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TABLE des MATIERES :

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 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, le rien, khôra                     Derrida, le rien, khôra
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 25 décembre 2006 L'oeuvre s'écrit à même le subjectile

[Derrida, le rien, Khôra]

L'oeuvre s'écrit à même le subjectile Autres renvois :
   

Platon, la khôra

   

Derrida, le subjectile

   

[Derrida, théologie négative, prière]

                 
                       

1. Au commencement, il n'y a rien.

Il y a dans la pensée de Derrida une méditation sur l'"ex nihilo". De quoi ce qui arrive est-il l'effet? De rien. Cela vaut pour l'événement, le don, la nomination. En termes classiques, on poserait la question : "Comment peut-il y avoir création sans origine ni cause?" Le parcours derridien n'est pas une réponse, c'est un déplacement de la question qui suit des voies diverses : la trace, la khôra grecque, l'être heideggerien, le retard (ce qui se diffère dans la différance), le subjectile d'Artaud, le désert hébraïque et la philosophie elle-même, qui ne pose rien d'avance. Et finalement le rien (ce qui ne veut rien dire) n'est jamais découvert, il reste à venir.

Avant le commencement, avant la parole, avant même le mouvement d'auto-affection qui engendre la vie, le temps, la voix et l'être, il y a un premier partage, un don qui semble ne rien donner, mais sans lequel il n'y aurait ni témoignage, ni confiance, ni langage possibles. Ce don pur n'est l'effet de rien; il arrive, imprévisible et inexplicable, comme l'événement ou la création.

Le lieu du rien est désert dans le désert, impassible, sans visage, abstrait. Encore plus ancien que le désert, il ne se laisse ni humaniser ni théologiser.

 

2. Khôra.

Comme la khôra platonicienne, ce qui n'est rien n'a pas d'essence : un lieu limitrophe, sans histoire, d'une extériorité absolue, où rien ne donne prise à l'anthropomorphisme. La loi du propre n'y a aucun sens. Ce lieu ne désigne aucune chose, aucun étant. Il est étranger au sensible comme à l'intelligible. N'ayant ni forme, ni détermination, la khôra n'est même pas ce qu'elle est, elle n'est même pas rien, elle est comme rien. C'est un abîme, a-logique et anachronique, qui précède et excède toutes les oppositions du discours, auquel elle ne participe que sur un mode aporétique. Pourtant ce lieu qui n'a pas de référent, où rien de nouveau n'arrive, rien de racontable ni de prononçable (sans voix présente), est celui de l'irruption du nom. Ce lieu en-deça de l'origine fait place à l'espacement. Là commence la dissémination, là survient le mouvement de la différance qui donne lieu aux oppositions, là se met en marche le théatre sans fin de l'oeuvre.

Parfois Derrida donne à ce lieu un autre nom grec : colpos. C'est le sein de la mère, la nourrice, le pli d'un vêtement ou le repli de la mer entre deux vagues. En ce lieu de genèse ou d'Immaculée Conception, avant toute signature, la vie s'affecte et se retire, le texte bat.

On peut trouver, dans la pratique du dessin, de la peinture ou de la photographie, un lieu d'incubation comparable à la khôra : le subjectile. Support et réceptacle de l'oeuvre, il s'attend à tout, mais n'est rien.

A chaque fois qu'à partir de rien s'ouvre une question qui ne s'arrête sur aucun contenu, aucune méthode (une question déconstructrice), un mouvement se met en marche. Ce qui précède le livre peut occuper cette place : qu'elle soit vide (la conception moderne du livre), ou qu'elle soit remplie par un prologue ou une préface. Au lieu de la khôra, le texte se dissémine.

 

3. Le rien à venir.

D'une part, ce qui excède notre époque (celle du logocentrisme, de la clôture du savoir) n'est rien, n'a pas de nom. L'époque à venir, qui rend l'écriture possible à partir de rien, ne veut rien dire. Rien n'y réside, elle est l'errance même. Mais d'autre part, y compris dans l'horizon phallogocentrique actuel, il existe un lieu, irremplaçable, paradoxal et aporétique, où peuvent venir toutes les substitutions. Dans le discours courant, ce lieu pourrait se dire, politiquement, l'ami de l'homme. Mais il y a d'autres façons de l'expérimenter : la prière (cette expérience pure du rapport au rien), l'écriture, l'oeuvre. Il faut écrire dit Derrida, mais ce qui arrive par l'écriture n'advient qu'en s'effaçant, en devenant cendre. Malgré les efforts de la théologie négative, on ne récupère jamais le "rien", nul ne peut se l'approprier.

La khôra grecque [la place, un des noms du rien] est en affinité avec la nomination du Dieu des Juifs [le Lieu (maqom), un autre nom du rien]. Pour en parler, il faut inventer une autre langue, une autre syntaxe. Si ce Dieu a une voix, il parle dans un lieu vide (comme la loi), pour ne rien dire, tout en disant qu'il n'y a rien en-dehors de ce qu'il dit (le texte).

La circoncision, ce jour où un nom est donné, pose la question du rien.

 

 

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Propositions

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Avant le commencement, avant la parole, avant la loi, il y a un premier partage, un don qui semble ne rien donner

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Qu'en est-il de la voix et du temps? Tous deux reproduisent l'auto-affection pure, ce pur mouvement qui n'est engendré par rien, et dont on ne peut parler que par métaphore

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[Platon, la khôra]

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La khôra n'a pas d'essence : elle est l'anachronie dans l'être

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Khôra, lieu abstrait de l'espacement, ne se laisse dominer par aucune instance théologique, ontologique ou anthropologique

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La khôra n'est comme rien

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Khôra annonce l'irruption du nom; inapte à nommer, elle arrive comme le nom

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Khôra est la place même, la place irremplaçable qui fait parler, comme Socrate

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La khôra, étrangère au sensible et à l'intelligible, y participe comme "troisième genre" de manière aporétique

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La khôra donne lieu à l'opposition du logos et du mythos - ainsi qu'à toutes les oppositions, sans y appartenir

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Khôra est un abîme ouvert dans le mythe général, a-logique et anachronique, qui précède ou excède ses oppositions

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Khôra, lieu de tout site, fait raconter des histoires au sujet de ce qu'elle reçoit, mais ne devient elle-même l'objet d'aucun récit

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La khôra situe le mouvement, elle fait place à l'espacement, elle fait naître sans engendrer

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Avec la khôra, on est en un lieu où la loi du propre n'a plus aucun sens

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Khôra n'est rien : le lieu d'une restance infinie, d'un immémorial désert dans le désert, impassible, sans visage, tout-autre

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L'écriture, en laquelle rien ne réside, est l'errance même

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Dans "Il y a de l'être" ("Es gibt Sein"), ne sont donnés que l'être et le temps, qui ne sont rien

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Dans la chose qu'on donne, à même cette chose, une force qui n'est rien [la différance] donne le temps

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Le don est l'effet de rien : imprévisible et inexplicable, il doit, comme l'événement ou la création, perturber l'ordre des causalités

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La différance, qui n'est rien, constitue l'essence de la vie, et la vie, pensée comme trace, avant toute présence, est la mort

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A l'origine de la loi, rien n'a lieu, rien de nouveau n'arrive, il est impossible de raconter l'événement qui inaugure l'interdit

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N'étant jamais présente, n'étant rien, la trace, racine commune de la parole et de l'écriture, est inaccessible au savoir ou à la science

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La loi est un rien qui, dans un lieu vide, diffère incessamment l'accès à soi

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Dans l'horizon du phallogocentrisme politique, le frère occupe une place unique et singulière, celle de l'"ami des hommes", le lieu irremplaçable de toutes les substitutions (khôra)

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L'être n'étant rien, on ne peut en parler que "quasi"-métaphoriquement, avec la surcharge d'un trait supplémentaire, d'un "re-trait"

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L'autobiographie derridienne, c'est ce qui aura fait qu'elle n'aura pu être faite : un retrait du "biographique", ce lieu introuvable, cette mère, ce réceptacle

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Dans la guerre à mort pour la signature, le texte, qui ne reste à personne, bat dans un lieu nourricier, une cavité utérine (colpos)

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Jacques Derrida décline le rêve d'Harcamone comme son livre, sa Genèse, son nouveau testament, son colpos, le labyrinthe ou la crypte du "Je m'éc"

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La philosophie ne pose rien d'avance; elle n'a pas d'horizon et doute à tout instant de son savoir et de son lien constitutif

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Dans une conception moderne du texte et de l'écriture, il n'y a ni préface, ni programme, ni rien qui précède le texte

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La préface, qui n'est ni dans le texte, ni hors-texte, pose la question du hors-livre, du liminaire : une démarcation qui met le texte en marche (ce qui se lit de la dissémination)

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Le subjectile n'est autre qu'une figure de la Khôra, sinon la Khôra elle-même

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Le subjectile, ce lieu d'incubation qui se soustrait à toutes les oppositions et prend toutes les formes sans les assumer, est tout, rien et n'importe quoi (comme la Khôra)

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La déconstruction n'est pas une méthode : elle est l'ouverture d'une question, c'est-à-dire rien

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Si la prière pouvait être une expérience purement pure du rapport au rien, au néant, il n'y aurait pas d'écriture; mais faute de cette expérience, "il faut écrire"

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Pour toute oeuvre, un événement singulier est présupposé : une trace qui n'advient qu'en s'effaçant, n'arrive irréductiblement, dans son idiome, qu'à devenir cendre

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Khôra est le lieu où commence la dissémination

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Khôra est le lieu où la peinture se fait oeuvre

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Ce qui excède l'époque du logocentrisme (celle qui, comme histoire, clôt le savoir) n'est rien : ni la présence de l'être, ni le sens, mais autre chose qui n'a pas de nom

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L'époque à venir est celle d'une pensée qui, par son ouverture, ne veuille rien dire et rende l'écriture possible à partir de rien

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L'apophatique derridienne n'est pas une théologie négative, car la réappropriation du "rien" ne peut qu'échouer

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"Il n'est rien en-dehors du texte" soutient la Cabale, et aussi Derrida

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Dans l'acte de tracer, le trait du dessin s'éclipse, se retire; dans ce qu'il sépare ou différencie, rien ne lui appartient, pas même sa propre trace

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Il n'y a pas de voix présente dans la photographie, rien qui n'y soit prononcé

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La circoncision enfonce l'inscription du rien dans la chair, dans la parole vive

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Le nom grec de khôra (le lieu), est en affinité profonde avec l'un des noms du Dieu des Juifs : le Lieu

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Si Dieu est une voix, elle me parle pour ne rien dire

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Khôra (Jacques Derrida, 1993) [khora]

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