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Jim Valkama - "Le moderne et son autre", Ed : Galgal, 2007, Page créée le 31 juillet 2000

 

La mode (JJ Grandville, 1884) -

La modernité commence quand le mot masculin, "un mode", devient féminin, "la mode"

   
   
   
                 
                       

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- Jim : L'étymologie du mot moderne est transexuelle. A partir du mode, modi, concept sérieux s'il en est (inventé par Aristote), tout d’un coup, on ne sait pourquoi, des mauvais plaisants ont procédé à une opération inattendue et d’un goût douteux, ils ont inventé la mode, cette transsexuelle. La mode n’est pas sérieuse, elle est vicissitude, elle est illusion, elle est l'inconstance du temps qui passe. Elle est encore pire qu’un accident : elle est un caprice imprévisible et tyrannique. Ayant pris personnellement la place du souverain Louis XIV, après avoir infligé à la Cour les premiers outrages, la mode règne toujours sur le monde, bien qu’elle ne règne jamais de la même façon. Et c’est à partir de ce substantif-là, mot féminin français, que peu à peu la modernité s’est fabriquée quelques siècles avant que Chateaubriand, qui ne l’aimait pas, n’en invente le mot, et que Baudelaire, qui l’aimait, ne le popularise. Bref nous vivons dans une transposition vulgaire et inconstante d’un terme scolastique qui, à une certaine époque, avait un sens précis et qui, maintenant, a perdu tout sens de l’orientation, jusqu’à oublier son sexe.

- Nadège : Tu prétends que la mode est la castration du mode?

- Jim : Il y a eu du mode, modus, en latin c’était clair, c’était la manière, comme on dit en français, chacun vit à sa mode, ou encore, n’est-ce pas, chacun a son mode de vie. Un beau jour on s'est demandé si le mot mode était féminin ou masculin?

- Nadège : Qu’est-ce que ça peut faire?

- Jim : Il y a le mode au sens de quelques philosophes du genre Descartes ou Aristote, ce qui se manifeste, ce qui est usuel, courant, ce qui nous apparaît comme un accident qui tombe sous les sens par opposition à la substance qui, elle, ne tombe pas sous les sens car elle nous échappe, la garce, la vicieuse, cette essence, l’essence de la chose qui n’est pas son mode. Vous me suivez? Tout ça c’est du sérieux, du solide. Un mode, c’est plus solide encore qu’une modalité, c’est du bon vieux masculin des époques où la femme couchait heureuse dans les gynécées. Vous me suivez toujours?

 

 

- Nadège : Et ça date de quand, ton changement de sexe, là?

- Jim : Il y a en a eu plusieurs. Du féminin au masculin puis du masculin au féminin, étrange histoire du mot "mode". C’est comme le moderne, l’adjectif, à ne pas confondre avec la modernité, nom commun. On le trouve déjà en 500 chez Cassiodore, et dans les temps carolingiens on l’utilisait pour qualifier le nouvel empire de Charlemagne : "saeculum modernum". Ça date pas d’hier!

- Nadège : Je n’y comprends rien. Tu disais que ça commençait avec la bombe atomique, et maintenant ça commence avec Charlemagne!

- Jim : Oui, la modernité ne cesse jamais de commencer. Elle commence toujours, c’est dans sa nature.

- Nadège : C’est bien gentil ton histoire, mais elle nous conduit où?

- Jim : Moderne est le temps qui est le tien, celui d’une époque dont les esprits lucides sont persuadés qu’elle est en train d’émerger au détriment d’une autre, une autre époque qui sombre dans l’oubli (ou dans la mémoire, ce qui revient au même). Tu sors d’un cycle, il est toujours vivant quelque part dans tes tripes, mais tu sais pas l’appeler, il n’a pas de nom dans ta culture ni dans ta langue, alors ça te fait un peu de souci, c’est dur pour toi! Tu prends les choses avec un peu d’humour mais quand même, c’est un peu de ton propre passé qui s’échappe et tu n’as pas les mots pour le dire, la fin de l’Antiquité, la fin du Moyen-Age, la fin de la Renaissance, parce que les historiens n’ont pas eu le temps de faire leur boulot, ils n’ont pas assez de recul, ils n’ont pas encore donné à ces mots-là leur lustre, leur respectabilité, Antiquité, Moyen-Age, Renaissance, alors à chaque fois, tu réutilises l’adjectif moderne en supposant qu’il est neuf. Tant pis si Gautier Map l’avait utilisé dès le 12ème siècle sans savoir qu’il avait servi à Charlemagne, et tant pis si Charles Perrault, en lançant le 27 janvier 1687 la querelle des Anciens et des Modernes, s’était inscrit dans une continuité dont il se fichait comme de l’an quarante. Moderne, c’est quoi? C’est que derrière moi il y a la fin d’un monde perdu et devant moi le commencement d’un monde inconnu. Et nous sommes dans cette situation, nous, les post-modernes. Mais pour nous, c’est plus pénible, parce que nous ne savons pas de quoi nous sortons! Nous ne savons pas de quoi nous sommes post, et nous répétons bêtement le mot moderne!

 

 

 


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