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TABLE des MATIERES :

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 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Au - delà du souverain, un concept "unheimlich"                     Au - delà du souverain, un concept "unheimlich"
Sources (*) : Derrida, la poésie               Derrida, la poésie
Jacques Derrida - "Séminaire 2001-02 "La bête et le souverain" Volume 1", Ed : Galilée, 2008, p250 Derrida, le pouvoir, le souverain

[On peut, à partir du "Méridien" de Paul Celan, penser l'"au-delà du souverain"]

Derrida, le pouvoir, le souverain
   
   
   
Derrida, le tout - autre Derrida, le tout - autre
Derrida, inconditionnalités, principes inconditionnels               Derrida, inconditionnalités, principes inconditionnels    
L'oeuvre, au - delà du souverain                     L'oeuvre, au - delà du souverain    

On peut lire le séminaire 2001-2002 de Jacques Derrida, publié sous le titre « La bête et le souverain, volume 1 » comme une analyse du concept de souveraineté et de ce qu'il présuppose, eu égard notamment à ce qu'on appelle l'"animal". Mais on peut aussi le lire comme une quête d'un autre concept, celui de l'"au-delà du souverain". L'introduction du thème de l'Unheimlichkeit à la fin de la sixième séance (p250) et les séances VIII et X, qui sont organisées autour d'une lecture du texte de Paul Celan, Le Méridien, occupent dans cette quête une position centrale. Il est significatif que ce concept ait été élaboré, chez Derrida, à partir d'une oeuvre littéraro-poétique, et non pas à partir d'une analyse ou interprétation d'événements de la vie politique.

 

1. Une révolution.

cf : Au-delà de toute souveraineté - politique et même poétique -, on peut tenter de penser une révolution qui, dans la rencontre du tout autre, tourne ou coupe le souffle.

Pour passer les limites du pouvoir souverain, comme celles de l'oeuvre courante, il faut suspendre l'ordre du savoir, son autorité, disqualifier sa toute-puissance, sa majesté souveraine.

 

2. Un principe unheimlich.

La pensée de l'au-delà du souverain est radicalement autre, vertigineuse, abyssale. C'est une pensée étrangère, indécidable, en un mot "unheimlich". Ce terme, "unheimlich", traduit aussi par "inquiétant", est mis en exergue par trois auteurs essentiels pour Derrida (Freud, Heidegger, Celan), et revient sans cesse dans le séminaire sur La bête et le souverain :

- il y a entre les figures de la bête, du criminel, du souverain, aux antipodes l'une de l'autre mais toutes trois hors-la-loi, une complicité étrange, une inquiétante familiarité (pp38-39).

- la bêtise, ce quasi-concept étrange, étranger, indécidable, indéfinissable, a toujours quelque chose d'unheimlich (p250);

- la figure de la marionnette est déployée par Celan dans son commentaire des textes de Büchner. Jacques Derrida en souligne l'ambiguité, l'étrangeté. Comme le M. Teste de Valéry (p275), il faut absolument la maîtriser, la transformer en Quoi, mais c'est le sujet lui-même qui s'en trouve pétrifié, figé, comme la tête de Méduse dans le Lenz de Büchner.

- dans sa volonté de retrouver la définition grecque "authentique" de l'homme, Heidegger met en valeur le mot deinotaton dans l'Antigone de Sophocle. L'homme y est présenté comme le plus terrible (deinon), le plus porté à faire violence, et aussi le plus inquiétant parmi les étants (Introduction à la métaphysique, pp156-7). Heidegger met l'unheimlich au superlatif, il en accentue l'excès. Derrida reprend cette accentuation en la détachant de tout propre de l'homme. Le deinotaton, ce à quoi l'homme excelle, est aussi ce qui exproprie, ce qui détache l'humain de lui-même (La bête et le souverain, pp356-7).

 

3. Un autre présent.

A partir de quelques fragments du texte de l'oeuvre celanienne, Jacques Derrida ne définit pas seulement une "autre" souveraineté (qui n'en est pas une), un "autre" art (qui n'en est pas un), mais aussi un "autre" présent distinct du présent-vivant husserlien, un présent qui ne confonde pas l'être et la vie. Le poème dit "je", mais n'ayant pas d'oreilles, il ne peut pas s'entendre parler. Il se tourne vers un autre, un Tu, lecteur ou interprète éventuel qui n'est pas nécessairement vivant. Dans cette rencontre, il laisse parler le maintenant-présent de l'autre (La Bête et le Souverain, volume 1, p309), il donne à l'autre son temps, son propre temps, il lui laisse le temps de se dire. Son "Je" (le "je" du poème, pas celui de l'auteur) se divise. Que l'adresse soit reçue ou non, qu'elle arrive ou non à destination, c'est une possibilité singulière qui est ouverte : des paroles hétérogènes se rassemble(nt). Ce qui est appelé n'est pas un autre présent-vivant [husserlien], c'est le présent de l'autre, son temps présent unique et absolument singulier, dans une proximité ponctuelle à la fois familière et impossible (unheimlich). C'est une révolution dans la vie même du temps (p366). Ainsi s'opposent les modes opératoires d'une fable et d'un poème. Alors qu'une fable se comprend immédiatement, le poème laisse parler l'Etranger, il ouvre la possibilité d'un autre présent. C'est ce que Paul Celan appelle le secret de la rencontre (Méridien p76).

 

4. Le fond sans fond, entre le Qui et le Quoi.

Entre le Qui et le Quoi. Heidegger fait observer que seul un Qui peut questionner, seul un Qui peut se demander pourquoi il y a de l'être, plutôt que rien (p355) (la question qui traverse toute l'Introduction à la métaphysique). Derrida le suit sur ce point : seul un Qui peut acquiescer au langage, dire "Oui" à l'autre, avant même la parole. Mais ce Qui, dès l'origine, est entamé, infecté par le Quoi. Heidegger repère deux dimensions dans la tekhnè : le savoir qui donne accès à l'oeuvre d'art, ou l'arraisonnement, qui instrumentalise tout étant. Cela démontre, pour Derrida, que le Qui est toujours déjà ambigu, unheimlich. La distinction entre le Qui et le Quoi, incontournable, chute dans l'indécidable ou l'indifférence. C'est là, dans cet abîme sans fond (Abgrund), entre le Qui et le Quoi, sous un ciel en abîme comme dit Celan, que se pose la question de l'au-delà du souverain.

 

5. Dissémination phallique.

Jacques Derrida qualifie le phallus de "supplément absolu" (p346), un genre de supplément qui occupe virtuellement tout l'espace, qui ne cesse de gonfler, sans se transformer. Cet attribut du souverain est pris dans un débordement (pp345-6), une surenchère de grandeur qui le rend autonome, étranger à l'homme. Il excède toute limite, toute signification. Mais l'au-delà du souverain est pris dans une autre surenchère : celle du supplément de supplément qui chaque fois se transforme de manière inquiétante, imprévue. Ce que le traducteur de Heidegger appelle inquiétance [l'acte de rendre toujours plus inquiétant] pourrait être aussi rendu par supplément d'étrangeté, ou supplément d'altérité. Comme Derrida l'avait déjà montré dans La Dissémination, le phallus peut se transformer en étrange colonne phallique, "le plus inquiétant parmi les inquiétants". Or il est à nouveau question de colonne dans ce séminaire, pp324-5, à propos de Flaubert - c'est-à-dire, encore une fois, d'une oeuvre littéraire.

 

6. Une sortie hors de l'humain, hors de l'art.

cf : [Paul Celan appelle "méridien" ce trajet du poème, ce chemin impossible qui, en revenant sur soi, mène à la rencontre].

Dans Lenz, Büchner, qui veut illustrer sa conception de l'art par une expérience vécue, explique qu'"on voudrait parfois être une tête de Méduse pour changer en pierre un groupe comme celui-là". Il introduit dans le spectacle de la nature quelque chose d'étrange, d'inquiétant, de dépaysant, où le Qui et le Quoi se brouillent. Paul Celan commente ce passage en parlant d'une "sortie de l'humain" (Méridien, p179). Au coeur du plus intime de la présence, c'est une figure mortelle, inhumaine, qui se révèle. Dans ce cas comme dans celui du "Vive le roi!" de Lucile, on sort de toute fable, de tout schème rhétorique. Quoiqu'en dise Büchner, c'est de l'art lui-même qu'on s'affranchit. Le discours de l'art est aussi un discours du souverain. Ce que Celan appelle le poème absolu (Méridien p81), où se rencontrent des temps différents, vise un saut au-dessus de l'infranchissable, un lieu vide que même le poème ne peut nommer.

 

7. L'"au-delà du souverain" dans d'autres ouvrages de Jacques Derrida.

Ce concept se retrouve, parfois sous d'autres noms, dans d'autres ouvrages de Jacques Derrida. Par exemple, dans Politiques de l'amitié (séminaire 1988-89), plus de dix ans avant La bête et le souverain, Derrida donne à l'au-delà du souverain un autre nom, apparemment plus classique : l'amitié. Hors lieu, sans lieu, hors de soi, atopique, unheimlich, l'amitié est exceptionnelle, inconditionnelle, indivisible. Au-dessus des lois, voire de la justice, elle ne répond devant aucune autre instance qu'elle-même.

Dans Etats d'âme de la psychanalyse (2000), Derrida tente de penser un "au-delà" de l'"au-delà du principe de plaisir" freudien. Cet "au-delà de l'au-delà", sur une autre scène, se retire de la pulsion de mort et aussi du pouvoir souverain. Rompant avec toute économie, y compris celle de la vie, il affirme le principe d'une vie qui vaille d'être vécue, un plus que la vie.

Plus tard, dans Genèses, généalogies, genres et le génie (2003), l'au-delà du souverain est associé au génie, cette toute-puissance autre qui n'accorde qu'une faveur, une grâce, celle de retirer au lecteur tout pouvoir de décision.

On pourrait multiplier les exemples.

 

8. Mise en oeuvre.

Si l'on ne peut pas aborder directement l'au-delà du souverain, on peut, indirectement, le mettre en oeuvre.

cf : [Mettre en oeuvre, aujourd'hui, c'est penser l'au-delà du souverain] §3.

 

 

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Propositions

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[Derrida, pouvoir et souveraineté]

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Au-delà de toute souveraineté - politique et même poétique -, on peut tenter de penser une révolution qui, dans la rencontre du tout autre, tourne ou coupe le souffle

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Une vie qui vaille d'être vécue, une vie plus que la vie, c'est une vie qui s'affirme inconditionnellement, sans rien devoir à une économie, pas même celle de la vie

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[Paul Celan appelle "méridien" ce trajet du poème, ce chemin impossible qui, en revenant sur soi, mène à la rencontre]

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Là où n'arrivent que du "mortel" et du "pour rien", la poésie recueille l'infini, mais ce poème dont parle Paul Celan - le poème absolu -, il ne peut pas y en avoir

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Selon Heidegger, la définition grecque la plus authentique de l'homme, c'est : "L'homme est le plus souverainement "unheimlich" parmi les étants"

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Pour les Grecs, l'homme est celui qui rejette hors de la quiétude : il est le plus inquiétant (unheimlich) parmi l'inquiétant, le plus angoissant, le plus porté à faire violence

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L'amitié ne peut loger dans l'intimité économique d'un chez soi : elle est hors lieu, sans lieu, hors de soi, unheimlich, atopique

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Chez Valéry, dans une surenchère de souveraineté, tout se crispe pour maîtriser l'étrangeté, pour la transformer en Quoi

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L'art, c'est peut-être, entre deux fables qui se croisent, le nom de ce qui décide de ce qu'aura été la marionnette : un Qui ou un Quoi

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Aujourd'hui, le poème montre une forte propension à se taire : marchant sur la tête, sous un ciel en abîme, il se tient au bord de lui-même

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En son essence, le savoir est souverain; suspendre l'ordre du savoir, son autorité, penser ses limites, les passer, c'est disqualifier la majesté souveraine

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La logique de la souveraineté tend vers un débordement phallique insatiable, l'érection d'un supplément absolu qui excède toute limite, jusqu'à la perte du sens

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A la limite du temple, une colonne invisible, indéchiffrable, unique, s'extrait de la crypte, travaille l'ordre en son dedans et fait proliférer l'excédent

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L'idée de Flaubert, c'est qu'une colonne de pierre bête comme un tombeau, peut être aussi la source de l'Art

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Le poème témoigne d'une autre présence : une rencontre du "tu", qui laisse parler le maintenant-présent de l'autre

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Par la poésie, il faut laisser parler ce que l'autre a de plus proprement sien : son temps - son propre temps, il faut le donner à l'autre

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Il y a deux façons de penser l'Etranger : en tant qu'"autre présent vivant", ou par "le présent de l'autre"; mettre le cap sur la seconde, c'est ouvrir l'abîme du sans fond

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[Seul, en chemin, le poème se tient dans le secret de la rencontre - un chemin impossible, le chemin de l'impossible]

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Comme tout ce qui n'a lieu qu'une fois, la date résiste à la pensée

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[Paul Celan tente, par la signature unique d'un poème unique, par son art, de s'affranchir de l'art]

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Il y a dans l'art une étrange et familière (unheimlich) sortie hors de l'humain, un secret (Geheimnis) au coeur du plus intime de la présence

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La puissance propre à la littérature consiste à vous donner à lire, grâce à la grâce qui vous est faite de vous retirer de toute souveraineté, de tout pouvoir de décision

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Dans les trois figures de la bête, du criminel et du souverain - chacune hors-la-loi à sa façon, une onto-théologique inquiétante est à l'oeuvre; elle nous fascine, elle nous hante

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La vérité de la bêtise tient à son étrangeté indécidable : à chaque auto-proclamation de son contraire, c'est un supplément de bêtise qui s'ajoute

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Le motif de l'amitié fraternelle, souveraine, inconditionnelle, exceptionnelle et indivisible, se retrouve avec ses paradoxes dans toute la tradition gréco-chrétienne

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Une amitié au-dessus des lois, au-delà du principe politique, ne répondrait plus devant aucune autre instance qu'elle-même, elle se placerait au-dessus de la justice

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Une amitié inconditionnelle, indivisible, serait gouvernée par un échange sans mesure ni réciprocité, un don sans don

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Les figures de l'inconditionnalité s'affirment à partir d'un "au-delà de l'au-delà" des pulsions et principes freudiens : de plaisir, de réalité, de mort et aussi de pouvoir souverain

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Quand arrive l'autre scène, indéchiffrable, elle excède tout énoncé performatif, tout principe de plaisir et de réalité, toute pulsion de pouvoir et peut-être toute pulsion de mort

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Si l'on pouvait lever les apories qui rendent impossible l'au-delà du souverain, ce serait le paradis

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"La belle Noiseuse" (film de Jacques Rivette, 1991) démontre l'impossibilité de l'art, et creuse son tombeau

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Présentation de la séance VIII du séminaire "La bête et le souverain"

Pour l'acquťrir, cliquez

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On trouve dans le film "La belle Noiseuse" un cas éloquent d'impossibilité, voire de la mort de l'art.

 

 


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