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Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Le principe de l'oeuvre, sans condition                     Le principe de l'oeuvre, sans condition
Sources (*) : La mise en oeuvre des principes               La mise en oeuvre des principes
Pierre Delain - "Pour une œuvrance à venir", Ed : Guilgal, 2011-2016, Page créée le 16 oct 2014 Derrida annonce l'oeuvre à venir

[Principe de l'œuvre : ce qui a lieu dans une œuvre s'affirme inconditionnellement, en-dehors de tout calcul, de toute finalité et de toute transaction]

Derrida annonce l'oeuvre à venir
   
   
   
L'oeuvre derridienne, vaccin contre le pire L'oeuvre derridienne, vaccin contre le pire
Inoculer, prémunir, désactiver               Inoculer, prémunir, désactiver    
                       

1. Le principe de l'oeuvre.

C'est par les textes de Jacques Derrida que ce principe est venu. Quels textes? A partir de quand dans son oeuvre? La question de chronologie est doublement paradoxale. D'un côté, le principe est déjà en oeuvre dans la matrice théorique annoncée au début de De la Grammatologie (p7), il opère déjà dans le premier texte publié, La Voix et le Phénomène. Mais d'un autre côté, Il aura fallu que d’autres principes inconditionnels comme l’hospitalité, le don, le pardon, la justice, - ou encore la liberté, l’au-delà du souverain, etc., soient isolés pour que cette formulation surgisse comme telle, dans sa "pureté". Il aura fallu un certain décalage, un retard, pour qu'il soit énoncé en tant que principe. D'un côté, on peut aujourd'hui, après-coup, repérer ce principe chez d'autres auteurs qui ont publié avant lui, voire à d'autres époques, mais d'un autre côté, il reste indissociable de la déconstruction - si l'on entend par ce mot non pas une théorie, mais un mouvement, un engagement dans un acte d’écrire que l’on peut qualifier d’œuvrant. L'œuvrance ne reconduit pas seulement la différance, elle opère autre chose : une exigence radicale, absolue, inconditionnelle, celle du principe en tant que principe, de la principialité.

 

2. Une définition.

Reprenons les éléments de cette définition.

a. Le principe s'affirme. Il n'y a ni argumentaire, ni justification. On y acquiesce ou où n'y acquiesce pas, mais on ne peut pas le discuter : il est indiscutable.

b. Il est inconditionnel. Sur ce concept d'inconditionnalité, je ne peux que renvoyer à Derrida, qui renvoie lui-même à celui qui l'aura obligé, Lévinas. Le reste ne serait que redites.

c. Il est incalculable. Aucune logique, aucun raisonnement, aucun ordre de causalité, n'y conduit. Il s'entend, mais il est étranger à l'entendement.

d. Il n'a pas de finalité. Un principe peut inviter à une responsabilité sans limite, ouvrir promesse et messianisme, sans proposer ni même envisager aucun but final.

e. Il ne résulte d'aucun compromis, aucune transaction, ni négociation. Aucune logique de dette, ni d'échange, ni d'équivalence ne peut reposer sur lui - car il ne repose sur rien. Il est juste, il rend la justice, dans l'ingratitude absolue.

 

3. Il faut faire oeuvre.

Il est une autre exigence dont les possibilités de traduction sont illimitées. On peut l'énoncer par une simple phrase : Il faut faire oeuvre. Faire oeuvre, c'est produire une oeuvre inconditionnellement. C’est aussi effacer les limites traditionnelles, institutionnelles et historiques de ce qu’on appelle usuellement l’œuvre. Sans aucune détermination préalable, sans aucune soumission aux catégories courantes de la rhétorique ou de la logique, il faut accueillir dans l’œuvre, en œuvre, le principe. Un tel principe est inacceptable en pratique. Toutes les œuvres qu'on pourrait mentionner, quelle que soit la façon dont elle sont publiées ou énoncées, témoignent des compromis nécessaires à la fabrication effective d’un corpus qui réponde à ces exigences. Mais la conditionnalité inévitable ne change rien au principe de l’œuvrement pur que je cherche à isoler. Celui-ci peut être analysé comme une émergence poétique, l’ouverture d’un espace sans horizon. Il n’est pas lié à un statut particulier comme celui d’intellectuel ou d’écrivain, ni à un savoir ou une technique particulière, mais peut valoir pour n’importe qui, y compris l’enfant, l’animal, ou (peut-être, mais nous ne pouvons rien en savoir) n‘importe quel vivant. Il n'est pas interdit, pour le nommer, de parler de beauté ou d'œuvre d'art, mais alors on fait l'hypothèse d'un art ou d'une beauté inconditionnels, c'est-à-dire une beauté sans esthétique, un art sans art.

Etant arrivé moi-même à ce principe par Blanchot, Lévinas et Derrida, je m'appuie, sur eux, mais ce n'est pas une obligation. Je trouve, partout, des traces du principe.

 

4. Donner le don.

Donner le don, c'est peut-être l'acte premier, celui qui est venu contaminer la déconstruction avant même sa naissance, avant même qu'elle ne se donne pour tâche de donner le don des langues. Le virus qui inocule le principe (jamais seul, car il y a toujours plusieurs inoculations en cours) n'a plus jamais été éradiqué.

 

5. Oeuvre à venir.

J'ai proposé un nom pour le principe, j'ai proposé une définition. Or si l'œuvre est inanticipable, si elle est toujours un performatif à venir, le principe lui-même ne doit-il pas rester, lui aussi, inanticipable? Faut-il alors jurer sa fidélité à un principe sans nom, sans définition, et même sans principe? Faut-il alors, pour répondre à ce "Viens" qui nous est adressé, renonce à toute thèse, laisser se perdre son nom? C'est toute la problématique de l'"oeuvre à venir", que je ne cesse d'annoncer. Œuvre et principe ne seraient-ils pas l'un et l'autre, et corrélativement, à venir? Et dans ces conditions leur lieu privilégié ne devrait-il pas être celui de la fiction?

 

 

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Propositions

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Une oeuvre, il ne faut rien lui rendre, il faut la lire sans dette, sans faute, au-delà de toute restitution possible, dans l'ingratitude absolue

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[L'œuvre d'Emmanuel Lévinas "aura obligé" Jacques Derrida à mettre en oeuvre, par son Oeuvre, l'inconditionnalité comme telle]

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Toute oeuvre est hantée par le juste nom de l'"oeuvre", pour lequel elle déclare son respect et jure sa fidélité

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Peut-être faut-il, pour répondre "Oui" au "Viens" de Blanchot, laisser se perdre son nom, appeler - comme une oeuvre ou un enfant perdu - un tout autre nom, un nom sans nom

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En oeuvrant, Jacques Derrida ouvre la scène d'une langue, il donne le don des langues, il fait don du don

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Le don est l'effet de rien : imprévisible et inexplicable, il doit, comme l'événement ou la création, perturber l'ordre des causalités

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Le don de Lévinas au lecteur, c'est la possibilité d'être livré à une responsabilité sans limite, de s'obliger librement à la dislocation du même

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Une oeuvre se donne et se rend au-delà de l'échange, en supplément, par-dessus le marché, comme on rend la justice

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[Par son oeuvre, Jacques Derrida annonce l'"oeuvre à venir"]

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[Chez Derrida, le principe de l'oeuvre se donne comme vaccin, jamais prescrit comme tel]

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[Chez Lévinas, le principe de l'oeuvre se donne comme liturgie de l'autre]

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[Pour Blanchot, le principe de l'oeuvre ne se donne qu'au prix de la disparition du "propre"]

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[On ne peut présenter une "thèse" autour de l'oeuvre derridienne sans faire jouer en elle les paradoxes et les apories du concept même de "thèse"]

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[L'art sans art]

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Un lieu sans lieu

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- Ouzza : Pour ce qu'ils ont appelé le principe de l'œuvre, ceux qui l'aurant énoncé en premier auront été ceux qui en auront été les plus éloignés au départ : James Bodden et Ouarda Ben Zeni.

- Valentin : Tu oublies Danel!

- Ouzza : Danel n'a jamais rien énoncé. Ça n'est pas son truc. Chez lui ni le certain ni l'incertain, ni l'évident ni le douteux, ne méritent une seule phrase.

- Valentin : Alors tu ne devrais même pas en parler.

- Ouzza : Si je n'en avais pas parlé, ils n'auraient jamais rien eu en commun.

 

 


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