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de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, une crypte                     Derrida, une crypte
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 26 novembre 2012

[Derrida, une crypte]

Autres renvois :
   

Derrida, le secret

   

Derrida, le deuil

   
                 
                       

1. La rencontre avec Abraham et Torok.

En 1968, année charnière, Nicolas Abraham contribue à instaurer un nouveau rapport entre psychanalyse et phénoménologie. Dès cette époque, Jacques Derrida utilise le mot crypte [dans le dernier texte du recueil La Disssémination (1972), dont la première version date de 1969, et dans Glas (paru en 1974)]. Il en développe une théorie plus systématique dans sa préface de 1976 au texte de Nicolas Abraham et Maria Torok, "Cryptonymie, le Verbier de l'Homme aux loups", intitulée Fors - Les mots anglés de Nicolas Abraham et Maria Torok.

Abraham et Torok proposent ce terme de crypte pour décrire des situations où le processus de deuil est en échec. Une scène traumatique, qui peut être la disparition d'un proche ou une autre perte, conduit le sujet à incorporer dans le moi ce mort, ou un symbole, un fantasme ou une marque parasitaire qui lui sont associés. Par effraction, cette chose est enfermée en un lieu interne où elle n'est plus accessible - d'où l'échec fréquent de la cure analytique. A partir de ce lieu où la mémoire vivante est mise à l'abri, un fantôme inconnu transmet un savoir insu, refoulé, une nescience.

 

2. Le(s) for(s).

La crypte est faite pour le silence. Si elle parle, ce n'est que pour détourner l'attention de ce lieu secret, inaccessible, ce non-lieu enclavé au sein du moi, où une Chose inconnaissable, une réalité refusée, masquée, déniée, ininterprétable, est enfouie. Qu'est-ce que cette réalité? Un for (intérieur/extérieur), un lieu impensé, anasémique, un noyau inconscient que l'analyse peut, après une longue enquête (analytique et aussi poétique) nommer par plus d'un nom propre resté secret, introuvable, pour le sujet lui-même et pour ceux qui l'entendent. Ce lieu "premier", à la fois for intérieur et extérieur ne respecte pas l'ordre commun. Il est imprésentable, impossible à aborder, comme dans les récits de Blanchot. Sa juridiction vient en plus, en-dehors, dans une topique où ce qui est exclu (hors-lieu) est le plus intérieur, où ce qui est le plus protégé est le plus menaçant.

Comme le symbole de Nicolas Abraham, la crypte est fracturée. C'est un lieu de conflit, de différance, où se multiplient les faces et les angles, une prothèse ou une greffe qui tend vers un autre lieu, une topique "toute autre". La jouissance y est à la fois appelée et interdite, et la mort menaçante.

 

3. Le secret de l'autre.

Dans le cas de l'Homme aux loups, le fantasme et le refoulement se produisaient dans le moi du sujet lui-même. Mais Abraham et Torok repèrent une autre possibilité, où le fantôme hante le sujet depuis l'inconscient d'un autre (un parent, un secret transgénérationnel). A partir de cette seconde possibilité, où ce qui est encrypté vient de l'autre, se construit le concept de crypte. Derrida généralise ce concept. Là où le secret est scellé, crypté, indéchiffrable, les effets de croyance sont déplacés. En ce lieu-non-lieu, l'impossible peut avoir lieu - par exemple le don.

Comme il l'a souvent expliqué, Jacques Derrida s'identifie au marrane, ce Juif-non-Juif qui porte en lui son secret enfoui, encrypté, illisible, détenteur d'un avenir inconnu. Cette figure cryptique s'extrait de la crypte - comme cette colonne qui, à l'avant du temple, vient en surnombre, fait proliférer l'excédent.

 

 

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Propositions

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Dans le fantasme d'incorporation, des forces muettes installent violemment dans le Moi des marques parasitaires, secrètes, encryptées

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L'introjection parle, elle nomme, tandis que l'incorporation se tait, elle ne parle que pour taire ou détourner d'un lieu secret

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Un deuil dans lequel "Je garde le mort en moi, en un lieu cryptique, sans le détruire comme autre", brouille la limite entre introjection et incorporation

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Une crypte ne respecte pas l'ordre commun : à la place d'un premier mot ou objet, elle garde un lieu introuvable - qui n'est pas le premier

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Dans la crypte, plus d'un nom propre est tenu secret; des mots idiomatiques qui n'appartiennent pas au système de la langue interdisent de signer d'une seule identité

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Dans la crypte, une Chose inconnaissable, muette, traduite en allosèmes, se donne à jouir comme un tableau vivant

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Dans les récits de Blanchot, un "Viens" plus ancien que le temps appelle depuis une crypte absolue; abordant l'impossible, l'imprésentable obscénité, il paralyse

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La topique de la crypte suit une ligne de fracture qui va d'un lieu où le mot-chose exclu, innommable, est gardé (non-lieu, hors-lieu, for) vers un autre lieu

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Une crypte se constitue par effraction, en enfermant l'autre en un lieu interne, enclavé; elle se pénètre en forçant et fissurant ses parois

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La structure de la crypte requiert une topique toute autre, polyédrique, qui multiplie les faces et les angles

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Pour le sujet cryptophore, la Réalité est ce qui est refusé, masqué, dénié; c'est le lieu où, dans l'appareil psychique, le secret est enfoui

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Dans la crypte, il y a plus d'un for - ce lieu externe/interne, secret, où la chose est condamnée au silence

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Une crypte au sein du Moi le fissure, dans la crypte un symbole clivé, fétichisé, produit du sens et autre chose (allosème, anasème)

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[Depuis l'inconscient, un fantôme inconnu exerce sa hantise : souvenir enfoui dans une crypte, secret inavouable, il transmet un savoir insu, refoulé, une nescience]

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Il faut rigoureusement distinguer (1) l'étranger incorporé dans la crypte du moi (2) le fantôme qui vient hanter depuis l'inconscient d'un autre

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Là où s'oublie la mémoire vivante, abritée dans une crypte, l'écriture abandonne son fantôme à la logique

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On ne peut pas interpréter un poème, mais on peut - sans franchir la limite de la crypte, du secret - témoigner de la puissance, plus puissante que le sens, qui est à l'oeuvre en lui

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Il n'y a don - s'il y en a - qu'en un lieu non localisé où le secret est scellé, crypté, indéchiffrable

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A la limite du temple, une colonne invisible, indéchiffrable, unique, s'extrait de la crypte, travaille l'ordre en son dedans et fait proliférer l'excédent

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Le marrane, ce n'est pas l'exil, c'est la recherche au fond de soi d'un secret eschatologique inconnu, oublié, crypté, d'un messie caché, illisible

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