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Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, le pouvoir, le souverain                     Derrida, le pouvoir, le souverain
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 2 février 2008 Au - delà du souverain, un concept "unheimlich"

[Derrida, pouvoir et souveraineté]

Au - delà du souverain, un concept "unheimlich" Autres renvois :
   

Derrida, le politique

   

Derrida, l'animal

   
                 
                       

1. Coup de force, exception.

On ne peut faire la loi, fonder, inaugurer ou justifier le droit que par un coup de force, un acte violent à la fois performatif et interprétatif. C'est une loi de structure : un pouvoir souverain ne se pose qu'en distinguant lui-même entre violence légale ou illégale. Sa structure fondamentale est tautologique. Si l'on obéit à ses lois, ce n'est pas parce qu'elles sont justes, mais parce qu'elles sont lois; si l'on y croit, ce n'est pas sur un fondement légal, mais mystique.

Cette législation, qui vaut pour tous, ne s'applique pas à lui-même. Le souverain jouit d'un droit à l'exception, un droit à s'élever au-dessus du droit dont la justification n'est pas contractuelle (au sens courant du terme), mais onto-théologique.

Le courage du souverain, c'est de proférer un performatif absolu : il prend et fait ce qu'il dit, sans tenir compte d'aucune règle ni formulation pré-établie. Sa passion corrélative est la peur, celle du sujet qui, tout en le craignant, appelle sa protection.

Le pouvoir du souverain tient à la parole : c'est un effet de fable, de fiction. Il lui suffit de s'avancer silencieusement, à pas de loup, ou de se montrer dans son évidence visible, éclatante, dans la toute-puissance de son savoir, pour légitimer la violence. Il peut gueuler, vociférer, engloutir l'autre, l'avaler, l'intérioriser, le dévorer, se l'incorporer, le prendre au-dedans de lui, le garder. Quoiqu'il fasse, c'est le sujet lui-même (ou l'agneau de la fable) qui le reconnaîtra comme souverain. L'effet de vérité procuré par la fable lui donne raison. Il faut l'entendre, l'écouter, lui obéir. Il faut s'engager devant lui, jurer de garder le secret.

Ce dispositif s'est imposé, en Europe, dès les débuts de la philosophie grecque, sous le déguisement de la raison, de l'entendement ou de la logique.

 

2. Réitérations.

L'acte violent qui fonde le souverain n'est pas originel. Il est réitéré dans tout texte, toute signature. Chaque fois que s'exerce le pouvoir de nommer ou de légitimer les appellations, chaque fois qu'une langue est imposée comme langue nationale ou légitime, le souverain peut ruiner les distinctions sur lesquelles il s'appuie, tout en revendiquant sa puissance "spirituelle" : décisions, ordres, prescriptions.

Dans les sociétés contemporaines, c'est le pouvoir étatique qui exerce le droit à l'exception : immunité des chefs d'Etat, peine de mort ou droit de grâce. Ce droit à l'exception n'est pas clandestin ni dissimulé. Il s'affirme au contraire publiquement, parfois théâtralement, spectaculairement, dans des procédures ritualisées, sur le modèle ancien de la mise à mort publique des condamnés.

Le pouvoir souverain se réitère indirectement, obliquement, chaque fois que la souveraineté est déplacée sur un semblable, un prochain, une victime; chaque fois qu'elle est transférée d'une personne, une institution, un concept à un autre (par exemple du roi au peuple).

 

3. Supplémentarités.

Par rapport au vivant, le souverain vient en plus. C'est un artefact, une prothèse étatique ("prothétatique") qui se pose comme indivisible, au-dessus des lois, qui affirme protéger l'homme en lui imposant une organisation machinique, hiérarchique. D'un côté (comme le Monsieur Teste de Valéry), il tend à la surenchère - toujours plus de souveraineté, de toute-puissance, de grandeur, de hauteur, de majesté. Pour montrer sa force, plus haut que les plus hauts et plus grand que les plus grands, il doit exhiber en permanence une érection phallique qui ne supporte ni chute, ni déchéance, ni détumescence. Il lui faut se mesurer à un supplément absolu qui excède toute limite, jusqu'à la perte du sens. Mais d'un autre côté, cette posture exagérée le ridiculise. La verticalité absolue de celui qui ne se réfère qu'à lui-même fait rire, on le soupçonne de bêtise. Sa rigidité solitaire masque des antagonismes, des partages et des divisions : il n'y a pas "le" souverain, mais des formes multiples de souveraineté toujours entamées.

 

4. Dieu, la bête et le souverain.

L'analogie entre le souverain, Dieu et l'animal (voire aussi le criminel) est fréquente dans le langage courant, dans la littérature et dans les fables. Ce sont des figures doubles - hors-la-loi et soumises à la loi -, qui nous fascinent et nous hantent. La bête et le souverain (pas moins bêtes l'une que l'autre) se ressemblent, s'opposent ou se conjoignent - jusqu'à la copulation (et/est). Comme figures de l'absolue souveraineté - celle qui ne répond pas -, on peut aussi les comparer à Dieu.

Pour se présenter comme conventionnelle et humaniste, la souveraineté étatique moderne présuppose une triple exclusion : le souverain, Dieu, la bête. Ces trois termes sont liés par une série d'analogies. Avec le souverain, comme avec Dieu, comme avec la bête, aucun contrat (au sens courant) ne peut être conclu; et pourtant un certain type d'alliance (hétéronomique) s'impose.

 

5. Archi-souveraineté.

Le souverain n'est ni situable, ni déterminable selon des catégories stables et reconnues. Est-il le lieu du pouvoir, de la raison (celle du plus fort, celui qui "donne raison"), ou au contraire le lieu de la bête, de la bêtise? Le lieu de la violence ou celui du droit? Est-il un Qui (une personne) ou un Quoi (un pur mécanisme)? Une exception immmanente, un transcendantal ou un quasi-transcendantal? C'est indécidable. En lui ces distinctions se brouillent, elles sombrent dans l'indifférence. L'archi-souveraineté est une chose étrange, un conatus qui persévère dans l'être, une arkhè qui vient avant toute pensée, y compris philosophique.

 

6. Pulsion de mort, pulsion de pouvoir.

Pour désigner la pulsion selon lui la plus originaire, la plus irréductible, la plus méta-conceptuelle, la plus métalinguistique, Derrida parle de pulsion de pouvoir. Cette pulsion opérerait avant tout pouvoir constitué, par l'affirmation performative d'un "je peux". Avoir le droit de dire "je peux", ce serait l'origine, le principe, de tout pouvoir, c'est-à-dire du toute stratégie du possible qui neutralise l'altérité de l'événement. Derrida va plus loin encore dans cette primauté accordée à la pulsion de maîtrise ou d'emprise : en position de prédicat transcendantal, c'est elle (et elle seule) qui, dans le discours, permettrait de définir la pulsion de mort, une tâche que Freud avait préféré interrompre, la laissant à la spéculation de l'autre.

La pulsion d'emprise gouvernerait, selon Derrida, le rapport à soi de la pulsion. Cette pulsion des pulsions, qui est aussi une pulsion sadique, une pulsion de destruction ou de cruauté, cette pulsion qui tend à dominer violemment l'objet, à exercer sur lui son pouvoir, à détruire sa propre archive (anarchivique), est aussi, paradoxalement, celle de l'archonte. Pour commander, pour exercer son autorité, il faut maîtriser l'archive, la mettre en ordre, l'institutionnaliser, la consigner et l'idéaliser en un corpus ou un système. En ce point, la question du mal radical se croise avec celle de l'oeuvre (voir ici).

 

7. Limitations?

En principe, le souverain peut s'augmenter, s'étendre démesurément [jusqu'à la violence divine]. Rien ne le borne a priori. Mais en pratique, il est partageable, divisible. On peut toujours, par le jeu des rapports de force, le transférer, le déplacer, le transmettre, le traduire, le distribuer. Cette économie est l'enjeu des combats politiques.

Au XXème siècle, à la suite d'événements terribles, exceptionnels, la catégorie de crime contre l'humanité a été inventée. Alors est venue l'idée qu'on puisse limiter le pouvoir du souverain par de nouvelles catégories juridiques. L'abolition de la peine de mort est un pas en ce sens, mais il y en a d'autres : chaque fois qu'on met en avant un concept pur, inconditionnel comme le don, le pardon, l'hospitalité, la liberté ou la justice, on oriente vers un autre partage, une autre délimitation du souverain. Cela oblige, aujourd'hui, à penser l'exception. Pour le droit, la politique ou même la philosophie, une telle pensée est impossible [car on ne peut penser, par un système, ce qui échappe au système], et pourtant il le faut.

 

8. Au-delà du souverain.

Derrière l'analyse / déconstruction de la souveraineté, on peut lire une autre quête, une autre recherche, celle d'un concept pur mais impossible (comme tous les concepts dits "éthiques" de Jacques Derrida) : l'au-delà du souverain. On ne peut penser ce concept qu'à partir d'une révolution du type de celle qu'a proposée Paul Celan dans Le Méridien, une Renverse du souffle. Si derrière la majesté (celle du prince comme celle qui est prêtée à l'homme, à l'humain) réside une étrangeté toute autre, radicalement autre (unheimlich), irréductible à tout savoir - celle de la bête, de la bêtise, de la violence, de la terreur ou du secret (geheimnis), alors une autre majesté, absurde, peut faire surgir un autre présent, celui où l'on rencontrerait l'autre, on lui donnerait le temps de venir, même en-dehors de l'humain, au-delà de l'art, de la politique, du performatif, de la poésie et même du discours.

On ne peut dissocier la question de l'au-delà du souverain de la pulsion de mort ou de destruction découverte par Freud. Que faire par rapport aux tendances à l'agressivité, à la cruauté, qui conduisent notamment à la guerre? Freud ne répond qu'indirectement à cette question. L'au-delà du souverain derridien tend à théoriser cette indirection. Pour éviter que le combat contre la violence ne soit lui-même violent, il faut une autre scène, d'autres figures qui opèrent sur un tout autre mode. Freud ne s'est jamais aventuré à décrire ces figures (pour lui non scientifiques), même s'il les a parfois suggérées. Avec ses inconditionnalités, Derrida s'engage dans la définition d'un "au-delà de l'au-delà", dont la pensée ne se bornerait ni aux principes de plaisir et de réalité, ni même à la pulsion de mort.

Chaque fois qu'on se réfère aux droits de l'homme au-delà de la souveraineté de l'Etat-Nation, on le fait au nom d'un autre propre de l'homme, d'une autre souveraineté qu'on ne peut pas définir à l'avance, mais qui prend forme dans ce qui arrive, aujourd'hui, dans le monde.

En avançant le concept d'un abandon radical de toute souveraineté, Jacques Derrida va encore plus loin. Ce concept aporétique suppose à la fois un pouvoir souverain et une renonciation radicale à ce pouvoir. Même s'il est impossible en pratique, il faut un tel concept. Peut-être ce qu'on appelle traditionnellement le génie, la génialité du génie, en tant qu'il se soustrait au commun et aussi l'excède, rapproche-t-il de ce concept.

Mais au plus proche de nous, l'expérience de l'amitié, au-delà du principe politique, au-dessus des lois, pourrait en donner une figure.

[A moins que, peut-être, ce soit cela, le paradis?].

 

 

 

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Propositions

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L'opération qui revient à faire la loi - fonder, inaugurer, justifier le droit - consiste en un coup de force, une violence performative et interprétative

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On n'obéit pas aux lois parce qu'elles sont justes, mais parce qu'elles sont lois; c'est le fondement mystique de leur autorité, elles n'en ont point d'autre

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Le courage du souverain, qui inspire aux autres la crainte, est celui de faire et de dire le performatif absolu

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La structure fondamentale du droit est tautologique : il se pose en mettant performativement en oeuvre les conventions qui décrètent quelle violence est légale ou illégale

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L'essence dynamique du souverain, son "energeia" et aussi son "enargeia", sont constitués par son récit, sa représentation, sa fiction dans son évidence visible, éclatante

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Tout texte, toute signature opère comme la police par rapport au droit : réitération d'un acte violent qui ruine les distinctions sur lesquelles il s'appuie!

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Le souverain, c'est celui qui a le droit et la force d'être reconnu comme lui-même (ipse), le même, proprement le même que soi

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Dans la fable, il est montré que le pouvoir est lui-même un effet de fable, de fiction, de parole fictive et performative, de simulacre

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Il faut penser l'exception, même si une théorie philosophique, juridique ou politique - voire un concept - de l'exception est impossible

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La souveraineté de l'État se définit par le droit à l'exception (droit à s'élever au-dessus du droit)

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La souveraineté étatique moderne, qui se présente comme une convention humaine ou un artefact, est fondée sur une ontothéologie profonde

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Dans les trois figures de la bête, du criminel et du souverain - chacune hors-la-loi à sa façon, une onto-théologique inquiétante est à l'oeuvre; elle nous fascine, elle nous hante

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Pour instituer la figure humaine et politique du souverain, il faut exclure Dieu et la bête, masquer l'onto-théologie, l'alliance entre ces trois figures au-dessus du droit

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La figure de l'animal est double : soit la bête naturelle que l'homme domine par la loi de la raison; soit le monstre, le Léviathan, cet artefact au-dessus des lois

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Dans le couple bête/souverain, la bête "est" le souverain, et aussi l'autre du souverain (ressemblance, conjonction, alliance, hymen, hétérogénéité, passage, partage)

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Le souverain, cette "prothétatique" monstrueuse qui supplée la nature en y ajoutant un organe artificiel, objective le vivant dans une machine de mort

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Le souverain est celui qui, par une exaction originaire, a le droit de s'exagérer démesurément, de s'augmenter de rien [création ex nihilo]

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Entre la bouche et l'oreille, la puissance de dévoration / vocifération du souverain oblige à entendre, écouter, obéir

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L'érection phallique n'est propre ni à l'homme ni à l'animal, mais dans sa permanence ithyphallique, elle est un attribut spécifique du souverain

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La logique de la souveraineté tend vers un débordement phallique insatiable, l'érection d'un supplément absolu qui excède toute limite, jusqu'à la perte du sens

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Une bêtise essentielle caractérise le phallique comme tel et son érection permanente : le souverain

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La définition la plus profonde de l'absolue souveraineté - celle du souverain et aussi celle de Dieu et de la mort -, c'est qu'elle ne répond pas, elle a droit à l'irresponsabilité

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Le monolinguisme de l'autre, c'est d'abord le pouvoir souverain de nommer, qui témoigne de la structure coloniale de toute culture

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Le secret tient toujours à la violence ou au pouvoir de quelqu'un : il suppose un serment, un engagement devant l'autre qui, en tant que tel, l'exige souverainement

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Forcer à partager une langue, c'est détenir un pouvoir qui n'est pas seulement linguistique : frayer, tracer, ouvrir la route, contrôler la marche, les marques et les marges

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Dans la fable "Le loup et l'agneau", c'est l'agneau qui, par un acte de langage, fonde le loup comme souverain

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Dans le couple "La bête et le souverain", la distinction entre le Qui et le Quoi vient à s'abîmer, à sombrer dans l'indifférence

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La bêtise est un quasi transcendantal, toujours idiomatique et singulier, une catégorie exceptionnelle dont le sens comme tel ne se laisse pas déterminer

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La peur est la passion corrélative de la souveraineté et de l'Etat : elle est ce qui motive le respect des lois, et aussi leur transgression

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La peine de mort est la condition quasi-transcendantale du droit pénal et du droit en général

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On ne peut pas remettre en question le principe de la peine de mort sans contester ou limiter la souveraineté du souverain

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Une amitié au-dessus des lois, au-delà du principe politique, ne répondrait plus devant aucune autre instance qu'elle-même, elle se placerait au-dessus de la justice

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Le droit de grâce, modèle exemplaire du pardon pur, incarne le principe transcendantal de la souveraineté

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La pulsion d'emprise ou de pouvoir est irréductible à aucune autre : c'est elle qui règle le principe et l'économie du plaisir

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Par habilitation d'un "Je peux", une pulsion de pouvoir annonce et organise, en-deça et au-delà de tout principe ou pouvoir institué, l'ordre symbolique

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Le motif du pouvoir joue à l'égard de la pulsion de mort le rôle de prédicat quasi-transcendantal : il permet de la définir, mais il est débordé par elle

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Il faut que toute mise à mort légale soit publique, afin d'attester oculairement, de laisser voir la souveraineté absolue du peuple et de l'Etat

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Le modèle autopsique des jardins zoologiques (savoir - pouvoir - avoir - voir) est aussi celui des institutions psychiatriques

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Tout ce qui touche à la violence du droit est spirituel : un esprit qui se manifeste comme pouvoir, autorité, dictature; qui s'énonce sous forme de décisions, ordres, prescriptions

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En appeler à la raison, c'est aussi en appeler à la raison du plus fort, celle qui "donne raison" en s'autorisant du performatif même

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Penser la génialité du génie, c'est penser ce qui soustrait une singularité au général, au partageable, au genre ou à la communauté du commun

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Le génie est cette force monstrueuse, inhumaine, qui excède toute loi du genre : dans les arts, la littérature, la différence des sexes ou le genre humain en général

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Du côté du souverain comme de la bête, du Qui et du Quoi, il y a de la bêtise, l'un étant toujours à la fois moins bête et plus bête que l'autre

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Plutôt que sur la souveraineté comme telle, qui n'est qu'un rien, un excès hyperbolique, il faut faire porter les rapports de force sur les transferts, les partages, les traductions

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On ne choisit pas entre souveraineté et non-souveraineté, mais entre plusieurs partages d'une souveraineté elle-même divisible

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La révolution française a transféré la souveraineté du roi au peuple, sans modifier le discours théologico-politique, voire l'essence religieuse du concept d'Etat

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La décapitation du roi est un transfert fictionnel, narratif, théâtral, représentatif et performatif de sa souveraineté à celle de la Nation et du peuple

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Dans l'éthique du semblable où la victime prend la place du souverain, l'idée de souveraineté n'est pas contestée, mais seulement déplacée

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Il n'y a pas "la" souveraineté, mais des formes de souveraineté qui entament et déconstruisent déjà le concept pur de souveraineté, indivisible et inconditionnel

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On ne peut penser les inconditionnalités (hospitalité, don, liberté d'engendrer des oeuvres) que hors souveraineté; mais la souveraineté se donne comme absolue, indivisible, inconditionnelle

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Le concept de "crime contre l'humanité" introduit une mutation radicale, une conversion mondiale à la sacralité de l'humain

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Double bind : au nom de la souveraineté, il faut la liberté; mais il faut aussi déconstruire la souveraineté, sans remettre en cause la liberté

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En son essence, le savoir est souverain; suspendre l'ordre du savoir, son autorité, penser ses limites, les passer, c'est disqualifier la majesté souveraine

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Chaque fois qu'on se réfère aux droits de l'homme au-delà de la souveraineté de l'Etat-Nation, c'est au nom d'un "propre de l'homme" promis à une pensée qui ne se pense pas encore

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[On peut, à partir du "Méridien" de Paul Celan, penser l'"au-delà du souverain"]

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Au-delà de toute souveraineté - politique et même poétique -, on peut tenter de penser une révolution qui, dans la rencontre du tout autre, tourne ou coupe le souffle

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Il y a deux façons de penser l'Etranger : en tant qu'"autre présent vivant", ou par "le présent de l'autre"; mettre le cap sur la seconde, c'est ouvrir l'abîme du sans fond

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Il y a dans l'art une étrange et familière (unheimlich) sortie hors de l'humain, un secret (Geheimnis) au coeur du plus intime de la présence

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[Il s'agit, pour Derrida, de penser un au-delà inconditionnel de la pulsion de mort, de la cruauté, de la souveraineté, de la pulsion de pouvoir et du mal radical]

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Les figures de l'inconditionnalité s'affirment à partir d'un "au-delà de l'au-delà" des pulsions et principes freudiens : de plaisir, de réalité, de mort et aussi de pouvoir souverain

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Quand arrive l'autre scène, indéchiffrable, elle excède tout énoncé performatif, tout principe de plaisir et de réalité, toute pulsion de pouvoir et peut-être toute pulsion de mort

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Ce qui advient "au-delà du performatif", dans sa vulnérabilité et sa finitude corporelle, se moque de toute garde, de toute assurance, de tout "Je peux"

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Entre un pardon effectif, qui suppose quelque pouvoir souverain, et un pardon digne de ce nom, inconditionnel, sans pouvoir ni souveraineté, l'aporie est irréductible

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Tout traité de philosophie devrait commencer par la bêtise - cette chose étrange, cette question première de l'entêtement à être, du conatus, de l'archi-souveraineté

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Dès les débuts de la philosophie grecque, le logos a violemment imposé sa souveraineté, sous le déguisement de la raison, de l'entendement ou de la logique

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Là où les choses s'annoncent "à pas de loup", le loup est absent, silencieux; un autre loup plus fort encore, qui figure autre chose, hante la scène

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Chez Valéry, dans une surenchère de souveraineté, tout se crispe pour maîtriser l'étrangeté, pour la transformer en Quoi

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La violence divine, la plus juste, est indécidable, inconnaissable - et pourtant la seule qui pourrait faire l'objet d'une décision politique, révolutionnaire, ouvrant une ère nouvelle

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Si l'on pouvait lever les apories qui rendent impossible l'au-delà du souverain, ce serait le paradis

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