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TABLE des MATIERES :

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Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, la mort                     Derrida, la mort
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 13 sept 2012 Oeuvre, différance, pulsion de mort

[Derrida, la mort]

Oeuvre, différance, pulsion de mort Autres renvois :
   

Derrida, le deuil

   

Derrida, l'archive

   

Derrida, l'héritage

L'oeuvre accueille les spectres L'oeuvre accueille les spectres

Derrida, la vie, la survie

                 
                       

1. Mort et théorie de l'écriture.

Est écrit tout signe qui s'entend au-delà de la disparition de l'auteur ou de l'émetteur (après la perte de tout rapport avec son intention ou son vouloir-dire), tout signe qui se lit malgré l'absence totale du sujet, par-delà sa mort. Ce qu'on entend ici par mort n'est pas sa disparition ou sa finitude empirique; c'est que l'écriture, par essence, en droit, évoque l'absence de celui qui parle. Dire "Je dis" ou "J'écris", c'est déjà être absent, c'est déjà être mort. C'est dire : "Je suis mort", une phrase sur laquelle Derrida revient plus d'une fois.

On retrouve la même logique dans une formulation célèbre et difficile : La différance infinie est finie. D'un côté, rien ne peut arrêter le mouvement de la différance; et d'un autre côté, cette différance, on ne pourrait la saisir que dans des termes finis, si on pouvait la saisir. La pensée ne cesse de se différer, de s'écarter de soi, et cet écart ne peut se dire que par le concept qui la met à mort.

Le paradoxe de la souveraineté de l'"homme", c'est qu'il ne peut vivre qu'en suppléant la nature, en y ajoutant des organes artificiels, des artefacts qui objectivent le vivant, qui en font une machine de mort. S'il survit, ce n'est pas en tant que simple être vivant, c'est par ces suppléments. Pas de vie sans sur-vie, mais cette sur-vie, pour Derrida, est irréductible au simple cycle de la vie et de la mort.

 

2. Spectralités.

Toute écriture étant morte, je ne peux entrer en rapport avec elle que par héritage, dans une relation testamentaire qui est celle que j'entretiens avec ces autres, ni vivants ni morts (voire peut-être pas encore nés), qui m'engagent au-delà du présent. Les spectres continuent à exister, même après leur mort, car il m'est impossible d'en faire un deuil absolu, ni de les exorciser. Je dois vivre avec leurs traces qui restent irréductiblement en moi. Ainsi mon expérience de la mort est-elle aussi une expérience de survie.

Soit je vois venir ces spectres, je peux les anticiper d'une façon ou d'une autre (fantômes ou fantasmes); soit je ne les vois pas venir, ils n'ont pas d'horizon, ils me hantent et arrivent sans aucune anticipation possible. Dans un cas comme dans l'autre, je suis soumis à une injonction paradoxale. D'un coté, je dois les accueillir, les faire parler et d'un autre côté, je dois les conjurer, les exorciser, les chasser. C'est la logique spectrale, toujours envahissante, qui prend aujourd'hui l'aspect de la technique ou de l'image.

Jean-Jacques Rousseau croyait que la dimension mortifère de l'écriture affectait du dehors la parole vive - qu'il voulait préserver. Pour Derrida, c'est du dedans de la parole que cette dimension travaille. Le danger ne vient pas de la société ou d'un environnement maléfique, il est déjà actif. La parole est déjà altérée, déjà infectée par ces traces orphelines, illégitimes, déracinées, affranchies de la loi, des traces qui, comme les écrits, peuvent s'effacer, s'oublier ou se perdre, n'ont ni père, ni attaches, ni origine. En se disséminant, en se dispersant, l'écriture lie la différance à la mort.

 

3. La scène d'écriture freudienne (auto-bio-thanato-hétéro).

Avec Freud, son petit-fils Ernst (l'enfant au Fort/Da) et Derrida lui-même, la pulsion de mort est mise en oeuvre, chaque fois différemment. C'est le silence du tout autre. Sur ce point, on lira : [Dans le principe de plaisir qui, selon Freud, domine la vie psychique, est à l'oeuvre, en silence, le "tout autre"].

 

4. La possibilité du sans réponse.

La trace est une semence, un germe mortel. Contrairement à ce que Freud a parfois déclaré, elle n'est pas indélébile. Il est toujours possible qu'elle soit oubliée absolument, radicalement. Reconnaître cela, c'est accepter aussi la possibilité de l'effacement de soi, de sa propre présence, c'est l'accepter sans réserve, y compris pas la disparition de cette disparition. Le "sans-réponse", associé à cette disparition toujours menaçante n'est pas le résultat d'une censure déterminée, c'est une structure, un horizon originaire, irréductible, sans lequel on ne peut penser ni l'archi-écriture, ni le refoulement originel freudien, ni l'oeuvre.

Accepter le sans réponse, c'est aller au-delà d'un accueil en nous de la trace de l'autre. Si l'autre ne répond pas, on ne peut ni garder la mémoire, ni porter le deuil sans détruire l'altérité de l'autre (sur ce point, voir ici), mais on peut s'engager dans une désappropriation / désidentification qui brise les généalogies, fait craquer les figures de la croyance, laisse se disperser pour toujours, sans retour ni diaspora, les graines de la grenade. Cette perspective est aussi une menace, elle fait peur. Il est fatal que le don initial s'oublie, qu'il ne revienne jamais à l'instance donatrice. Ich muss dich tragen, dit le poète, mais sans retour de la dette, on doit vivre aussi dans la perspective de la mort finale.

Il faut donc faire avec ce séminal qui se dissémine à perte et à mort et porte en lui le mal radical. Ce séminal, lui non plus, n'est jamais présent à lui-même. Il confronte le sujet au rien, à l'effacement de toute présence, y compris la trace de la présence. Il n'a aucun sens, on ne peut pas dire ce qu'il est. Il travaille à détruire toute archive, y compris ses propres traces. Le penser en acceptant son effacement, sa disparition irrémédiable, sa possibilité irréductible, c'est ce qui ouvre, selon Derrida, à la responsabilité infinie. cf : [Il y a dans toute oeuvre une dictée, une injonction, un appel à la réponse, à la responsabilité].

Après la mort, rien ne revient, c'est l'annihilation totale. La trace ne répond pas, ne laisse derrière elle aucun document (anarchive) (sauf peut-être un simulacre érotique : la beauté du beau). Elle n'est même pas vivante, ni morte, mais ni l'une ni l'autre. Pourtant, entre Eros et Thanatos on peut la repérer comme chemin de détour, retardement, substitution, différance.

 

5. Le gardien d'une sur-vie.

Le premier texte publié par Jacques Derrida en 1947, à l'âge de 17 ans, évoque sa mort (Glu de l'étang lait de ma mort noyée), tandis que son dernier texte, lu le jour de son enterrement, évoque la survie (Préférez toujours la vie et affirmez sans cesse la survie...). Entre les deux, on peut dire que l'oeuvre est obsédée par le deuil. Pour Derrida, la mort est indissociable de la vie, la-mort-la-vie ne font qu'un. Freud espérait provoquer, par la cure, la réactivation d'une trace originelle et unique. Or c'est impossible : la trace vivante ne revient pas. On peut tout juste en implorer la résurrection, comme les chrétiens. Jacques Derrida propose une autre voie : une vie supplémentaire qui ne nie pas la mort mais l'accomplit dans l'oeuvre même, comme hantise, spectralité, héritage et adresse à l'autre, en conjurant la menace du je-suis-mort. La mort à l'oeuvre n'est pas mélancolique, elle fait advenir une sur-vie qui ne peut rien dire de l'opposition entre vie et mort, car elle ne s'y arrête pas, elle la déborde.

Nous nous devons à la mort, dit Derrida, c'est une sentence sans appel. Le verdict est définitif. Nous sommes pris dans cette dette ou ce devoir qui nous institue. Mais le dédoublement du "nous" dans la sentence ouvre un écart. On peut toujours ignorer le jugement (la peine de mort), laisser la mort en suspens. C'est ce qui arrive avec la photographie, figure exemplaire du retardement ou de l'espacement. Chaque photo est porteuse de mort, mais il suffit d'une série de photos renvoyant les unes aux autres, s'appelant et se nommant, pour suspendre le jugement : faire place à l'imagination, au rêve, comme Socrate attendant la mort au cap Sounion. Même si le référent de la photographie a définitivement disparu, on peut toujours, à partir de cette absence, en dire plus (sur-vie, plus que la vie).

 

6. Bio ou thanato-graphie.

On peut rapprocher la sur-vie derridienne des deuils vécus par le petit Jacky dans son enfance. Presque-jumeau d'un frère mort et aîné d'un second frère, mort lui aussi, il se serait senti obligé de porter, à lui seul, leur monde. Se vivant toujours au moins double (voire plus), il aurait négligé ses frères et soeurs biologiques et culturels pour assumer, lui, la survie et la garde d'une alliance. Après tout, c'est lui et lui seul l'héritier, le gardien du talith du grand père. Pour être fidèle à l'injonction, il fallait que cette alliance ne soit pas gouvernée par la parole d'un mort (fût-ce d'un père), mais par la trace d'un autre. C'est ce "il faut"-là, ce commandement venu de l'autre, qui l'a conduit à privilégier l'oeuvre. Mettre la mort à l'oeuvre, ce n'est ni se protéger de la disparition en produisant un ouvrage qui lui survivrait, ni sombrer dans une tâche mortifère. C'est entrer dans une autre logique : un triomphe de la vie qui brouille la distinction du vivre et du mourir.

 

 

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Propositions

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Tout signe qui fonctionne malgré l'absence totale de sujet, par (delà) sa mort, peut être dit "écriture"

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[A la phrase : "Je suis mort", toujours déjà annoncée, Jacques Derrida ajoute l'écart d'une phrase supplémentaire : "Nous nous devons à la mort"]

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Le "je" n'implique pas nécessairement la présence : la personne peut être absente dans "Je suis", anonyme dans "J'écris" et morte dans "Je suis vivant"

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Derrida nomme "écriture" la non-présence radicale du sujet, sa mort à l'oeuvre, et aussi la promesse de sa résurrection

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La différance infinie est finie

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L'altérité absolue de l'écriture altère du dehors, en son dedans, la parole vive

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La mort travaille le dedans de la parole comme sa trace, sa réserve, sa différance intérieure et extérieure, son supplément

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La différance supplémentaire est dangereuse, car liée à la mort

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Le séminal se dissémine sans avoir jamais été lui-même, à perte et à mort; n'ayant aucun sens, il diffère de la polysémie

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"Une dispersion sans diaspora", telle est la double signification de la grenade : force de dissémination, et aussi mort et destruction

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Tout graphème est d'essence testamentaire

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L'écriture est parricide, hors-la-loi, elle est un fils orphelin qui s'expose à la perte

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Il appartient à la structure d'une trace de pouvoir s'effacer, s'oublier, se perdre; archiver, c'est sélectionner ce qu'on garde

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La mort est cette fatalité par laquelle un don est destiné à ne pas revenir à l'instance donatrice

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Le spectral, ce sont ces autres, jamais présents comme tels, ni vivants ni morts, avec lesquels je m'entretiens

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Le spectre, fantôme ou fantasme, est visible sur un horizon, on peut le voir venir, tandis que le revenant n'a pas d'horizon : il arrive comme la mort

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La logique spectrale envahit tout, partout où se croisent le travail du deuil et la tekhnè de l'image

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[L'oeuvre accueille les spectres; elle les fait parler, les conjure, les exorcise, elle les chasse]

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La définition la plus profonde de l'absolue souveraineté - celle du souverain et aussi celle de Dieu et de la mort -, c'est qu'elle ne répond pas, elle a droit à l'irresponsabilité

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Penser la trace, c'est accepter son effacement, sa disparition irrémédiable, non par accident mais comme l'horizon qui rend l'inconscient possible

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A partir de la possibilité irréductible du "sans réponse" (le mal, la mort) surgit l'exigence d'une responsabilité infinie

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[Dans le principe de plaisir qui, selon Freud, domine la vie psychique, est à l'oeuvre, en silence, le "tout autre"]

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La pulsion de mort est "anarchivique" : elle travaille à détruire l'archive, y compris ses propres traces

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L'archive engage la menace infinie de la pulsion de mort : un mal radical qui emporte et ruine jusqu'à son principe

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Entre Eros et Thanatos, toute la pensée n'est que différance, chemin de détour, retardement, surséance et substitution

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La pulsion de mort n'est jamais présente : elle ne laisse en héritage que son simulacre érotique, son pseudonyme en peinture : la beauté du beau

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Pour que l'autre reste l'autre en moi, il faut que le deuil soit impossible : ni incorporation, ni introjection

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Il ne saurait y avoir de vrai deuil, car la trace de l'autre est déjà irréductiblement en nous

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Au-delà du deuil, une désidentification intempestive fait craquer les signes, les modèles et les figures de la croyance

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On ne peut rien dire de l'opposition entre vie et mort, si "vivre" déborde cette opposition

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L'expérience de la mort, c'est que je suis obligé de penser à ça (mon anéantissement), et qu'aussi je suis hanté par un désir testamentaire : que quelque chose survive et soit transmis

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Un acte photographique signe - comme Socrate au cap Sounion - une reconnaissance de dette auprès de la mort

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["Nous nous devons à la mort", mais nous pouvons ignorer cette sentence, la laisser en suspens, par des retards dont la figure exemplaire est la photographie]

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Pour protester contre la sentence "Nous nous devons à la mort", il faut laisser en suspens un regard, une inscription ou une oeuvre qui ignore à jamais cette comparution

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Chaque photo porte la mort; mises en série, chacune est le nom propre d'une autre, elle appelle les autres

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Dus à la mort, nous nous rapportons à nous-mêmes en étant pris dans une dette ou un devoir qui, en nous instituant, réfléchit et suspend ce rapport

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Œuvrer, c'est conjurer la hantise d'un "je-suis-mort"

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La possibilité du mal radical, comme telle, s'il y en a, ne doit être ni vivante ni morte

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Il faut, pour résister au mal radical, être en deuil de tout autre, "penser" le sens du monde dans une relation à la mort d'autrui

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Le souverain, cette "prothétatique" monstrueuse qui supplée la nature en y ajoutant un organe artificiel, objective le vivant dans une machine de mort

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La victoire triomphale de la vie, cette chose terrible, c'est dire "oui, oui, oui" à vie-et-mort, ce "neutre" qui brouille la distinction du vivre et du mourir

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Le premier texte publié par Jacques Derrida (1947) évoque sa mort, et son dernier texte (2004) sa survie

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Jacques Derrida, qui se sent double, est presque le jumeau d'un frère mort

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Jacques Derrida, né un an après la mort de son frère Paul Moïse, a hérité du talith de son grand-père maternel, Moïse

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