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 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, le pardon                     Derrida, le pardon
Sources (*) : [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)               [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2017, Page créée le 26 janvier 2008 Derrida, inconditionnalités, principes inconditionnels

[Derrida, le pardon]

Derrida, inconditionnalités, principes inconditionnels
   
   
   
Réparation par l'oeuvre Réparation par l'oeuvre
                 
                       

1. Pardon pur et pardon transactionnel.

Derrida distingue deux pôles du pardon :

- le pur pardon, concept exceptionnel et extraordinaire qu'on peut rapprocher de la pure hospitalité, qui n'est prescrit par aucune norme ni pratique sociale. Inconditionnel, irrationnel, il ne suppose ni calcul, ni transaction, ni obligation, ni excuses, ni demande. Il est illimité et absolument désintéressé. C'est une sorte de folie qui pardonne l'impardonnable, sans justification ni en tirer aucun avantage. Le droit de grâce dont dispose le monarque souverain est le modèle exemplaire du pardon pur. Mais il n'est jamais complètement inconditionnel. S'il l'était, le souverain devrait renoncer au pouvoir dans le moment même où il l'exerce : première formulation de l'aporie du pardon.

- le pardon transactionnel, qui fait l'objet d'une décision, d'une négociation, ou d'une demande, pour quelque raison que ce soit. Les scènes d'aveu ou de repentir, qui visent une réconciliation ou l'expression d'un regret, sont transactionnelles. Ce type de pardon suppose une identification spéculaire : celui qui demande pardon fait porter le poids de la faute à l'autre. En lui transférant cette responsabilité, il parle à sa place. La faute circule, elle est renvoyée de l'un à l'autre. Le pardon est impossible, le mal reste inoubliable et impardonnable : deuxième formulation de l'aporie du pardon.

Même si, en pratique, un pardon effectif n'est décidé que sur la base d'un compromis ou d'une négociation, il suppose toujours l'horizon du pardon pur. Les deux pôles du pardon sont indissociables. Dans les deux cas, la dette n'est jamais annulée, le coupable reste un coupable. Même s'il se présente comme un verdict, un point final ou un dernier mot, le pardon ne juge pas, ne solde pas les comptes. Il ne peut ni mettre fin aux remords du coupable, ni le rendre innocent.

 

2. Acte performatif : il y a dans toute adresse à l'autre une demande de pardon.

Pour que je puisse m'adresser à l'autre, il faut qu'il ait foi en moi. S'il soupçonne un faux témoignage, un mensonge ou un parjure, ma demande de pardon perd toute crédibilité. Or je ne peux jamais garantir, de manière certaine et absolue, que je ne me trompe pas moi-même, qu'il n'y a pas en moi de l'équivoque ou de la mauvaise foi. Je dois donc commencer toute adresse à l'autre par une demande de pardon. qui n'est pas de l'ordre du savoir ou du faire-savoir, mais de la confession, de l'aveu.

Aucune institution ne peut décider le pardon. Seul une victime peut l'accorder, dans la singularité d'un face-à-face avec le demandeur.

 

3. Un retrait secret, silencieux.

Demander pardon, c'est se retirer devant l'autre, mais comme on ne peut jamais tout dire, tout confesser, on doit encore s'excuser. "Pardon de ne pas vouloir dire..." écrit Derrida. C'est une phrase inachevée, inarrêtable, dont on ne sait jamais qui l'a énoncée ni à qui elle est adressée. Quand on demande pardon, même si l'on ne veut rien cacher, on garde toujours une part de silence, et donc une part de culpabilité. Il y a ce que j'avoue et ce que je n'avoue pas, ce que je garde secret, et qui peut être pire, impardonnable. Le pardon effectif suppose toujours cette possibilité. En demandant pardon, je m'adresse à un "Qui" (un prochain, un Dieu), mais ce sur quoi je demande pardon reste opaque. Le "Qui" s'efface, se rétracte, il ne répond pas, et ce qui reste imprononçable, indicible, est un "Quoi". A qui s'adresser? On murmure un "nom de Dieu", mais dans cette affaire entre Dieu et Dieu, il ne peut que se retirer.

Et puisque l'autre, mon double spéculaire, ne peut accorder qu'un pardon transactionnel, je dois me replier sur moi-même. C'est ce que fait Kafka, dans sa Lettre au père, ou encore Dieu, quand il regrette la terrible sanction du déluge. En son for intérieur, il se demande pardon et accorde à Noé sa bénédiction, son alliance. Mais cet acte souverain, narcissique, exceptionnel, cet acte de pur pardon, reconnaît lui aussi la faute. Ressemblant à un repentir, une demande d'absolution, il laisse à l'homme cette souveraineté au nom de laquelle il l'avait créé. Le pardon reste aussi furtif que l'arc-en-ciel, signe de l'alliance.

 

4. Le pardon par l'oeuvre.

Analysant deux écrits célèbres intitulés Confessions - signés J-J Rousseau et Saint-Augustin, Derrida observe que l'un et l'autre ont commis à un certain âge (16 ans) une faute, un vol, un larcin, qui pourrait avoir contribué à déclencher, plus tard, leur engagement dans l'écriture. Ils reconnaissent le mal qu'ils ont commis, ils acceptent la sanction, mais ils ne peuvent s'empêcher d'en jouir encore. C'est pourquoi ils demandent pardon sous cette modalité singulière, une oeuvre. Car un acte de parole n'est pas suffisant pour s'excuser. Il faut, en plus, une blessure, une interruption, une rupture dans l'ordre du temps, un événement qui fasse date. Une scène de pardon qui serait réduite à l'automaticité d'un "Je m'excuse" ou à l'évidence d'un savoir serait dangereuse, terrifiante. S'excuser sans se transformer, sans risquer un basculement, sans oeuvre, ce serait un blasphème, un parjure.

Si l'oeuvre avait le dernier mot, elle pourrait innocenter, mais le dernier mot n'existe pas. Il y a toujours d'autres destinataires, d'autres interprétations.

 

 

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Propositions

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Le pur pardon est sans limite, sans norme, sans modération ni finalité : il est exceptionnel et extraordinaire, à l'épreuve de l'impossible

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Le pardon pardonne seulement l'impardonnable

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Le pardon inconditionnel est fou : c'est une surprise, une révolution, un événement hétérogène à la politique et au droit, une éthique au-delà de l'éthique

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Pour qu'arrive le pardon, l'excuse ou le parjure, un performatif ne suffit pas, il faut une oeuvre : une blessure, une interruption, une rupture dans l'ordre du temps

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Ni l'Etat, ni aucune institution ne peut pardonner : seule une victime le peut

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L'essence du pardon exige un face-à-face personnel qui n'engage que des singularités absolues

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Aporie du pardon : on ne peut le demander ou l'accorder sans parler à la place de l'autre, par sa voix, en lui faisant porter le poids de la faute (identification spéculaire)

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Le pardon est impossible. On ne peut le demander ni à soi, ni à l'autre (Qui); jamais on ne peut annuler le méfait (Quoi), mais seulement le remplacer

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Un pardon se pose dans la figure du "dernier mot", comme un verdict, mais il ne juge pas, ne met pas fin à la dette

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Etant exposée à une violence ou un abus toujours possibles (faux témoignage, mensonge, parjure, trahison, etc...), toute adresse à l'autre commence par une demande de pardon

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Une confession n'est pas de l'ordre du savoir ou du faire-savoir, elle se fait sur le mode du repentir, de la reconnaissance, de l'excuse, de la demande de pardon

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La prolifération mondiale et l'universalisation de scènes de repentance ou d'excuses tend à effacer la dimension du pur pardon qui n'est ni politique, ni social

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L'authenticité du pardon ou de l'excuse seraient menacés s'ils se réalisaient automatiquement, sans oeuvre - alors la scène de confession serait terrifiante, la justice serait injuste

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Le secret du secret du pardon, c'est qu'il est voué à devenir pardon à soi, privé de sens par cette réflexivité narcissique même

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Faire une oeuvre, c'est voler l'acte qui la produit, le confesser, en jouir tout en demandant pardon, s'en exonérer tout en reconnaissant le mal et en en acceptant la sanction

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La scène secrète où Kafka se pardonne lui-même en écrivant à son père se fait archive, testament, littérature, oeuvre, quand elle devient publique

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"Pardon de ne pas vouloir dire...", cette phrase qu'on ne peut pas arrêter, c'est l'épreuve d'Abraham et aussi celle de la littérature

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Axiome absolu : il faut qu'Abraham soit exposé en secret, en silence, à l'expérience du mal radical, du crime impardonnable, pour que soit nouée avec Dieu une alliance singulière

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Alliance de Noé : comme s'il regrettait la malédiction du déluge, Dieu se demande pardon à lui-même et bénit tout vivant; mais le signe de cette alliance est furtif, météorique

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En graciant Noé, Dieu pardonne pour le mal qu'il a fait advenir dans le désir de l'homme; par ce retrait, cette alliance, il lui laisse la souveraineté terrible au nom de laquelle il l'a créé

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Qui prie ou demande pardon s'adresse à un Qui - un autre, un Dieu -, mais celui-ci s'efface et se rétracte en un Quoi indicible, imprononçable, comme le nom de Dieu

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Dès qu'on dit ou qu'on entend "pardon", le nom de Dieu est déjà murmuré; toujours le pardon est une affaire entre Dieu et Dieu

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Pour qu'arrive un pardon effectif, concret, il faut que reste irréductible l'idée d'un pardon pur, inconditionnel, dépourvu de sens, de finalité et d'intelligibilité

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A la "survivante éternelle", ce blasphème, ce parjure, cette figure du savoir absolu pour laquelle aucune surprise n'est possible, il faut répondre par l'aveu, la demande de pardon

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Le droit de grâce, modèle exemplaire du pardon pur, incarne le principe transcendantal de la souveraineté

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Entre un pardon effectif, qui suppose quelque pouvoir souverain, et un pardon digne de ce nom, inconditionnel, sans pouvoir ni souveraineté, l'aporie est irréductible

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