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TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
"Je suis mort", et "Je me dois à la mort"                     "Je suis mort", et "Je me dois à la mort"
Sources (*) : L'oeuvre derridienne, vaccin contre le pire               L'oeuvre derridienne, vaccin contre le pire
Pierre Delain - "Pour une œuvrance à venir", Ed : Guilgal, 2011-2016, Page créée le 23 octobre 2014 Derrida, l'écriture

[A la phrase : "Je suis mort", toujours déjà annoncée, Jacques Derrida ajoute l'écart d'une phrase supplémentaire : "Nous nous devons à la mort"]

Derrida, l'écriture
   
   
   
Derrida, la mort Derrida, la mort
                 
                       

1. "Je suis mort" lu par Rogozinski : une devise.

Selon Jacob Rogozinski (Cryptes de Derrida, p68), la formulation centrale de Jacques Derrida, son point de référence, ce qu'il appelle sa devise, peut s'écrire "Je-suis-mort", ou "Je vous dis que je suis mort", une formulation qui reprend la déclaration de Valdemar dans la nouvelle d'Edgar Poe, La vérité sur le cas de M. Valdemar. Cette déclaration, "- Oui, - non, - j'ai dormi, - et maintenant, - maintenant, je suis mort" citée en exergue de "La Voix et le Phénomène" est paradoxale, aporétique. D'un côté, un vivant ne peut pas dire, sans mentir, "Je suis mort"; mais d'un autre côté, seul un vivant peut parler, donc seul un vivant peut proférer de sa bouche "Je suis mort". Pour Derrida, cette référence à la mort n'est pas un constat, mais une nécessité stratégique. Situer l'écriture du côté de la mort, c'est situer le logos du côté du présent vivant, de la vie - c'est-à-dire de la conscience, du moi et de la métaphysique. Pour déconstruire la métaphysique, il faut en appeler au lieu d'une non-présence radicale de la subjectivité : l'écriture. Si celui qui écrit est déjà mort, il ne peut se manifester que par l'écriture, cette mort à l'oeuvre.

 

2. "Je suis mort" lu par Derrida : une signature.

Le formule "Je suis mort" ne renvoie pas chez Derrida à la mort effective, réelle, mais à la signature, au nom. Quand, dans Glas, il attribue à Genet la formulation "Je suis mort", "Je suis déjà mort", quand il explique que dans tout "Je suis", le "déjà mort" est impliqué, il prend acte d'un certain rapport à un cadavre phallicisé. Jean Genet jouit de voir décapités les jeunes hommes dont il est amoureux. Si eux aussi sont déjà morts, alors je peux continuer à écrire, je peux continuer à graver dans la pierre (tombale) ce "je" qui, dès l'inscription s'efface. L'arrêt de mort conditionne l'écriture, comme il conditionne le regard dans une photographie d'où je me vois, déjà mort, regardant. Déjà, c'est aussi D.J., sa signature inversée. Ce D.J. est déjà écrit, il n'a rien à voir avec le vivant Derrida. C'est cette confusion qui conduit Rogozinski à parler d'"egocide".

Dans je-suis-mort il y a effectivement une dimension thétique, théorique. Le "je" n'implique pas la présence, c'est un "je" d'écriture, d'un narrateur ou d'un essayiste. Mais le "je", celui des récits de Blanchot suspendus à l'événement d'un "viens", d'un appel entre deux morts (ce que Derrida nomme : le "je mort"), n'est pas mortifère, il est impossible. Toute l'oeuvre de Derrida (et peut-être aussi celle de Blanchot) vise à conjurer cette hantise. En se donnant au-delà de l'être, dans l'oubli de l'être, entre un déjà vide, retiré, silencieux et un futur imminent, toujours sur le point d'arriver (la mort), c'est un travail du "je" qui s'opère. La force de ce mouvement n'est pas thanatologique, mais métonymique. C'est une prise de risque. L'oubli de l'oubli peut se traduire en effacement, mais aussi en don du don (inconditionnel). Rien n'est fixé à l'avance.

A cela s'ajoute une autre dimension, absolument illisible, une dimension spectrale, idiomatique, singulière, qui fait que le nom du mort continue à résonner, que la mort est toujours indissociable de la vie.

 

3. La sentence que Derrida aura faite sienne.

Nous nous devons à la mort, telle est la première phrase du livre Demeure, Athènes, où Derrida commente une série de photographies de Jean-François Bonhomme. En ajoutant, en 1996, Nous nous devons à la mort au Je suis mort de 1967, Derrida introduit une différance, un écart, celui qui sépare, irréductiblement, un instant d'un autre, un premier "nous" d'un second, un affect d'un autre. Il y a dans ce verdict, comme dans toute sentence, une dimension de prescription, de devoir et de dette qui ne se limite pas au simple constat de notre mortalité. Si nous devons quelque chose à nous-mêmes, c'est chaque fois différemment, dans le mouvement en série de temporalités ou d'œuvrances différentes. La mort n'est pas retardée, mais suspendue; la vie ne se prolonge pas au-delà de la mort, mais tout autrement.

 

4. Sur-vie.

Contre ou tout contre la dimension mélancolique du "Je suis mort", Derrida affirme une dimension affirmative : la survie qu'il écrit sur-vie, plus et encore plus que la vie, une spéculation qui va plus loin que la pulsion de mort freudienne en brouillant toute distinction entre vie et mort. Nous ne nous devons pas à la mort pour disparaître, mais pour dépasser l'aporie du deuil. Certains films, apparemment mélancoliques, comme le Planétarium de Rebecca Zlotowski, nous laissent deviner ce chemin.

 

 

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Propositions

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Le "je" n'implique pas nécessairement la présence : la personne peut être absente dans "Je suis", anonyme dans "J'écris" et morte dans "Je suis vivant"

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[Jacques Derrida part de la déclaration folle, inouïe : "Je suis mort", pour pointer un "hors code", au-delà du deuil et de la mélancolie]

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Derrida nomme "écriture" la non-présence radicale du sujet, sa mort à l'oeuvre, et aussi la promesse de sa résurrection

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Il suffit d'écrire "je suis" et déjà, d'avance, sans que rien ne soit annoncé par personne, "je suis" a signé son glas, son arrêt de mort, cette mort qui a déjà eu lieu

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Quand je signe "J.D.", je suis déjà mort - ce "déjà" est la signature d'un autre

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Dire : "Maintenant, je suis mort", c'est mettre en scène une énonciation impossible, un "Je parle" fou, inouï, qui profère en même temps la mort et la vie

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Suspendu à l'événement d'un "Viens", pas encore affecté ou déjà plus (Je m'---), le "Je" va vers ce qu'il appelle : un "Je mort"

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Dans sa référence à soi, le travail du je commence par une énonciation impossible, un "Je suis mort" passé et aussi imminent, qui pointe depuis le futur

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La scène du "Je suis mort" interprète des structures universelles, lisibles, et aussi quelque chose d'absolument illisible, accessible seulement depuis la place de l'autre

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Œuvrer, c'est conjurer la hantise d'un "je-suis-mort"

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["Nous nous devons à la mort", mais nous pouvons ignorer cette sentence, la laisser en suspens, par des retards dont la figure exemplaire est la photographie]

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[Il faut trouver dans la vie "encore plus que la vie"]

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Parler de l'"écrire" comme "survivre", c'est une apocalypse, et aussi un fantasme maniaque

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Le don de Blanchot, c'est qu'il se donne au-delà de l'être, dans l'oubli de l'être - SAUF que cet oubli de l'oubli est aussi un poison qu'il lui faut vomir en criant son nom

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Pour qu'une photo s'adresse à moi, il faut que le Référent, ce point de singularité absolue de l'autre (punctum), qui ne regarde que moi, ce soit aussi moi ayant déjà été mort

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Rebecca Zlotowski montre dans son film "Planétarium" qu'au cinéma, la surenchère du "Je suis mort" ne s'arrête jamais

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Objections :

1. Celui qui annonce sa mort, même quasiment putréfié, n'est-il pas encore vivant? Il l'annonce en lançant une flèche vers un avenir indéterminé, comme dans la structure que Derrida qualifie de téléiopoèse dans Politique de l'amitié. Cette annonce se faisant au présent, elle s'adresse à d'autres vivants. Ce qu'elle vise n'est pas une certitude, c'est un peut-être. Le vivant sait qu'il va mourir, mais il ne sait ni quand, ni comment. Dire "Je suis mort", c'est, dans cette logique paradoxale, rester dans la dynamique du "peut-être". Je ne pourrais pas vivre si je ne supposais pas, aussi, que je suis vivant. Cette dimension paradoxale du possible-impossible, Rogozinski l'évoque dès le début de son texte sur Valdemar (pp53-54). Mais se référant à Lacan, Heidegger, Kojève ou Blanchot, il préfère l'écarter et ne retenir qu'une interprétation "thanatologique" (p56) de cette formule qu'il qualifie, chez Derrida, de mélancolique.

2. Admettons que "Je suis mort" soit une formule derridienne - voire sa devise. C'est une formule-limite, une formule qui travaille la limitrophe entre la vie et la mort. La limite est hétérogène, c'est le lieu hétéronome où mort et vie s'allient. Comme toute alliance, celle-ci est dissymétrique, aucune des "parties prenantes" ne peut éliminer l'autre. Pour que Derrida puisse "décider" en faveur de la mort?, il faudrait que cette formule soit proférée par un sujet susceptible de prendre parti, un "Je" autonome, une subjectivité.

3. Pour Rogozinski, la phrase "je-suis-mort" est "privée de sens" (p91). Privée de sens pour qui? Pas pour celui qui la profère (il ne la proférerait pas si elle n'avait pas de sens pour lui), ni pour celui qui l'entend - qui est seul susceptible, dans la solitude, de lui donner, ou non, un sens. Si elle est "privée de sens" en général, ce ne peut être que par rapport à la métaphysique, la logique classique.

 

 


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