père, cette partie de moi dont le secret est jeté dehors, dans le pli d'un retour sur soi, d'un nouveau départ décisif pour l'alliance

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Le "commun" (appartenance communautaire) présuppose un "nous" qui inscrit l'autre dans une alliance à laquelle il ne peut qu'acquiescer

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Il faut penser ensemble - mais autrement - savoir et foi, technoscience et religion, calculable et incalculable

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Le secret de l'alliance, c'est qu'il n'y a pas de secret comme tel : il ne peut apparaître que par une dénégation essentielle, originaire, du partage

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La mondialatinisation est une alliance étrange du christianisme, comme expérience de la mort de dieu, et du capitalisme télé-technoscientifique

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La souveraineté étatique moderne, qui se présente comme une convention humaine ou un artefact, est fondée sur une ontothéologie profonde

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Pour instituer la figure humaine et politique du souverain, il faut exclure Dieu et la bête, masquer l'onto-théologie, l'alliance entre ces trois figures au-dessus du droit

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Dans le couple bête/souverain, la bête "est" le souverain, et aussi l'autre du souverain (ressemblance, conjonction, alliance, hymen, hétérogénéité, passage, partage)

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[Ponge contracte une alliance infiniment inégale avec la chose : en lui sacrifiant tout, il se l'approprie et signe en son nom propre - afin de faire de son texte la signature de la chose]

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Circoncision, je n'ai jamais parlé que de ça : limites, marges, marques, clôture, anneau, alliance, don, sacrifice, écriture du corps, pharmakos, coupure, ...

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Le simple fait de parler nous installe d'entrée de jeu dans l'alliance de la circoncision

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La circoncision est une alliance hétéronomique

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L'événement qui mériterait, une seule et unique fois, à telle date, le juste nom d'amitié, supposerait l'expérience d'une alliance improbable, la pensée d'un concept du "peut-être"

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Il vaut mieux qu'entre amis l'alliance soit silencieuse; ensemble mais séparés, conjoints et dissociés, ils se taisent pour garder leur amitié

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Séparés l'un de l'autre, irrémédiablement solitaires, les amis se taisent ensemble, dans le rire éclatant de leurs deux jouissances partagées, disjointes, hétérogènes

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Jacques Derrida a inauguré une autre modalité du juif laïque : celle des Tables brisées

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L'alliance est rompue sur tous les plans

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La singularité de notre temps, c'est que la nouvelle alliance ou Internationale ne peut se développer que sur les réseaux télé-technologiques qu'elle combat

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L'être / parle / partout et toujours / à travers / toute / langue

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Schibboleth (SBL) et Symbolon (SBL) désignent tous deux le partage et l'alliance

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S'il fallait tirer un enseignement du "pire" (la "solution finale"), ce serait pour juger de la complicité des discours qui séparent radicalement le droit et la justice

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Derrida préconise une "nouvelle Internationale" : alliance sans coordination, sans communauté, sans appartenance et sans institution, dans la fidélité à l'esprit de Marx

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Dans le "Ceci est mon corps" de la Cène christique, ce qui se mange et se consume, ce supplément incalculable qui "est" "comme" rien, c'est l'esprit

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Fantasme de Jacques Derrida : "Ma mère, en signe d'alliance, me circoncit de ses lèvres, et j'éjacule dans sa bouche quand elle avale le prépuce"

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