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Sources (*) : Derrida, le manque               Derrida, le manque
Jacques Derrida - "La vérité en peinture", Ed : Flammarion, 1978, p50

 

Fontaine (Eugene Atget, date inconnue) -

Derrida, le beau

Depuis Kant, le manque est le cadre de toute théorie de l'esthétique

Derrida, le beau
   
   
   
               
                       

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Kant présente sa propre critique du jugement comme "lacunaire". Sur quoi le jugement esthétique porte-t-il? Sur rien. Il n'apporte rien à la connaissance. Il n'est que pure subjectivité, mais bien qu'il ne soit que subjectif, il se dit universel, ce qui révèle, en son coeur, une énigme. Comme il n'y a pas de règles du beau, on ne peut constituer aucune esthétique. Tout ce qu'on peut faire, c'est "analyser les conditions de possibilité formelle d'un jugement esthétique en général, donc d'une objectivité esthétique en général" (Derrida). Et pour cela, Kant multiplie les manques. Le beau, dit-il, doit venir sans concept, sans jouissance, sans plaisir, sans intérêt, sans finalité. Cette théorie du "sans" qu'on trouve chez Kant, Derrida l'interprète comme théorie du cadre.

"A quoi tient le manque? De quel manque s'agit-il? Et si c'était le cadre. Si le manque formait le cadre de la théorie. Non pas son accident mais son cadre. Plus ou moins encore : et si le manque était non seulement le manque d'une théorie du cadre mais la place du manque dans une théorie du cadre" (La vérité en peinture, p50).

Car, selon Kant, qu'est-ce qui est beau? Un objet qui a la forme de la finalité, mais sans représentation d'une fin. Qu'est-ce que ça veut dire? Que l'objet beau est construit sur une certaine finalité, mais que nous ne la voyons pas (cette finalité), car elle n'est pas représentée comme telle. La fin qui oriente notre vue manque à la vision. Sans finalité, pas de beauté, mais il faut que cette origine de la beauté soit manquante. On se situe "a priori" dans un cadre où il manque quelque chose, et cela affecte notre conception du beau (p99).

Tous les discours philosophiques sur l'art, "de Platon à Hegel, Husserl et Heidegger" présupposent une limite entre le dedans et le dehors de l'objet d'art. Mais cette limite est parfois difficile à tracer. D'ailleurs Kant, voulant donner des exemples d'ornements (conclusion de l'analytique du beau, §14), cite le vêtement sur un corps, ou une colonne sur un temple. Pourquoi précisément ces deux exemples, plutôt qu'un autre élément artificiel? demande Derrida. Parce que sans eux :

"le manque au-dedans de l'oeuvre apparaîtrait; ou ce qui revient au même pour un manque, n'apparaîtrait pas. Ce qui les constitue en parerga, ce n'est pas simplement leur extériorité de surplus, c'est le lien structurel interne qui les rive au manque à l'intérieur de l'ergon. Et ce manque serait constitutif de l'unité même de l'ergon. Sans ce manque, l'ergon n'aurait pas besoin de parergon" (La vérité en peinture, p69).

 

 

Cela donne un éclairage sur la perspective Ctp : le fait que, lorsque nous voyons (nous contemporains), nous prenons appui sur une absence. Nous sommes habitués à nous orienter sur un élément manquant.

 

 

 


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