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Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, le sujet, le moi                     Derrida, le sujet, le moi
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 10 octobre 2005 L'oeuvre, le "Qui", le "Quoi"

[Derrida, le moi, le soi, le sujet]

L'oeuvre, le "Qui", le "Quoi" Autres renvois :
   

Le sujet

   
   
                 
                       

1. Le "sujet" dont nous héritons.

Jacques Derrida n'aime pas beaucoup le mot "sujet". Il tend à prendre ses distances avec lui, à éviter de s'en servir. Mais comme le mot insiste dans la langue, il finit par le prendre à bras-le-corps et à en proposer une définition : le sujet serait celui qui ne donne jamais rien, qui calcule, qui s'inscrit dans le cercle de la dette et de l'échange, qui est toujours impliqué dans une économie symbolique, un système de réciprocité réglé par des identifications et des rituels. Cette définition du "sujet en tant que tel" prolonge une autre définition du sujet "moderne". Depuis le 17ème siècle [Descartes], le sujet se détermine comme présence à soi : c'est le sujet parlant de la philosophie, celui de la parole vive qui se pose comme mouvement d'intériorisation et de sublimation, celui de la voix de la conscience, de la compréhension, du discours, du savoir, de la différence sexuelle, du retour de la loi et aussi du père qui porte la voix divine. Depuis ses premiers textes, Derrida énonce et dénonce le rapport de ce sujet-là au logocentrisme et à l'écriture phonétique - qui selon lui ne commence pas avec la modernité, mais s'inscrit dans une tradition déjà active à l'époque des Grecs et des écrits bibliques.

 

2. Faire son deuil du sujet, du moi.

Peut-être y a-t-il eu une époque de la subjectivité [pour autant qu'on puisse faire crédit à cette notion d'époque] : celle où le maître croyait pouvoir dominer la nature, l'animal, la femme et l'enfant par son autorité ou son autonomie. C'est [ou c'était] l'époque de la virilité carnivore, avec son carno-phallogocentrisme. Il faut aujourd'hui faire son deuil de cette époque. Dans son rapport à soi, le travail du "je" commence par l'énonciation impossible : "Je suis mort", à la fois passée (je suis déjà mort) et imminente (ma mort pointe, depuis le futur). Le sujet est à la fois mort et pas tout à fait mort. Seulement endormi, comme Psychè, il sur-vit.

Dans le même mouvement, la subjectivité consciente se constitue et s'efface. Elle s'approprie les traces et les dilue dans une réserve de gestes, de programmes, de systèmes inconscients ou machiniques - qui peuvent fonctionner par-delà la mort, malgré l'absence totale de sujet. Si l'on peut parler de subjectivité, c'est dans une dérive du signe, une archi-écriture.

 

3. Restance.

Pour qu'il y ait eu du "moi", il aura fallu préalablement une parole plus vieille que le moi, une parole qui le précède et dise quelque chose qui sera resté secret. Le moi ne survit que comme reste de ce lieu, mais un reste actif, productif, une restance.

Avant toute autonomie possible du sujet, il y aura déjà eu, dans le texte ou l'écriture, un "Qui" : une instance qui engage, acquiesce, affirme, exige, porte en elle une responsabilité démesurée, irréductible à tout calcul subjectif. Il aura fallu cette instance, ou cet appel de l'autre, pour que s'ouvre, à partir de la parole vive, de l'auto-affection pure de la voix, la possibilité d'une émergence d'un sujet. Par la répétition du "s'entendre-parler", un monde se sera produit. Mais ce rapport à soi est aussi différence d'avec soi, asservissement à l'écriture.

Déjà là, en moi, il y aura eu un ennemi que j'aurai pu identifier, nommer, appeler. Cet ennemi aura été aussi familier que l'ami. Il aura été comme moi-même, un congénère, un double. Cet ami-ennemi est toujours là. S'il disparaît, je le rappelle. Je me projette en lui.

 

4. Décider, oeuvrer.

Aucune théorie du sujet ne peut rendre compte de la décision ni du jugement. Décider, c'est faire exception de soi, c'est laisser arriver le don de l'autre en soi. Oeuvrer, c'est laisser l'oeuvre se détacher de toute portée subjective.

Face à ce qu'on appelle l'animal, ce ne sont pas des "droits" qu'il faut proposer (car ce serait assigner le bénéficiaire de ces droits à une dépendance à l'égard de la vieille philosophie), c'est une autre éthique qui s'adresse à l'hétérogénéité du vivant.

 

5. Le sujet, de retour, ne coïncide pas avec soi.

Dès le départ, le sujet est dérobé, il ne coïncide pas avec soi. Dès qu'il se représente, il se brise. Il ne peut se donner que dans un espacement, un devenir-absent ou devenir-inconscient. De même qu'on n'a jamais rencontré le moi nulle part - car il n'est ni stable, ni donné, ni constitué, on n'a jamais rencontré le sujet autrement que par ses traces (le "je", la signature, le nom propre). Il n'a ni visage, ni corps, et s'il se touche, c'est dans l'auto-affection de la bouche (la profération). On peut dire que l'ouverture articulée de la bouche est son origine - une origine qui arrive, de nouveau, à chaque parole, mais ne trouve son lieu que dans le remplacement, la prothèse.

Quiconque (humain ou non) est capable de s'affecter soi-même, se marquer, s'organiser, se tracer, quiconque peut produire une signature de soi-même, un paraphe, se pose comme "je". Jacques Derrida lui-même, dans ses textes, n'hésite pas à dire "je"; son urage de la profération en première personne est exceptionnel, exorbitant. Mais ce "sujet" ne se présente jamais dans l'unité. Une subjectivité qui serait identique à soi serait innommable.

 

 

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Propositions

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Il y a, dans le texte ou l'écriture, une instance qui engage, acquiesce, interroge, un "Qui" d'avant toute autonomie possible du sujet : ni subjectif, ni humain

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Un sujet n'est possible que par un double mouvement : une auto-affection qui, en lui, produit le monde - et la répétition immédiate en l'autre du "s'entendre-parler"

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Le sujet est un "Je" sans visage et sans corps, sauf au lieu de la pure auto-affection où ce "Je" se touche : la bouche

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L'auto-affection pure de la voix rend possible la subjectivité

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Quiconque dit "Je", s'appréhende ou se pose comme "Je", est un vivant animal capable de s'affecter soi-même, de s'autobiograparapher

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L'ennemi est déjà là, en moi, je peux l'identifier, le nommer, l'appeler, même s'il a déjà disparu

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La responsabilité, qui ne se règle ni sur le principe de raison, ni sur un calcul subjectif, porte en elle une démesure essentielle

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[La structure du "s'entendre parler" (quand le sujet parlant s'entend au présent) est l'essence de la parole]

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Le sujet est un mouvement d'intériorisation - idéalisation - relève - sublimation

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Innommable est la subjectivité absolue : un étant identique à soi, présent comme substance

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L'archi-écriture ne pourra jamais être pensée sous la catégorie du sujet

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L'espacement, comme archi-écriture, est le devenir-absent et le devenir-inconscient du sujet

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Le sujet ne se constitue, dans l'écriture, que par le mouvement violent de son propre effacement

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La réserve constitue et efface en même temps, dans le même mouvement, la subjectivité dite consciente, son logos et ses attributs théologiques

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Dans l'écriture, la place du sujet est prise par un autre, elle est dérobée

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L'écriture phonétique est un autre nom de la constitution des sujets, au-delà de la portée naturelle de la voix

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Tout signe qui fonctionne malgré l'absence totale de sujet, par (delà) sa mort, peut être dit "écriture"

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"Par l'acte performatif qui lit et écrit la différence sexuelle, tu es appelé à exister"

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A l'origine du sujet, "Je se touche" au lieu béant de la bouche : événement d'une loi de fiction qui ne trouve son lieu que dans le remplacement, la prothèse

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Le sujet est produit, comme rapport à soi dans la différence d'avec soi, dans le mouvement de la différance

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On n'a jamais rencontré le moi nulle part; il n'y en a pas de donné, de sûr, de stable, de constitué - c'est un mouvement dont émane la trace

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S'"il y a" du moi ou de l'objet, c'est par restance de la trace - au-delà de toute ontologie

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On pourrait aujourd'hui appeler "sujet" l'expérience finie de la non-identité à soi, de la non-coïncidence avec soi - si ce mot n'était pas lié au "propre de l'homme"

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Derrida fait un usage exceptionnel, exorbitant, de la profération en première personne - il met en scène une certaine folie de l'ego cogito

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Dans sa référence à soi, le travail du je commence par une énonciation impossible, un "Je suis mort" passé et aussi imminent, qui pointe depuis le futur

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Il faut, aujourd'hui, faire son deuil de Psychè - c'est-à-dire du sujet en tant qu'il reste - car elle est expropriée, elle n'est plus un principe de vie

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En Psychè étendue (intouchable, intacte, intangible), ce qui est insupportable est qu'elle n'a pas de rapport à soi : elle est un subjectile qui ne sait et ne voit rien à son propre sujet

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Le sujet en tant que tel (identifiable, bordé, posé) ne donne jamais rien dont il ne calcule la réappropriation, l'échange ou le retour circulaire

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Le cercle est un symbole, le symbole du symbolique même - qui se produit dès qu'un sujet arrête le don

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La structure de tout sujet se constitue dans la possibilité d'un retour devant la loi

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Un schème domine le concept de sujet : la virilité carnivore, avec son carno-phallogocentrisme

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Une éthique qui reconnaîtrait aux animaux des "droits" analogues à ceux des humains resterait dogmatique et narcissique, dans la dépendance d'une philosophie du sujet

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[Dans le prolongement de la psychanalyse, la dissémination résiste indéfiniment à l'effet de subjectivité que Lacan appelle ordre du symbolique]

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Structurellement, toute décision signifie l'autre en moi, c'est un commencement absolu qui fait exception de moi; aucune théorie du sujet ne peut en rendre compte

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Le moi résiste à son effacement; sa restance préserve un "trait = X" pré-subjectif, pré-individuel, une marque qui donne lieu à la singularité d'un ego qui peut dire "je"

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Une oeuvre se détache de sa portée subjective

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Le philosophe est le sujet parlant par excellence

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Une coupure intervient au 17ème siècle dans la tradition logocentrique : on dénonce comme déchéance la non-présence à soi, l'éloignement de la voix et de la vie

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Le sujet se brise en se représentant dans le mouvement par lequel le livre, articulé par la voix du poète, se plie et se relie à soi

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