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TABLE des MATIERES :

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 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, prière, théologie négative                     Derrida, prière, théologie négative
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 7 avril 2016 Derrida, retrait, effacement

[Derrida, théologie négative, prière]

Derrida, retrait, effacement Autres renvois :
   

[Derrida, Dieu, le nom de Dieu]

   

[Derrida, le rien, Khôra]

   

[Derrida, le talith]

"Toi aussi, Viens, écris" "Toi aussi, Viens, écris"
                 
                       

1. Théologie négative et déconstruction.

On nomme "théologie négative" une certaine tradition platonicienne, néo-platonicienne, qui va jusqu'à Wittgenstein en passant par Denys l'Aréopagite, tradition dite "apophatique" qui soutient que puisque tout prédicat reste inadéquat à l'essence de Dieu, on ne peut rien en dire. On a fait beaucoup de reproches à cette rhétorique. On l'a accusée de nihilisme, d'obscurantisme, voire d'athéisme. On a dit qu'elle faisait renoncer au savoir et à l'analyse, qu'elle ne pouvait se justifier qu'en attribuant à Dieu une sorte de "suressence" ou d'hyperessencialité, incommensurable à tout ce qui est. Selon Jacques Derrida, on ne peut pas dire qu'elle dise rien de Dieu, puisqu'elle en parle. Le simple fait d'en parler, de faire oeuvre autour de ce dont on parle, est une récupération du "rien", une récupération sous forme de théologie. L'une des différences entre la théologie négative et la déconstruction, c'est que pour la seconde, la réappropriation du "rien" ne peut qu'échouer. Effectivement Derrida, lui aussi, multiplie les avertissements apophatiques : sous sa plume, le texte, l'écriture, la trace, l'hymen, le supplément ou le pharmakon ne sont ni ceci ni cela, ni sensibles ni intelligibles, la déconstruction n'est pas une méthode, la différance ne saurait ni se montrer dans sa vérité, ni se dissimuler, elle n'a ni existence, ni essence, ni être. Mais la différence avec la théologie négative, c'est que, pour la déconstruction, la réappropriation du "rien" ne peut qu'échouer. La négativité ne peut pas être transmuée en affirmation divine, en essence. Il n'y a pas d'économie du "rien", pas de révélation mystique de l'ineffable, rien qui puisse se traduire en théologie, en ontologie ni même en philosophie.

 

2. Trace d'un événement, d'un "sans".

Si je dis "Ceci n'est pas cela", je nomme Ceci, l'effet, mais pas la cause sans laquelle Ceci n'existerait pas. Cette cause dont je ne dis rien, je peux la nommer Dieu. Le "sans cause", ce serait la cause infiniment productrice qui ne se laisse ni aborder, ni approcher, ni désigner, ce serait l'origine de ce qui fait symptôme sans se manifester. Pour "exister", une cause divine n'a pas besoin d'être. Toute phrase négative étant hantée par Dieu, il suffit de l'hyperboliser pour qu'elle devienne une théologie.

Même si un discours est négatif, même s'il n'a aucun sens, même s'il n'a pas de lieu, du simple fait qu'on en parle, c'est un événement, il laisse une trace. Même sans image, sans présence, l'alliance n'est déjà plus un secret. On peut se tourner vers elle comme origine supposée, don du don. Le théologien de la théologie négative doit garder son savoir, il doit préserver l'indicible, l'inaccessible, l'interdit. Puisque le secret n'est plus tout à fait secret (il en est dépositaire), il doit affirmer une fusion mystique, symbolique ou initiatique avec Dieu. Il est contraint à une dénégation essentielle, originaire : il n'y a pas de secret comme tel (puisqu'il le partage), donc il faut nier ce partage.

 

3. Prière.

Mais l'énoncé négatif n'est pas sans effet. Il ouvre l'espace d'une énigme, d'une divinité sans être. Ce lieu hétérogène, avec lequel nous n'avons rien en commun, peut recevoir le nom de Dieu. En parler, ce n'est pas tout à fait ne rien dire, puisque cela ouvre la possibilité d'une adresse. Quand on invoque, quand on apostrophe, on ne s'adresse pas à personne. C'est cette expérience pure de l'adresse à l'autre, l'autre comme autre ou l'autre comme tel, en ne lui demandant rien d'autre que la promesse d'une réponse ou d'une présence, c'est cette expérience qui est impliquée, présupposée par la théologie négative. La pure prière serait l'expérience purement pure du rapport au rien, au néant.

Comment expérimenter le néant? Comme s'adresser à l'autre absent? On peut répondre à cette question par la prière et les larmes, mais on peut aussi, en plus, choisir d'obéir à une autre injonction : Il faut écrire.

 

4. Ce dont il n'aura pas parlé.

Son grand discours thématique sur la théologie négative qu'il a intitulé "Comment ne pas parler", c'est à Jérusalem que Derrida l'aura tenu. Nul hasard à cela. Il fallait que ce soit à Jérusalem car c'était le lieu dont il ne dirait rien, le lieu où la trace de ce dont il se sent le plus proche, le Juif, l'Arabe, ne pouvait être abordée que négativement. Alors il y a parlé d'autre chose : du chrétien (Denys l'Aéropagyte), du Grec (Platon) ou de l'Allemand (Heidegger). C'était sa façon à lui, en ce lieu du sacrifice d'Isaac et de l'échelle de Jacob (dont son propre prénom, Jacques, est la combinaison) de mettre en oeuvre la théologie négative. Car toute oeuvre, chaque oeuvre est un rapport singulier à une trace immémoriale qui n'arrive qu'à s'effacer. A cause de cette trace qui rend la parole possible, il faut parler; mais cette trace qui n'appartient ni à l'histoire, ni au discours, on ne peut que la dénier. Il n'est de rapport avec elle qu'en la laissant devenir cendre.

S'il a peu parlé de la Shoah, s'il n'a pas voulu l'interpréter, c'est peut-être aussi pour cela : de l'expérience extrême d'un deuil impossible, on ne peut pas parler.

 

5. Ce sur quoi il aura écrit.

Pas question donc, pour Derrida, à Jérusalem, d'évoquer les autres chemins que prend sa prière. Mais il les aura évoqués ailleurs, dans d'autres textes, d'autres écrits, par exemple dans Pas, quand il s'interroge sur le projet d'écrire de Blanchot, cette parole adressée à l'inconnu. Sans céder à la glorification du rien, Blanchot ne cesse de s'adresser à lui.

Il y a aussi son étrange rapport à la liturgie et à quelques objets qui voisinent avec elle. Ne caresse-t-il pas, aussi souvent qu'il le peut, son talith, ce châle qui sert pour la prière, la bénédiction, et aussi pour envelopper les morts? Il n'hésite pas non plus à répondre à l'appel du Shema Israel. Il écoute, il est là, présent, attentif à cette autre présence de l'absence qu'est la chekhina. En se disant marrane, il aura revendiqué un type de prière où l'amitié, l'attente, la promesse, l'engagement, la responsabilité, en-dehors de tout rituel institué, ouvrent à l'avenir. Cette prière sans destination assurée, ni savoir, ni certitude, est une bénédiction qui, à la façon d'un poème, au-delà du vrai et du faux, ne s'adresse pas à une personne mais à un reste, à une autre date oubliée, consumée, disparue, à une chance de réponse.

 

 

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Propositions

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La différance relève d'une théologie négative, irréductible à toute réappropriation ontologique, théologique ou philosophique

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L'apophatique derridienne n'est pas une théologie négative, car la réappropriation du "rien" ne peut qu'échouer

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La déconstruction n'est pas une méthode : elle est l'ouverture d'une question, c'est-à-dire rien

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Avant nous, "il aura fallu parler"; mais de la trace de cette nécessité, de cette injonction immémoriale qui n'arrive qu'à s'effacer, "il ne faut pas parler"

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Même si l'on parle pour ne rien dire, même si le discours est négatif, s'il n'a ni sens ni référent, s'il est sans lieu : il a lieu, il est la trace d'un événement qui l'aura rendu possible

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Toute phrase négative est déjà hantée par Dieu ou par le nom de Dieu, qui nomme l'hétérogène, l'incommensurable, ce sans quoi l'on ne saurait rendre compte d'aucune négativité

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Pour toute oeuvre, un événement singulier est présupposé : une trace qui n'advient qu'en s'effaçant, n'arrive irréductiblement, dans son idiome, qu'à devenir cendre

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Il n'y a pas de "premier" oui, le oui est déjà une réponse, un appel qui ne peut s'entendre lui-même que depuis la promesse d'une réponse

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La théologie négative ne peut échapper à la rhétorique du renoncement au savoir que par la prière, l'apostrophe, l'adresse à l'autre, à un "toi"

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La prière, expérience essentielle du discours chrétien, s'adresse à l'autre comme autre, en ne lui demandant rien d'autre que de donner la promesse de sa présence

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Si la prière pouvait être une expérience purement pure du rapport au rien, au néant, il n'y aurait pas d'écriture; mais faute de cette expérience, "il faut écrire"

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J'ai passé ma vie à enseigner pour enfin revenir à ce qui mêle au sang la prière et les larmes

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Le secret de l'alliance, c'est qu'il n'y a pas de secret comme tel : il ne peut apparaître que par une dénégation essentielle, originaire, du partage

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Dieu a lieu en un lieu sans être et sans lieu, un lieu qui n'est pas Dieu, une atopique inintelligible, insensée, folle

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Blanchot ne cède pas à la théologie négative : il répond au rien par une parole adressée à l'inconnu, un "projet d'écrire"

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Marrane égaré en des lieux désertés par Dieu, où il n'y a plus personne, sans savoir ni certitude, Jacques ou "Jacob" Derrida hérite de prières sans destination assurée

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L'amitié n'est jamais une donnée présente; son discours d'attente, de promesse, d'engagement, de prière, porte en ce lieu où une responsabilité ouvre à l'avenir

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Dans la prière poétique s'annonce l'essence de la bénédiction : en s'adressant à un reste, une cendre, c'est l'expérience de l'incinération de la date, consumée dès le commencement

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Comme la bénédiction, la prière se tient au-delà du vrai et du faux; elle appartient au régime originaire de la foi testimoniale

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Déclaration de Jacques Derrida : "Je dois, à Jérusalem, parler de la trace dans son rapport à la théologie négative - mais sans rien dire du plus proche : le Juif, l'Arabe"

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De la Shoah, on ne peut parler qu'en silence, sans en parler, dans l'expérience extrême d'un deuil impossible

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Le Shema Israel est l'acte de parole, chaque fois unique, qui suspend l'alliance à un événement incalculable

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Il faut bien, au commencement, quelque coup de téléphone : "Allô, j'écoute, je suis là, présent, prêt à parler et à répondre" - comme dans le "Shema Israel"

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Le talith enveloppe un seul corps, unique, pour la prière, la bénédiction et aussi pour la mort

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A travers la figure du dieu juif (lui en moi), ma prière s'adresse à une présence divine ou chekhina (elle en moi) qui emplit l'espace dans lequel mon athéisme peut se déplacer

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