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Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, le beau                     Derrida, le beau
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 10 février 2012 Le beau, trace du "sans"

[Derrida, le beau]

Le beau, trace du "sans" Autres renvois :
   

Derrida, l'art, l'oeuvre

   

Derrida, economimesis

   
                 
                       

1. Beauté libre et beauté idéale.

On peut présenter la théorie derridienne du beau à partir de l'opposition kantienne entre beauté libre et beauté idéale.

- la beauté adhérente (pulchritudo adhaerens) présuppose qu'à l'objet "beau" est attaché un certain concept, un idéal, une représentation adéquate associée à une idée. C'est une beauté conditionnée soit par l'usage de l'objet, soit par un critère lié à la raison. Exemples donnés par Kant : un cheval, un édifice (église, palais, arsenal ou pavillon), un être humain (homme, femme ou enfant). Un édifice a un usage, un cheval est au service de l'homme, et l'homme détermine lui-même ses fins par la raison. Un jugement de ce type ne dépend pas de l'imagination, il peut avoir une validité "objective".

- la beauté pure (ou libre, ou vague) (pulchritudo vaga) est détachée de tout sens (elle ne signifie rien), de toute sensation, de toute détermination. Exemples donnés par Kant : une tulipe, certains oiseaux, des coquillages, certains dessins purement décoratifs, la musique sans texte (improvisée). On peut la qualifier d'inconditionnée. Coupée de toute finalité, elle ne peut s'annoncer que par des signes, des traces, des clins d'oeil silencieux. Elle est vague, sans but, sans bord, coupée de toute finalité, dans une errance indéfinie. Dans l'analyse derridienne, ce type de beauté donne à jouir une productivité pure, une economimesis. La liberté de l'imagination n'y est pas limitée. En l'absence de toute "cause" raisonnable, ce qui arrive entre la subjectivité et l'objet n'est pas de l'ordre de l'imitation ou de l'adéquation, mais d'un saut, d'un passage à la limite : c'est beau, sans raison, et ça fait-oeuvre.

 

2. Le beau clive l'humain.

Entre ces deux "genres" de beauté, qui coexistent, il y a un écart, une béance qu'on peut rapporter au clivage même de l'homme, tel qu'il résulte de la révolution copernicienne que Kant, d'une part, introduit dans la philosophie, mais d'autre part tente de suturer en alignant l'esthétique, le beau, le goût, la morale, le jugement et le système des Beaux-Arts, dans la régulation d'un discours, d'une logique, d'une parole, d'une téléologie, d'un architecture (ou architectonique). La théorie derridienne du beau repose sur l'impossibilité de saturer la tension entre ces deux dimensions. Malgré l'impression de complétude ou d'harmonie donnée par un "bel" objet, il y a toujours en lui la trace d'une absence. Le non-savoir sur sa finalité est irréductible.

cf : La beauté est l'expérience d'un non-savoir irréductible : il y a dans cet objet qui ne manque de rien la trace d'une absence.

Toutes les formes, y compris la forme humaine (y compris donc les formes classées par Kant dans la beauté adhérente) contiennent quelque manque ou insuffisance qui peuvent stimuler l'imagination. Même si cet objet avait un sens, une finalité, elle serait pour le regardeur définitivement et irréductiblement inaccessible. Tout ce qu'on peut en dire est : voilà, c'est beau.

L'homme, seul être apte à se fixer ses propres fins, est fondamentalement du côté du jugement, de la bonne forme, ce qui devrait le rendre étranger au sens de la beauté pure; et pourtant il est, aussi, bouche bée devant la beauté libre. Cette tension interne au jugement esthétique est la grosse Schwierigkeit (la grande difficulté) à laquelle aboutit la théorie kantienne du beau. Car le plaisir désintéressé est purement subjectif, il n'est pas un plaire, mais un "se-plaire-à".

cf : Le "plaisir désintéressé" produit par l'objet beau ou sublime est un "se-plaire-à" : une auto-affection purement subjective, §2.

Comment ce plaisir peut-il être orienté vers l'objet? Comment l'auto-affection la plus close (un désintéressement total) peut-elle contenir l'hétéro-affection la plus irréductible? Comment peut-on passer d'un je-me-plais-à à un tout-autre? Jacques Derrida compare le travail du beau idéal à celui du deuil (freudien). De même que l'endeuillé s'incorpore le mort pour effacer son hétérogénéité, la parole poétique des Beaux-Arts transforme l'hétérogène (la beauté libre) en auto-affection (beauté adhérente).

 

3. Du manque au "sans" de la coupure pure.

cf : Depuis Kant, le manque est le cadre de toute théorie de l'esthétique.

Pour arrêter l'énergie intense venue du dehors (hétéro-affection), il faut un parergon, une digue, et cette digue est l'image, l'oeuvre d'art (auto-affection).

cf : A l'origine de la connaissance, il y a un point oublié d'archi-plaisir : en ce point, les oppositions perdent de leur pertinence, la science rejoint le beau.

Ce qui est beau n'est pas une construction, c'est une ruine. Expérimenter la beauté, c'est vivre un plaisir purement subjectif, qui exclut toute finalité en-dehors de lui-même. Derrida radicalise ce thème kantien. Pour lui, le sans de la coupure pure, cette finalité-sans-fin de l'objet errant, détaché de toute détermination, qui n'adhère à aucun but et peut déployer librement son jeu, ce "sans" n'est qu'une trace - détachée de toute forme humaine et aussi de toute morale. Pour nommer cet trace, il privilégie la fleur, figure, symbole et surtout paradigme de la Chose énigmatique, arbitraire, où l'autre fait irruption.

 

4. Autres champs de dédoublement du beau.

On peut aussi présenter la duplicité du beau en opposant :

- la belle oeuvre hegelienne, celle qui, par la surabondance de l'amour (plérôme), brise et relève le cercle de la loi;

- le manteau (toujours silencieux) de la pulsion de mort freudienne, qui déplace vers le haut la crainte de la castration et hante toute oeuvre - sous le nom de sublimation. Hubert Damisch reprend cette théorie pour développer une théorie "supplémentaire" du beau, aussi derridienne que possible.

Le système des Beaux-Arts, qui protège la beauté, la trahit. Artaud voulait conjurer ce système, il le dénonçait avec la dernier énergie, mais exigeait en même temps d'y être reconnu et apprécié à sa juste valeur (c'était ce qu'on appelait sa folie).

 

 

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Propositions

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La beauté, comme entente coupée de toute finalité (le "sans de la coupure pure") s'annonce par des signes, des traces, des clins d'oeil silencieux où "ça parle"

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La beauté libre s'expérimente par une coupure pure, un "sans" sans finalité qui ouvre le jeu

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Pour qu'il y ait sentiment de beauté, il faut que l'objet beau soit coupé de son but; devant cet abîme, nous restons bouche bée

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Ce qui est beau, c'est la dissémination : une coupure pure, sans négativité, un pur parergon supplémentaire sans thème, ni texte, ni représentation, ni signification

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La morale comme condition de l'idéal du beau absorbe ou résorbe le sans de la coupure pure

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La fleur, symbole de vie, de mort et d'amour, est aussi paradigme de la Chose énigmatique, arbitraire, sans pourquoi ni sens propre ni propriété, où l'autre fait irruption

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Il y a deux espèces de beauté : la beauté libre, qui ne présuppose aucun concept de l'objet, et la beauté adhérente, qui est conditionnée à une fin

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Pour Kant, beauté pure et beauté idéale sont incompatibles

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[Derrida, economimesis]

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L'oeuvre est hantée par la sublimation, elle la révèle, elle la trahit

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La pulsion de mort n'est jamais présente : elle ne laisse en héritage que son simulacre érotique, son pseudonyme en peinture : la beauté du beau

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[La beauté résulte d'une série de déplacements : organes sexuels, jouissance et dégoût vers visage, discours, forme et supplément]

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Le beau tient à quelque effet parergonal : les Beaux-Arts sont toujours du cadre et de la signature

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Le beau se dit d'un passage à la limite entre l'acte producteur et le produit, entre la subjectivité productrice et l'objet

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A l'origine de la connaissance, il y a un point oublié d'archi-plaisir : en ce point, les oppositions perdent de leur pertinence, la science rejoint le beau

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Une ruine devient belle après le passage d'une crue, d'une surabondance qu'elle a emmurée

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Depuis Kant, le manque est le cadre de toute théorie de l'esthétique

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La beauté est l'expérience d'un non-savoir irréductible : il y a dans cet objet qui ne manque de rien la trace d'une absence

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Le pivot de l'esthétique de Kant est sa sémiotique du "beau comme symbole de la moralité" : elle détermine la beauté libre comme manque, et redonne sens à l'errance

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On ne peut jamais voir, ni percevoir, ni sentir, l'origine de la beauté, et pourtant il y en a, et c'est beau

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Kant enferme la théorie de l'esthétique dans une théorie du beau, celle-ci dans une théorie du goût et cette dernière dans une théorie du jugement

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Le "plaisir désintéressé" produit par l'objet beau ou sublime est un "se-plaire-à" : une auto-affection purement subjective

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Dans le jugement esthétique, l'hétéro-affection la plus irréductible habite l'auto-affection la plus close

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Le beau est une structure d'hétéro-affection pure : auto-affection affectée de l'objectivité pure du tout-autre

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La parole poétique est l'équivalent analogique général des Beaux-Arts, la valeur des valeurs : en elle s'effectue le travail de deuil qui transforme l'hétéro-affection en auto-affection

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Il y a dans les Beaux-Arts à la fois l'organisation hiérarchique des métiers et l'ouverture d'un espace de jeu et de communication universelle entre sujets libres

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Il n'y a pas de place pour une esthétique de l'homme car il est porteur de l'idéal du beau et représente lui-même, dans sa forme, la beauté idéale

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On ne peut lire la théorie kantienne du jugement esthétique qu'à partir de la critique du jugement téléologique

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Ce qui "fait-oeuvre", dans la scène d'écriture d"Au-delà du PP", est plus originaire, plus indépendant, plus insaisissable que ce qu'une esthétique guidée par le PP pourrait saisir

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[Hubert Damisch développe une théorie "supplémentaire" du beau, aussi "derridienne" que possible pour un théoricien de l'art]

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Hegel en appelle au plérôme de l'amour, cette "belle oeuvre" de Marie-Madeleine la pécheresse, dont la surabondance peut seule briser le cercle de la loi

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