Accueil
Projet
Derrida
Œuvrance
Sources
Scripteur
Mode d'emploi
 
         
           
Lire Derrida, L'Œuvre à venir, suivre sur Facebook L'activité du site, suivre le blog

TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, la vie, la survie                     Derrida, la vie, la survie
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 2 juin 2013 Il faut vivre, encore plus que la vie

[Derrida, la vie, le vivant, la survie]

Il faut vivre, encore plus que la vie Autres renvois :
   

Derrida, la mort

   

Derrida, l'héritage

   
                 
                       

1. Du présent vivant à la différance.

Dès La voix et le phénomène, son premier texte publié (une analyse critique de la phénoménologie de Husserl), Jacques Derrida s'intéresse à la parole vive. Quand le sujet s'entend parler au présent, sa voix est un acte vivant absolument proche de lui. S'entendant lui-même, il croit entendre son propre, même en l'absence de monde. Dans la phonè, cette chair transcendantale, la vie et l'idéalité se confondent. Cette expérience du présent-vivant est double. D'un côté, elle est vécue comme intuition du sens, source et garante de toute valeur, porteuse de vérité. Mais d'un autre côté, elle renvoie à une structure d'auto-affection qui est pour Derrida l'autre nom de la vie. Cette structure, qu'il qualifie d'universelle, s'expérimente à travers le temps, et aussi à travers toute relation vitale. Au fil de son oeuvre, Jacques Derrida reprendra cette thématique en analysant de nombreux champs, par exemple le toucher ou la question du visage.

Vivre, c'est s'auto-affecter; et l'auto-affection est toujours aussi, irréductiblement, hétéro-affection : affection par l'altérité de l'autre, l'extériorité ou la mort. Ce rapport indissociable entre la vie et la mort, Derrida l'appelle différance. La différance, dit-il, qui n'est rien, constitue l'essence de la vie. Il n'y pas d'abord la vie et ensuite les écarts, les différenciations, les décalages, retards et après-coups : c'est la vie elle-même qui se produit. En se produisant, elle produit la trace, qui n'a pas de substance, et elle déborde toutes les oppositions, y compris entre la vie et la mort.

Pour survivre, le vivant doit modifier sans cesse son rapport à soi. Entre le corps, les mains, le visage, les yeux, la bouche, le cerveau, la station verticale, etc..., la relation ne cesse de bouger, de se transformer, entraînant avec elle le rapport du vivant à l'autre, à l'écrit, à la machine.

 

2. La vie sacrée, intacte.

On trouve dans certaines croyances l'idée qu'on pourrait accéder à une vie pleine, présente à elle-même, la restituer. Les religions exigent un arrêt respectueux devant ce qui doit rester sain et sauf (le vivant). Le christianisme de Hegel se situe dans cette veine, quand il pense l'être comme vie dans la bouche de dieu - et Marx, dans la même lignée, voit dans le travail, le corps ou la personne vivante (la valeur d'usage) une figure de la vie sacrée. Même Freud reste attaché à l'anamnèse, au primat de la mémoire vive, de la trace originelle et unique [mais ni l'oeuvre de Marx, ni celle de Freud, ne sont réductibles à un simple concept de vie]. Et l'on pourrait aussi citer, dans notre culture, le respect pour une transcendance infinie qui témoignerait de ce non-vivant qui nous excède (Dieu, la loi), l'attente du désir comme présence pleine ou la valorisation de la sexualité, du phallus, ce fétiche au service de la vie. On peut unir ces croyances en un même concept, une "logo-zoïe", qui soumet la vie du vivant au logos.

 

3. Le vivant, l'autre.

Chaque vivant est unique, indéchiffrable. Mortel, il s'effacera à son tour, laissant peut-être une trace, un nom. Il y a dans chacun, qu'on le qualifie d'animal, humain ou autre, des facultés secrètes, inconceptualisables, irremplaçables, des instances multiples, divisibles, en conflit ou en tension les unes avec les autres.

Tout vivant est en rapport avec l'autre :

- auto-affecté, il produit de l'autre en lui-même, un autre incontrôlable qui peut surgir au coeur du présent comme un spectre, ou irréductible et incalculable comme l'affect. Il faut que le vivant accueille cet autre, qu'il s'en défende, qu'il déploie contre lui des stratégies d'auto-immunité.

- il doit manger, s'incorporer des éléments étrangers qui sont susceptibles de le menacer, de lui être bénéfiques ou maléfiques. C'est la fonction du pharmakon, cette chose externe qui peut à la fois guérir et/ou contaminer. Suppléer la nature, y ajouter des organes artificiels, est une nécessité vitale; et c'est en même temps une machine de mort, la fabrique monstrueuse du souverain.

 

4. La-vie-et-la-mort.

Jacques Derrida ne se dissocie pas de l'héritage freudien. Il y a la pulsion de mort, qui vise au retour du vivant au point le plus bas de la tension, et aussi les autres pulsions, qui toutes conduisent, chacune par son propre chemin, au plus proche de soi, à l'inorganique. Le vivant n'est rien d'autre qu'un réseau de différence de forces - chacune conduisant à la mort. Vivre ou plus exactement garder la vie, c'est hériter de cette condamnation.

Par des télétechnologies - le "temps réel", le "direct" -, on prétend aujourd'hui présenter comme vivants des sons ou des images enregistrés qui ne sont que des reproductions, des artefacts, des archives spectrales. Avec la photographie et le cinéma, on touche peut-être à la survivance la plus absolue. Le sans trace, la mort semblent surgir de l'oubli, mais ce n'est qu'un simulacre.

 

5. Vivre, c'est survivre.

D'une part, la mémoire vivante est une illusion. Le propre est déjà radicalement absent, depuis le départ, et aucun retour sur soi, aucune tentative de restitution (même la plus experte) ne peut le faire revivre. La présence vivante a disparu, et les spectres qui la remplacent - écriture, marque, trace, programme, supplément, nom, renommée, date -, sont aussi puissants et plus efficaces que le souvenir de la Chose elle-même. C'est inéluctable. Et pourtant d'autre part, nous sommes tous hantés par un désir testamentaire : que quelque chose survive et soit transmis. Hériter, c'est témoigner, c'est réinterpréter, c'est traduire, c'est maintenir en vie ce dont on hérite et qui reste en partie étranger et secret. L'héritage n'est pas laissé intact : il est transformé, relancé.

La survie est toujours aporétique, ambigue. Du côté de la permanence, de la répétition d'une substance, d'une identité, elle insiste sur le cycle de la vie, qui est répétition et mort au-delà de la vie. Du côté de la restance, de l'itérabilité, de l'altération de la marque, elle ouvre la possibilité du surgissement de la "re-marque" qui transforme ce qu'elle répète. La survie est alors un renouvellement de la vie.

C'est cette vie en plus de la vie, indéfinissable à l'avance, qui peut faire l'objet de bénédiction ou de malédiction. Bénie, la vie appelle à la répétition des moments heureux [sur ce plan, on peut rappeler que le nom hébraïque du père de Derrida était Haïm, la vie]; maudite, elle prive d'avenir, elle fait survivre éternellement des figures pour lesquelles aucune surprise, aucun aveu n'est possible. Mais on ne peut exclure, dans les deux cas, qu'une vie supplémentaire prolifère et s'ajoute au dernier moment, faisant d'un bien la semence d'une catastrophe ou d'un mal une source de bonheur.

A cette imprévisibilité absolue renvoient à la fois la prière et les pleurs. L'une et l'autre suppléent au sacrifice; l'une et l'autre sont les prémisses de l'oeuvre.

 

6. Survie des oeuvres.

Une oeuvre hérite d'un événement (une expérience vécue au présent), mais ne peut survivre que si elle se coupe de cet événement, de ses sources et de son signataire. D'un côté, sa survie est machinique, répétitive, et d'un autre côté elle est incalculable, discrète et discontinue. La faire survivre est une tâche. Les oeuvres qui n'ont aucune nécessité disparaîtront. Les autres survivront en fonction de leur force, leur génialité, leur inventivité productive.

 

7. Apprendre à vivre, cet impossible.

"Mais apprendre à vivre, l'apprendre de soi-même, tout seul, s'apprendre soi-même à vivre ("je voudrais apprendre à vivre enfin") n'est-ce pas, pour un vivant, l'impossible? N'est-ce pas ce que la logique elle-même interdit? Vivre, par définition, cela ne s'apprend pas. Pas de soi-même, de la vie par la vie. Seulement de l'autre et par la mort. En tout cas de l'autre au bord de la vie. Au bord interne ou au bord externe, c'est une hétérodidactique entre vie et mort. Rien n'est plus nécessaire pourtant que cette sagesse. C'est l'éthique même : apprendre à vivre - seul, de soi-même. La vie ne sait pas vivre autrement" (Derrida, Spectres de Marx, p14).

Cette formulation, Il faut apprendre à vivre, énoncée en 1993 et répétée par Derrida peu de temps avant sa mort, ne doit pas être interprétée comme une exaltation de la vie ou un vitalisme. Dans toute son oeuvre, elle est affirmée et réaffirmée en tant qu'impossible. Il faut bien vivre, n'est-ce pas, c'est un devoir, c'est une tâche, c'est un impératif. Mais pour vivre, il faut aussi sacrifier le vivant : manger, se défendre, se confronter à la loi et mourir. D'une part nous sommes comme Psyché, nous ne pouvons pas faire notre deuil de la vie, mais d'autre part notre survie dépend aussi du non-vivant qui nous excède. Une vie qui témoigne de cet excès ne se borne pas à la répétition mécanique de la vie, c'est sa dignité. Le plus vivant de la vie, sa justice, c'est son avenir, c'est-à-dire ce qui vient en plus de la vie.

Cette impossibilité à vivre est l'un des points communs entre les concepts dits "éthiques" de Jacques Derrida : le don, le pardon, l'hospitalité, l'amitié, etc.. Incompatibles avec quelque statut que ce soit, ils nous protègent d'un risque mortel, celui de se refermer sur soi. A partir de ces concepts, on peut ouvrir la possibilité d'un autre aimance, d'une autre politique ou d'une autre oeuvrance, liée (mais autrement) à l'affirmation de la vie.

Pour qu'une amitié survive (que même après la mort de l'ami, elle résiste au temps), il faut que le temps se retire doublement - par intemporalité ou par renouvellement. On retrouve ces deux modalités dans le prolongement de la vie, et aussi dans les louanges posthumes ou les oraisons funèbres.

 

8. La sur-vie, ou la vie plus que la vie.

Survivre, ce n'est pas seulement résister à l'épreuve du temps, c'est aussi dire oui, et même deux fois oui, une première fois par l'affirmation d'un "Je vis", et une seconde en citant et réitérant cet acquiescement. Sous cet angle, la structure de la vie n'est pas éloignée de celle du récit. Vivre, c'est s'allier avec soi-même; survivre, c'est réitérer cette alliance en s'affectant encore une fois, dans une structure d'anneau, en tant qu'autre. C'est ainsi qu'à partir de rien (la littérature) peut surgir autre chose, qui vient en plus de la vie. Cet "autre chose" est lié à la structure même de la vie : itérative, inachevable, inarrêtable. nous ne l'expérimentons qu'en passant par d'autres défilés qui viennent en plus de la vie. On peut désigner ces défilés par des concepts ou quasi-concepts comme trace, différance, restance, ou les vivre au travers de rituels issus de la tradition. Dans le cas de Derrida, ce serait la circoncision comme première écriture, ou le talith comme rappel de la loi à même le corps - mais pour d'autres, d'autres rituels rappelleraient l'obligation d'outrepasser la vie dans la vie même. Dès qu'on vit, dès qu'on parle de vivre, on est débordé par ce vivre dont on parle.

Que Derrida réaffirme sans cesse sa préférence pour la vie, la vie courante, ne l'empêche pas de réitérer l'exigence inconditionnelle d'une vie la plus intense possible, d'une vie qui ne se borne pas à la vie, d'une survie qui ajoute à la vie plus que la vie (supplémentarité). Quand il écrit, au seuil de la mort, Préférez toujours la vie et affirmez sans cesse la survie, quand il bénit l'assistance, cette dernière phrase est, comme toutes celles qui l'ont précédée, double. La première bénédiction, celle qui peut venir de la bouche du père, ouvre l'avenir de la lignée. Mais au-delà de cela, il y aurait une bénédiction ultime, paradoxale, qui serait de partir sans laisser d'adresse, de laisser l'autre survivre "sans la surcharge d'un héritage, sans le poids d'un deuil", dans une imprévisibilité absolue - celle que reçoit l'orphelin. Avec son oeuvre Jacques Derrida aurait, à l'avance, fait don de cela, qui vaut "plus que la vie même".

Ce qu'il nomme sur-vie est cet événement impossible, interdit, qu'on n'a pas le droit de raconter mais qu'un récit, lu par un autre dans la langue de l'autre, peut mettre en oeuvre. Dans L'Arrêt de mort, Maurice Blanchot raconte l'histoire de deux femmes qui ne se soustraient pas à la mort, mais revivent autrement. Le récit déborde l'auteur, le signataire, le narrateur, il ouvre une autre alliance, un autre hymen entre les deux femmes qui suspend le cycle de la vie, brouille l'opposition entre vie et mort et laisse venir une autre force plus grande encore. Par cet hymen, c'est un autre événement de la vie qui est à-venir [entre deux femmes : non généalogique, non phallique]. On peut écrire ou penser un tel événement qui arrive sans arriver, par la littérature ou la philosophie, mais jamais il n'est présent. C'est le triomphe du "sur" : sur-vérité venant en plus, sans adéquation, inconnaissable, hypertopie (son lieu est toujours autre), crypte terrible, effrayante, dont le secret reste inavouable.

 

9. Dire "Oui".

Même si l'hypothèse est folle, illégitime, il faut, selon Derrida, dire oui, et même oui oui oui, à cette vie qui est plus qu'elle-même, cette vie neutre, blanche, la vie du "il y a" qui triomphe du binôme mort/vie. Mais il reconnaît que sa position est ambiguë, voire pathologique. D'un côté, la responsabilité, ce serait d'acquiescer à cette puissance. Mais d'un autre côté, cette jubilation, cette position triomphale, cette spéculation sur la joie, peut être lue comme un symptôme. En répondant à ceux qui l'accusent de mélancolie par un fantasme maniaque, Derrida prend le risque de réitérer, en lui, un trouble bipolaire.

 

 

--------------

Propositions

--------------

-

La voix est un acte vivant absolument proche de moi

-

La "phonè" comme parole vivante, spiritualité du souffle, unit la vie et l'idéalité

-

Animée par l'intention, par le souffle, la voix devient phonè, chair transcendantale, spiritualité vivante

-

Le principe des principes de la phénoménologie est l'intuition pleine et originaire du sens, c'est-à-dire la présence, le présent vivant

-

L'auto-affection est une structure universelle de l'expérience

-

On ne peut se retirer de la solitude du "Il y a" anonyme et neutre que par la vérité impensable de l'expérience vive : rencontre du visage

-

"Apprendre à vivre, enfin", n'est-ce pas, pour un vivant, l'impossible? C'est pourtant l'éthique même

-

La dignité de l'homme, c'est que, en témoignant du non-vivant qui l'excède (loi, Dieu, transcendance), la vie ne vaut qu'à valoir plus qu'elle même

-

Walter Benjamin réveille la tradition judaïque selon laquelle le plus vivant de la vie - qui vaut plus que la vie -, c'est sa justice, l'avenir de son être-juste

-

"Apprendre à vivre", c'est respecter la loi de l'autre (promesse et fidélité) selon la triple anagramme : respect, spectre, sceptre

-

La différance, qui n'est rien, constitue l'essence de la vie, et la vie, pensée comme trace, avant toute présence, est la mort

-

Qu'un "je" se cite soi-même, qu'il en fasse le récit, c'est ce qui, dans la vie comme dans la Genèse, donne lieu à l'alliance de l'affirmation avec elle-même : "oui, oui"

-

Avec la mutation du livre, ce qui se transforme est un rapport du vivant à soi : entre corps, mains, visage, yeux, bouche, cerveau, temps, station debout et distribution du discours

-

[Derrida, le pharmakon]

-

Le moi vivant est auto-immune : il accueille l'autre en-dedans et dirige, pour lui-même, ses défenses contre lui-même

-

L'affect, qui est le rapport du vivant à l'autre, est incalculable, irréductible, étranger à toute machine

-

Le spectre est aussi puissant et plus efficace qu'une présence vivante

-

La déconstruction trouve, dans la logique spectrale, au coeur du présent vivant, son lieu le plus hospitalier

-

Fantasme de Jacques Derrida : "Je suis déjà dans la mémoire de ceux qui me survivent, assistent à ma disparition et pleurent"

-

Les pulsions aident l'organisme à mourir de sa propre mort : une force qui garantit le retour au plus proche de soi, plus forte que "la-vie-et-la-mort"

-

Le vivant n'est rien d'autre qu'un réseau de différences de forces - qui conduisent toutes à l'inorganique, la mort

-

Pour qu'elles me survivent, il faut que les choses soient imprévisibles

-

Là où s'oublie la mémoire vivante, abritée dans une crypte, l'écriture abandonne son fantôme à la logique

-

L'expérience de la mort, c'est que je suis obligé de penser à ça (mon anéantissement), et qu'aussi je suis hanté par un désir testamentaire : que quelque chose survive et soit transmis

-

L'héritier doit répondre à une double injonction : 1. Réaffirmer ce qui n'est pas choisi; 2. Choisir de le maintenir en vie, le réinterpréter activement

-

Le temps se retire doublement de l'amitié : il faut qu'elle soit à chaque instant réitérée à neuf; et il faut qu'elle survive, qu'elle résiste à l'épreuve du temps

-

L'oeuvre hérite d'un événement, mais ne peut survivre qu'à se couper de son signataire

-

Dans ce qui fait oeuvre, il y a ce dont on n'hérite pas et à qui rien ne revient (le narcissique, l'immortel) et ce dont on hérite (ce qui, condamné à mort, garde la vie au-delà de la mort)

-

Il faut lutter pour faire survivre les oeuvres en fonction de leur force, leur nécessité, leur génialité, leur inventivité productive, dans un espace public ouvert au-delà de l'espace national

-

La traduction n'est ni une réception, ni une communication, ni une reproduction d'un texte dans une autre langue : c'est une opération destinée à assurer sa survie comme oeuvre

-

On ne peut rien dire de l'opposition entre vie et mort, si "vivre" déborde cette opposition

-

D'où tire-t-on l'axiome : "Il faut continuer à vivre", "Il faut survivre"? De la structure itérative, inachevable, inarrêtable, du procès de nomination, traduction, écriture

-

On ne peut séparer le nom et la mémoire, car le nom est toujours "en mémoire de", il survit d'avance à ce dont il garde la mémoire

-

Le nom, qui est la structure même de la survivance testamentaire, est arraisonné par une histoire, un héritage, une renommée

-

La question du témoignage (testimonium) n'est autre que celle du testament (testamentum) : survivre avant et au-delà de l'opposition entre vivre et mourir

-

Une "oeuvre" est coupée de ses sources; sa survie, incalculable, est nécessairement discrète et discontinue

-

La restance n'est ni présente, ni absente; c'est ce qui, dans la structure d'itérabilité, conditionne l'altération de la marque, sa transformation (re-marque) et son surgissement

-

Une structure universelle de la religiosité est l'arrêt, la halte respectueuse devant ce qui doit rester sain et sauf

-

Le désir est attente de la présence pleine qui devrait venir le remplir

-

[Marx vise un impossible : la vie pleinement présente, aussi désirable que la justice]

-

Marx mène une guerre sans fin contre tout ce qui représente le corps vivant, mais n'est pas lui : la prothèse, le langage, la différance

-

Marx, comme Stirner, ne peut opposer à l'onto-théologie que le principe hyperphénoménologique de la présence de la personne vivante

-

Freud, qui restait attaché au primat de la mémoire vive (anamnèse), a rendu possible une pensée de l'archive comme expérience du support ou de la prothèse (hypomnèse)

-

Le phallique, dans sa différence, a une double valeur : sa pure et propre présence / son fantôme, son spectre, son fétiche

-

Le triomphe de la vie qui triomphe de la vie, c'est que la partie comprend le tout, dans un rapport qui ne se laisse pas arrêter

-

La déconstruction est du côté de l'affirmation inconditionnelle de la vie, d'une survie qui soit la vie plus que la vie, la vie la plus intense possible, au-delà de la vie

-

En tant que lieu du "droit" à la littérature, un récit met en oeuvre ce qu'il n'a "pas le droit" de raconter : la sur-vie, cet événement impossible

-

L'amitié projette au-delà de la vie, elle conditionne la survie de l'autre, par-delà la mort

-

Partir sans laisser d'adresse est la bénédiction ultime : laisser l'autre survivre sans la surcharge d'un héritage, sans le poids d'un deuil

-

Ce qui vaut "plus que la vie même", c'est tisser le mourant-vivant du même fil, c'est faire à l'autre l'avance d'une vie, d'une oeuvre

-

La sur-vérité de la sur-vie, c'est qu'il faut la raconter dans la langue de l'autre, que j'invente à chaque instant, pour dire sa cause

-

La "vie plus que la vie", c'est prendre sur soi une force trop grande, incapable d'être ruinée par rien, acquiescer à cette Chose : l'"arrestance" d'un autre hymen

-

La victoire triomphale de la vie, cette chose terrible, c'est dire "oui, oui, oui" à vie-et-mort, ce "neutre" qui brouille la distinction du vivre et du mourir

-

Peut-être la prévalence de la question du deuil dans l'œuvre derridienne est-elle liée au nom de son père, "Aimé Haïm Derrida", dans lequel la vie est inscrite

-

[Il faut trouver dans la vie "encore plus que la vie"]

-

L'écriture est un intense rapport à la survivance, non par désir qu'après moi quelque chose reste, mais par jouissance, ici et maintenant, de la vérité du monde en mon absence radicale

-

Ecrire sans croire à sa propre survie, c'est écrire pour un présent qui n'est fait que du retour sur soi de cette survie déniée

-

L'hospitalité inconditionnelle lève l'immunité qui nous protège contre le tout autre; elle est impossible à vivre et incompatible avec quelque statut que ce soit

-

Chose par excellence, impossible, interdite, qui arrive sans arriver, la sur-vie n'aura jamais été présente : telle est sa sur-vérité, son hypertopie

-

Le concept de trace est coextensif à l'expérience du vivant en général : dès qu'il y a renvoi à l'autre ou à autre chose, il y a trace

-

Pour nommer l'homme, le distinguer des autres vivants, c'est à la notion de "programme" qu'il faut recourir : articulation dans l'histoire de la vie des possibilités de la trace

-

Sans accréditer la métapsychologie freudienne, on peut admettre que le vivant est divisible, constitué d'une multiplicité d'instances en tension, de forces et d'intensités différentes

-

La différance est le concept ultra-transcendantal de la vie qui permet de penser la vie et qui n'a jamais été inscrit dans aucune langue

-

Chaque animal vient à moi comme un vivant irremplaçable qui me regarde nu, répond à son nom d'une existence mortelle, rebelle à tout concept

-

La pensée gréco-judéo-chrétienne unit en un même concept, une "logo-zoïe", le logos et la vie du vivant

-

Le souverain, cette "prothétatique" monstrueuse qui supplée la nature en y ajoutant un organe artificiel, objective le vivant dans une machine de mort

-

On peut faire l'hypothèse d'une autre aimance ou d'une autre politique, au-delà du politique, qui lierait l'affirmation de la vie à la suspension de la possibilité de tuer

-

L'historien de l'art fait revenir le tableau comme reste ou mémoire d'un mort, comme s'il pouvait faire revivre son légitime propriétaire afin de lui restituer l'oeuvre

-

Intouchable à elle-même, livrée aux mains de l'autre, ne pouvant donner lieu qu'à des images ou des fantasmes, Psychè est presque morte

-

La trace au cinéma est le "ça a eu lieu là" du film, la survivance de l'oubli, du sans-trace

-

La spécificité des télétechnologies d'aujourd'hui, c'est qu'on garde "vivantes" des choses (voix, visage, geste, regard) pour les reproduire plus tard comme prétendument "vivantes"

-

Le cinéma est le simulacre absolu de la survivance absolue : il nous raconte ce dont on ne revient pas, la mort

-

A sa mort, Jacques Derrida s'est rendu à lui-même un hommage de silence

-

La bénédiction s'arrête quand quelque chose du passé, qui fut perçu comme bon ou mauvais, survit, prolifère et donne au mal un avenir

-

Penser l'être comme vie dans la bouche, dans l'unité du père et du fils, c'est le logos

-

Ne garder d'une pensée que sa loi de production, c'est la réduire à une grammaire, un théologiciel qui, en cautérisant les plaies et cicatrisant les circoncisions, prive d'avenir

-

A la "survivante éternelle", ce blasphème, ce parjure, cette figure du savoir absolu pour laquelle aucune surprise n'est possible, il faut répondre par l'aveu, la demande de pardon

-

Parler de l'"écrire" comme "survivre", c'est une apocalypse, et aussi un fantasme maniaque

logo

 

- Laaqib : Cette histoire de vie, c'est aussi l'histoire de Danel.

 

 


Recherche dans les pages indexées d'Idixa par Google
 
   
   
Follow @pdelayin

 

 

 

 

 

   
 
     
 
                               
Création : Qylal

 

 
Idixa

Marque déposée

INPI 07 3 547 007

 

Derrida
DerridaVie

AA.BBB

DerridaCheminements

LA.VIE

IncondVie

CG.LLK

AI_DerridaVie

Rang = zQuoisDerridaVie
Genre = -