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Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, le judaïsme                     Derrida, le judaïsme
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 2 septembre 2005 L'hébreu vient d'au - delà du fleuve

[Derrida, judaïsme, judéités]

L'hébreu vient d'au - delà du fleuve Autres renvois :
   

La Cabale cachée de Jacques Derrida

   

Derrida, la Cabale

   

Derrida, la religion

Derrida, la tora

                 
                       

1. (Auto)biographie.

Jacques Derrida évoque souvent sa judéité. Dès l'âge de 13 ans, en 1943, il avait fait un choix. Contraint par le régime de Vichy de quitter l'école publique, inscrit par ses parents dans une école juive, il avait préféré l'absentéisme et l'errance. C'était un premier pas vers un mode inouï d'appartenance (sans appartenance) à un judaïsme (sans judaïsme), une judéité indéfinissable, avec lesquels il allait passer sa vie à s'expliquer.

Qu'est-ce qu'être juif? Ce n'est ni pratiquer une religion, ni proclamer son appartenance à un peuple ou à une nation. On ne trouvera chez lui aucune définition positive de l'être-juif. Certes il fait le constat : "Je suis né juif", "Je suis circoncis". Certes, il n'hésite pas à se dire Juif. Mais cela ne témoigne chez lui ni d'une identité positive, ni d'un savoir, au contraire! Se dire Juif, c'est prendre acte d'une logique paradoxale où le singulier voisine avec l'universel, où l'exemplarité voisine avec la non-identité à soi. Il s'est trouvé là, jeté là hors de soi, avec cette blessure, il le confie ou le confesse, mais ne prescrit rien. Ce positionnement ambigu, il le qualifie de marrane. S'il s'est retranché de la communauté, s'il s'inquiète de la survie démographique du peuple juif, s'il veut (tout en pleurant sur sa fin), penser avec lui le calculable et l'incalculable, s'il s'identifie même étrangement à sa fin, comment peut-il se prétendre, lui, le dernier des juifs? Il habite ce qui reste du judaïsme (comme tous les autres Juifs). Il porte en lui un secret auquel il n'a pas accès, qu'il doit garder, respecter, mais qui restera toujours caché, illisible.

 

2. Dette.

L'être-juif entre dans la langue comme blessure. Le Juif porte une dette, une culpabilité, une responsabilité qui le condamnent à réparer un dommage. Victime d'une injustice, il doit être porteur d'une justice qui serait à la fois la plus juste et la plus irréductiblement singulière, une justice qui, comme l'expliquait Walter Benjamin, aurait plus de valeur encore que le fait de vivre. Ce Juif-là [un Juif de pensée, d'inconditionnalité, un Juif impossible] est pris dans une surenchère toujours plus exigeante.

Un secret est confié, à charge pour celui qui accepte, par un Oui, d'en être dépositaire, de le garder, le préserver. Mais quel secret? C'est un schibboleth qui reste inconnu, un facteur inexplicable, inaccessible mais irréductible. La loi n'apporte sur lui ni connaissance, ni vérité. Sur la base d'une élection incertaine, dérisoire, injustifiée, qu'il peut toujours accepter ou refuser [car il ne faut pas confondre acquiescer et s'assujettir à la loi de l'autre], le Juif, voué au silence, reste séparé de ce secret, il en est coupé, infiniment éloigné.

 

3. Surenchère.

Le Juif auquel Jacques Derrida renvoie se situe au point de l'origine radicale du sens, là où s'ouvre l'historicité, où surgit l'infiniment-autre. Il est indissociable du mouvement de la différance, qui disloque et barre l'origine. Peut-on toujours parler, à son propos, de judaïsme? C'est un mot que Derrida emploie peu. Mais si c'était le cas, ce serait un judaïsme non religieux, voire athéologique, assuré de l'absence de dieu, séparé du peuple juif, encore plus attaché à la coupure que ne l'était Abraham, disloqué, disséminé.

Sous le texte de l'alliance, sous le Tabernacle, le Juif rencontre un espace vide - à la fois familier et infiniment étranger. Son eschatologie, inséparable du judaïsme historique et de la loi de Moïse, prolonge l'alliance avec l'imprononçable - celle du talith. Sa formule - qui est aussi la formule du texte - peut s'écrire : (Un + n). Quelle que soit notre appartenance, nous y sommes jetés par le simple fait de parler.

On aboutit à une injonction paradoxale. A ma gauche, une déconstruction radicale de la tradition juive, une rupture. A ma droite, le dernier espoir qu'elle se prolonge, en substituant à ses rites et valeurs, de la circoncision à la sainteté, d'autres mots qui les renouvellent à partir d'autres lieux, comme celui de khôra (dans le domaine grec) ou celui de la castration, cette structure coupante dont Hegel ne voulait pas entendre parler. Après le messianisme juif, vient une structure messianique (la téléiopoèse), une messianicité formelle, sans contenu.

Tout se passe comme si Derrida repérait les points les plus saillants du judaïsme et voulait en rajouter sur eux, surenchérir. Cette posture est particulièrement accentuée dans Glas. Si le judaïsme fait horreur à Hegel, s'il le dégoûte, s'il lui conteste toute possibilité de relève (Aufhebung), alors il faut le prendre au mot, radicaliser encore plus cette éviction ou destitution de la métaphysique.

 

4. Paradoxes.

Certains lecteurs s'étonnent. Comment ce pourfendeur de la métaphysique peut-il se poser en nouveau Moïse, prophète en attente d'un messianisme à venir, héritier? Comment peut-il affirmer qu'il s'est séparé de sa famille presque le jour de sa naissance, et en réalité ne jamais la quitter? Comment peut-il se tenir à l'écart de tout rituel et se référer à la sonnerie du shofar après la prière du soir ou toucher chaque jour qu'il le peut le talith hérité de son grand-père? Comment peut-il s'affirmer philosophe, et se lancer dans une folle entreprise autobiographique? Le paradoxe est profond. Quand, par un acte manqué, il a perdu la bague de son père, il l'a transformée en l'anneau d'une alliance irréfragable, ravivée par la blessure ouverte de sa circoncision. Mais l'expérience qu'il évoque n'a rien d'ethnique. Elle est universelle. C'est celle de tout homme : faire parler un spectre, un archonte, et même plus d'un.

D'un coté, c'est lui qui le dit, sa pensée ne serait ni grecque ni juive (si c'était possible); mais d'un autre côté, c'est lui qui le dit, la logique de son écriture et sa position citoyenne seraient organisées à partir de cet autre du Grec, le Juif en tant qu'autre. "Me voici, moi un Juif", commence-t-il par dire. Si l'ouverture à l'avenir est l'affirmation première, inconditionnelle, l'essence minimale du judaïsme, elle est aussi l'axiome de la déconstruction, et aussi ce qui ruine toute distinction, y compris entre juif et non-juif. Le Juif n'ayant rien en propre - sauf son nom, l'expérience juive est d'emblée frappée d'obscurité, d'incertitude. Elle est comme la circoncision ou le don de la langue : on ne peut ni la refuser, ni l'arrêter.

 

5. Comment n'en pas parler?

Pour faire obstacle à l'unification du langage, Dieu a clamé le nom de Babel. En revendiquant un autre Abraham, Jacques Derrida rompt avec la généalogie des sémites que les constructeurs de la tour désiraient prolonger indéfiniment, mais il ne rompt pas avec la langue des rabbins. Cette langue, comme d'autres, lui aura appartenu sans lui appartenir. Il n'aura jamais cessé de la traduire dans l'idiome que lui aura laissé son histoire franco-judéo-maghrébine (philosophico-heideggeriano-levinassienne etc). S'il a, comme Paul Celan, Edmond Jabès ou d'autres, contribué à réinventer cette langue, ce n'est pas en en parlant mais toujours, comme il l'a expliqué un jour à Jérusalem, sans rien en dire.

Est-ce un hasard si Glas, un texte présenté comme un coup de force, imite par sa présentation une page du Talmud? Est-ce un hasard si l'homme s'identifie, malgré tout, au reste d'Israël? Mais il le fait à la façon dont il décrit une grenade : dispersion sans diaspora.

 

6. Israel.

Sinaï est le nom du don de la loi, de l'élection d'Israël. Mais, c'est aussi le nom d'une Torah d'avant le Sinaï, donnée aussi à d'autres, pour chacun dans l'unicité d'un don; et c'est aussi le nom d'autres instances dans d'autres temps, y compris modernes et contemporains. Il convient de penser ensemble ces événements, notamment pour analyser les ambiguités de l'Etat d'Israël, ce lieu-schibboleth où font retour des tensions très contemporaines, et aussi d'autres, anachroniques, hétérogènes.

 

 

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Propositions

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Injonction faite au Juif non communautaire : "Garde le Juif en toi, Garde le secret qui t'a été confié, Garde-toi du judaïsme"

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"Je suis la fin du judaïsme"

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Jacques Derrida inaugure un judaïsme de sortie de la religion, hérité de son peuple mais détaché de lui

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Marrane égaré en des lieux désertés par Dieu, où il n'y a plus personne, sans savoir ni certitude, Jacques ou "Jacob" Derrida hérite de prières sans destination assurée

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J'habite ici ce qui reste de judaïsme

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La question de l'"être-juif" organise à peu près toute la position citoyenne de Derrida et structure la logique de son travail de pensée et d'écriture

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Le Juif se situe au point de l'origine radicale du sens, là où l'histoire s'ente dans la lettre

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Le juif élit l'écriture qui élit le juif en un échange qui est l'historicité même

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Une affirmation inconditionnelle et ineffaçable, soustraite à toute discussion, rend la judéité absolument unique : "Être juif, c'est être ouvert à l'avenir"

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L'essence minimale du judaïsme, dont la judéité porte peut-être encore la promesse, est l'ouverture de l'avenir

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On ne peut pas séparer le judaïsme (culture, religion) de la judéité (essence juive)

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Le Juif n'a rien en propre, sauf son nom, qui est imprononçable : schibboleth

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Dire "Je suis Juif" est paradoxal : c'est dire, en même temps "Je suis, singulièrement, le peuple élu"; et "Je témoigne de l'humanité de l'homme"

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L'"être-juif" déconstruit la distinction entre authentique et inauthentique, voire toute distinction conceptuelle

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Le Juif, cas exemplaire d'une identité comme non-identité à soi, est engagé dans une surenchère sans fond

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Une surenchère hyperbolique gouverne le rapport du Juif non communautaire au judaïsme : "Moins tu es juif, plus tu l'es"

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Quand Derrida se réfère à la tradition juive, sa fidélité est celle de la déconstruction

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La circoncision est une alliance hétéronomique

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Jacques Derrida a toujours associé les concepts d'écriture et de différance à la brisure de la loi de Moïse

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L'affirmation du judaïsme a la même structure en anneau que celle de la date

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L'irréductible référence à l'Un sépare la logique du talith de celle du voile : (Un + n) ne se multiplie que la première fois

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La différance, ce désir eschatologique d'originarité, est aussi le mouvement qui disloque et barre l'origine

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La différance de Derrida suppose une réception de texte(s) comparable à celle de la Cabale

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L'alliance est rompue sur tous les plans

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[Dans "Glas", Jacques Derrida prend au mot ce que Hegel reproche au judaïsme : il n'est pas de relève possible au "rien" invisible, innommable, au "sans contenu" des Juifs]

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"Je suis le dernier des Juifs" : le plus indigne par son déracinement, et aussi le plus Juif, car le seul survivant qui puisse sauver la responsabilité devant l'élection

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Il faut penser ensemble - mais autrement - savoir et foi, technoscience et religion, calculable et incalculable

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"Être né juif" est un héritage qui ne peut ni se renier ni se dénier

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Il ne suffit pas qu'on m'assigne un "tu es juif" pour que je souscrive un "Oui, je suis un Juif"

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Il est difficile et vertigineux de dire "Moi, je suis juif", en sachant et en voulant dire ce qu'on dit, car l'expérience de l'être-juif témoigne d'un non-savoir

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L'archonte fait parler un spectre qui ne répondra plus, mais fait la loi

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On ne peut arrêter en soi l'obscure et incertaine expérience de l'héritage juif

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La pensée de la déconstruction n'est ni grecque, ni juive; et pourtant c'est une pensée de cet autre du Grec : le Juif en tant qu'autre

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J'ai perdu l'anneau de mon père, cette partie de moi dont le secret est jeté dehors, dans le pli d'un retour sur soi, d'un nouveau départ décisif pour l'alliance

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Je me sens l'héritier, le dépositaire d'un secret très grave auquel je n'ai pas moi-même accès

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L'oeuvre du poète est une chambre d'échos : le poème réinvente ce dont il hérite, il bénit et dissémine ses semences

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Dès 1963, Derrida se voit comme un nouveau Moïse qui porte à l'autre la Table nouvelle de l'écriture

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[Par son oeuvre, Jacques Derrida déclare : "Voici mon talith", "Me voici l'homme au talith"; il fait du texte signé de son nom un talith]

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Jacques Derrida signe "Ich", l'homme hébraïque, mais comme un chiasme : inversé, disloqué, disséminé

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La certitude de l'absence du Dieu juif définit la modernité et commande toute l'esthétique et la critique modernes

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Le simple fait de parler nous installe d'entrée de jeu dans l'alliance de la circoncision

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Tout homme, circoncis par la langue, est comme un Juif, comme un poète

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La révélation abrahamique (Terre promise) n'est pas seulement un événement : elle ouvre et engage l'historicité de l'histoire dans l'horizon messianique

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Le mot "Juif" n'entre pas dans la langue comme appellation, mais comme blessure

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Une élection secrète voue le Juif au silence

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Le judaïsme est une loi révélée, vide de tout contenu, qui n'apporte ni connaissance, ni vérité, dont le secret est séparé, coupé, infiniment éloigné, exproprié

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Sous le texte de l'alliance, sous la pierre du temple, sous la tente du Tabernacle, le propre du Juif est un espace vide qui lui est infiniment étranger : la loi

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Appartenir au judaïsme est incroyable, inouï et ineffaçable

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Le marrane porte un secret plus grand que lui, un secret auquel il n'a pas lui-même accès et qu'il doit garder, respecter, pour résister à la transparence

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[Le schibboleth de Jacques Derrida]

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Déclaration de Jacques Derrida : "Je dois, à Jérusalem, parler de la trace dans son rapport à la théologie négative - mais sans rien dire du plus proche : le Juif, l'Arabe"

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Le Juif est condamné à réparer un dommage, une lésion, un tort qui le hante et pousse la parole au bord de tout langage

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L'idée d'un être-endetté originaire (culpabilité, responsabilité), avant tout contrat, est inexplicablement couplée avec celle du juif

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Le Juif exige d'être plus juste que la justice : il en jouit

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Walter Benjamin réveille la tradition judaïque selon laquelle le plus vivant de la vie - qui vaut plus que la vie -, c'est sa justice, l'avenir de son être-juste

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Abraham est si attaché à la séparation qu'il impose la circoncision, ce signe ou ce simulacre de castration, à lui-même et à ses descendants

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Un rabbin est un sage investi du droit de circoncire la parole

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Du jour de sa naissance, l'enfant n'appartient plus à sa famille; coupure ou cicatrice, c'est l'eschatologie de la circoncision

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Jacques Derrida élabore, dès ses premiers textes, une topologie paradoxale de l'appartenance

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"Une dispersion sans diaspora", telle est la double signification de la grenade : force de dissémination, et aussi mort et destruction

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L'élection juive est suspendue à une incertitude qui affecte aussi la réponse "Je suis juif"

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Qu'il y ait encore un autre Abraham, voilà la pensée la plus ultimement juive : plus juive, plus que juive, autrement juive, voire autre que juive

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Jacques-Elie Derrida est celui qui annonce la téléiopoèse, cette structure messianique

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Le marrane, ce n'est pas l'exil, c'est la recherche au fond de soi d'un secret eschatologique inconnu, oublié, crypté, d'un messie caché, illisible

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Il y a dans l'identification au "reste d'Israël" (théologie d'Isaïe) une dimension messianique - qu'assume Jacques Derrida

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Qu'on puisse reconnaître une Torah d'avant le Sinaï entraîne vers la logique à peine pensable où l'unique peut être remplacé, dans l'expérience même de l'unique

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Le nom "Sinaï" appartient à plusieurs temps disjoints, plusieurs instances qu'il nous appartient de penser ensemble

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Une éthique qui se veut universelle repose sur une métaphysique de l'assujettissement à la loi de l'autre

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Circoncision, je n'ai jamais parlé que de ça : limites, marges, marques, clôture, anneau, alliance, don, sacrifice, écriture du corps, pharmakos, coupure, ...

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L'expérience de ce qui nous fait naître à la langue est indissociable du don, de la circoncision ou de l'être-juif

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Le talith ne cache rien, ne montre rien : il se touche, se caresse et rappelle à chacun, singulièrement, la loi

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La destinée du peuple juif est de s'interposer entre la voix et le chiffre

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Le juif pleure la voix perdue en larmes noires comme trace d'encre

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Jacques Derrida a inauguré une autre modalité du juif laïque : celle des Tables brisées

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Déconstruire la déconstruction, ce serait pousser aussi loin que possible un discours hyper-athéologique, tout en ne cessant de méditer la culture abrahamique

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Derrida / Levinas / Jabès / Kafka se situent dans le même horizon juif de sainteté : réparer l'oubli de la lettre

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Avec Lévinas, le judaïsme comme expérience de l'infiniment-autre se produit comme logos

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Dans la lecture hegelienne du judaïsme, sa loi et ses coupures, on peut lire la structure conceptuelle de la castration

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On pourrait aujourd'hui surnommer l'état présent de l'Etat d'Israël : schibboleth

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Ce qui s'appelle Dieu est ce qui, en secret, nécessairement et souverainement, signe à ma place d'un sceau indéchiffrable

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En clamant son nom divisé, Dieu-Yhvh-Babel déconstruit la tour et (inter-)rompt la lignée des Sémites

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Le nom grec de khôra (le lieu), est en affinité profonde avec l'un des noms du Dieu des Juifs : le Lieu

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Se référer à Dieu, c'est en appeler à la singularité irréductible de chaque situation : une justice sans droit

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[Derrida, le talith]

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Rien pour moi ne compte plus que ma judéité qui pourtant, à tant d'égards, compte si peu dans ma vie

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L'oeuvre de Jacques Derrida, entreprise autobiographique la plus périlleuse, courageuse et folle de ce temps, peut se lire : "Voici le circoncis"

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Ce qui met Jacques Derrida en mouvement - la promesse d'un tout-autre, ailleurs, dans l'attente d'une langue - est inexplicable sans sa généalogie judéo-franco-maghrébine

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Le mot "Juif" est plus profond en moi que mon propre nom, plus près de mon corps qu'un vêtement et que mon corps même

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Jacques Derrida a reçu le nom hébraïque d'Elie : signe d'élection, don caché, appel silencieux d'un prophète qui, à chaque circoncision, rappelle l'alliance

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