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de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, le mal radical                     Derrida, le mal radical
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 9 décembre 2014 Derrida, le mal

[Derrida, le pire, le mal radical]

Derrida, le mal Autres renvois :
   

Derrida, le mal

   
   
Du mal radical aux inconditionnalités Du mal radical aux inconditionnalités
                 
                       

0. Annuler l'avenir.

Sous le vocable mal radical, ou sous cet autre vocable qu'est la loi du pire, qu'est-ce qui est nommé par Jacques Derrida? On répondra par cette autre expression apparemment plus claire : l'annulation de l'avenir. N'est-ce pas cela, ou ça, cette chose, que plus rien ne puisse arriver, ce qui peut arriver de pire? Quelles que soient les modalités du mal radical, elles conduiraient à ce plus grand risque, cette plus grande menace, celle qui détruirait toute foi, tout héritage, toute croyance, toute mémoire, toute promesse, et même toute possibilité de pensée ou d'oeuvre. Chaque fois qu'on supprime la possibilité d'un à-venir, le mal est absolu, il est tellement au-delà du mal qu'on ne peut plus tracer une ligne continue entre l'un et l'autre.

 

1. Un mal d'abstraction.

Pour annuler l'avenir, il n'est pas indispensable de détruire, la prédictibilité peut suffire. Elle peut se manifester sous des modalités diverses, qui ne conduisent pas toutes et pas nécessairement au mal radical : abstraction, cloisonnement, neutralisation, possession, objectivation, formalisation, métalangage, reproduction, religion, savoir absolu, violence étatique. Quand ces modalités se transforment en calculabilité universelle, en prédictibilité générale, en itérabilité machinique et irresponsable, alors ce qui se produit est un mal d'abstraction ou encore une abstraction radicale, un déracinement spécifiquement contemporain. Son lieu est la technique, la technoscience, la mathématisation ou le numérique. Laissée à elle-même, elle dissocie, délocalise, désincarne, schématise et désertifie. Sa puissance mondialisante n'épargne aucune institution. Elle est irréductible comme la mort.

Une figure qui se survivrait à elle-même, perpétuellement inchangée, sans oeuvre, ne laisserait place à aucune surprise, aucun aveu. Une telle survivante éternelle, ni vivante ni morte, serait un scandale, un blasphème. Pour celui qui vit, ce serait un parjure, une fausse survivance.

 

2. Détruire d'avance la possibilité de s'adresser à l'autre.

Que l'autre soit détruit, ou qu'il soit devenu inaccessible, irrémédiablement, cela ne revient-il pas au même? Chaque énonciation, chaque phrase s'adresse à un seul, et aussi à plus d'un, et aussi à tout autre. Son destin est l'errance. Si l'autre auquel la phrase pourrait s'adresser est irrémédiablement détruit (sans retour possible), ou si la possibilité de s'adresser à lui est éliminée, alors une phrase n'est plus une phrase, c'est une formulation, un algorithme, un programme. Une destruction de ce type hante toute énonciation - surtout celle qui se voudrait la plus intelligible et la plus logique.

Pour causer le mal radical, il n'est pas indispensable que l'autre ait effectivement disparu. Il suffit qu'on puisse exclure, virtuellement mais à l'avance, cet autre, cet auditeur, ce lecteur, cet interpréte - voire même ce frère. Car (malgré les reproches qu'on peut faire à un certain type d'humanisme ou de fraternité fondés sur le fantasme d'une origine ou d'une naissance communes), il ne faut pas succomber à la tentation du fratricide. Ce serait le parjure suprême, le crime des crimes.

 

3. De la pulsion de mort à la mort d'autrui.

On ne peut pas séparer le mal radical de ce que Freud a appelé pulsion de mort. Radicalisant ce concept, Derrida a nommé anarchive une force de destruction ou d'annihilation qui ne laisse derrière elle ni reste, ni document, ni monument, ni trace - ni archive. A cette anarchive est associée la figure de la cendre - pas la cendre réelle dont on peut analyser la composition, mais la figure d'une chose qui reste après qu'on ait brûlé ou ruiné l'archive, après qu'on ait supprimé toute trace de singularité vivante pour lui substituer une marque illisible.

Avec cet effacement, la possibilité même d'une réitération est supprimée, et avec elle la possibilité d'une survie vivante (c'est-à-dire mortelle). Toute archive engage cette menace infinie, démesurée. D'un côté, elle soutient la mémoire, mais d'un autre côté, elle contribue à l'oubli, elle témoigne d'une pulsion d'agression ou d'une cruauté qui l'excède. Cette cruauté psychique - désir de faire souffrir en y prenant plaisir -, seul Freud a tenté, sans alibi, dit Derrida (c'est-à-dire sans tenter d'y associer aucune justification d'aucune sorte, et pas même de signification) de la cerner dans ce qu'elle a de plus propre. Cette chose obscure, énigmatique, difficile à délimiter, déterminer ou définir, est au fondement de la jouissance que peut procurer le mal radical.

Jacques Derrida raconte, dans Circonfession, une scène terrorisante, une sorte de cauchemar dans lequel, pendant sa circoncision, on l'aurait lâché, laissé tomber, avant même de lui donner un nom. Cette situation anonyme où le corps sanglant, forclos, est abandonné, avant même qu'on puisse le citer, ce pourrait être une figure du mal radical.

Poser le mal radical dans son rapport à la mort, c'est aussi poser la question de la résistance à ce mal. Tu ne tueras point - ce commandement qui semble inconditionnel, universel, est aussi le plus universellement trangressé. La mort d'autrui est dévalorisée, elle ne compte pour rien. Il n'y a pour l'autre ni compassion, ni deuil. Cette éclipse est l'un des fondements du mal radical. On ne peut y résister qu'en pensant le sens du monde dans une relation à la mort d'autrui.

 

4. La possibilité du mal radical, il faut aussi l'accueillir.

Pour faire venir la justice, on fait appel à tiers : les institutions, le droit, l'Etat, la police. C'est nécessaire, inévitable, mais cela implique aussi, en même temps, l'acceptation de la violence et peut-être l'hospitalité au pire.

Au coeur du calculable, l'incalculable inscrit chaque fois la possibilité du mal radical. Ce qui institue le religieux peut aussi le détruire. Ce n'est pas une question externe, c'est la question de la religion elle-même, la question de la question, à laquelle il faut bien répondre.

 

5. Figures du mal radical.

Quand plus aucune figure ne peut être identifiée comme telle, pas même celle de l'ennemi, quand les frontières et les marques différentielles s'effacent, alors c'est le politique comme tel qui est menacé. Ce qui se présente comme dépolitisation est une surpolitisation, une hyperbolisation du politique. Ce qui arrive n'est pas un dysfonctionnement, c'est un mal sans mesure et sans fond, une violence inouïe (avec comme symptômes les plus visibles : torture, terreur, assassinats, crimes politiques). Politique et religion se dressent contre ce désert, tout contre, et en même temps elles l'imitent.

Pour penser la dislocation de la politique aujourd'hui (y compris telle qu'elle est pensée par un auteur aussi ambigu que Carl Schmitt), pour penser les formes nouvelles de la religion, il faut s'interroger sur les mots qui justifient l'ethnocentrisme, le nationalisme ou la xénophobie, par exemple le mot "frère". La fraternité est aporétique : d'un côté, elle est parfois la dernière ligne de protection contre le mal; et d'un autre côté, la solidarité des frères peut se retourner en hostilité absolue.

Dans une certaine tradition, le thème du mal radical est investi dans la figure du Diable, du Juif ou de toute force qui tendrait à détruire le "propre" ou l'"authentique". Il est alors identifié à l'autre, à l'hétérogène. Jacques Derrida tend à inverser cette problématique. Pour lui, le mal radical est plutôt ce qui tend à détruire, annihiler l'autre, ce qui tend à la répétition indéfinie du même.

On ne peut s'adresser qu'à un autre lointain. L'excessive familiarité, le non-respect d'une distance, d'un espacement qui préserve le secret, cela peut aussi mettre en jeu le mal radical.

 

6. Génocides, la Shoah.

Certains ont reproché à Jacques Derrida d'avoir peu évoqué la Shoah, de ne pas l'avoir analysée. Mais on peut aussi faire le reproche inverse - car toutes les figures du mal radical, quelles qu'en soient les modalités, y renvoient. Quand le droit se sépare radicalement de la justice, alors la loi est réduite à la violence pure. De ce qui arrive alors, aucune institution au monde, qu'elle ait été ou non participante ou complice, ne sort indemne, immune, saine et sauve. Mais bien qu'aucun humanisme ne puisse y résister, il ne faut jamais renoncer à l'analyser, à l'interpréter.

La "solution finale" n'a pas de nom et ne peut être pensée qu'à partir de son autre (ce qu'elle tente d'annihiler) : la singularité, la signature, le nom, l'inconditionnel.

 

7. L'oeuvre derridienne, une réponse au mal radical.

Pendant son adolescence marquée par la perte de la citoyenneté des Juifs d'Algérie en 1941-43, Jacques Derrida a été directement confronté à l'antisémitisme et au nazisme. Pour y résister, il fallait alors, et il faut toujours, conjurer le mal radical. On peut interpréter le mouvement général de son oeuvre et de sa construction théorique comme la dissémination de cet engagement. Penser un au-delà du mal radical, c'est aussi penser un au-delà de la pulsion de mort, de cruauté, de souveraineté et de pouvoir. C'est une tâche qui dépasse largement l'action politique courante ou la dénonciation du totalitarisme ou des guerres. Elle exige une discontinuité radicale, un saut qui ne se réduit ni à un engagement citoyen, ni même à une éthique : c'est un saut au-delà de l'humain, et même au-delà du la vie, un saut inconditionnel au-delà de l'au-delà - qui est peut-être le seul "horizon" de l'oeuvre derridienne, si l'on peut employer ce terme pour cet impossible, cet innommable.

Sans la possibilité du mal radical, du parjure ou du crime absolu, on ne ferait pas appel au double registre de la loi et du désir pour privilégier le saut dans l'incalculable. Il n'y aurait ni liberté, ni décision. De l'irréductibilité du "sans réponse" (le mal, la mort), surgit l'exigence d'une responsabilité infinie.

Les "principes inconditionnels" déploient, chacun dans sa singularité, une réponse à la loi du pire.

 

 

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Propositions

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L'annulation de l'avenir est le plus grand risque, le mal radical qui nous menace

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Une assurance qui détruirait d'avance la possibilité de s'adresser à l'autre comme tel, ce serait le mal radical; c'est ce sur quoi, avant tout, on ne désire ni ne doit pas vouloir compter

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Trahir l'humanité, ce serait le parjure suprême, le crime des crimes, la faute contre le serment originaire, la tentation du fratricide comme possibilité du mal radical

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La responsabilité est temporelle, de l'ordre de l'écoute, tandis que le respect est visuel, de l'ordre de la distance, du secret, d'un espacement dont la rupture entraînerait le mal radical

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La pulsion de mort est "anarchivique" : elle travaille à détruire l'archive, y compris ses propres traces

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L'archive engage la menace infinie de la pulsion de mort : un mal radical qui emporte et ruine jusqu'à son principe

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A la "survivante éternelle", ce blasphème, ce parjure, cette figure du savoir absolu pour laquelle aucune surprise n'est possible, il faut répondre par l'aveu, la demande de pardon

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Ne garder d'une pensée que sa loi de production, c'est la réduire à une grammaire, un théologiciel qui, en cautérisant les plaies et cicatrisant les circoncisions, prive d'avenir

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La possibilité du mal radical, comme telle, s'il y en a, ne doit être ni vivante ni morte

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La cruauté psychique, ce désir de faire souffrir pour y prendre plaisir - voire pour jouir du mal radical - est difficile à délimiter, déterminer ou définir

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"Psychanalyse" serait le nom de ce qui se tourne, sans alibi religieux, métaphysique ou autre, vers ce que la cruauté psychique aurait de plus propre

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Une figure radicale du mal marque notre temps et nul autre : le mal d'abstraction, porté par la machine et les technosciences

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Une décision déterminée par un savoir ou une théorie, même précédée de toute la science ou la conscience possibles, se transformerait en application irresponsable d'un programme

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L'essence de la maternité tient à la langue maternelle, tandis que le père occupe la place intenable d'une langue formelle ou d'un métalangage, impossible et monstrueux

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L'authenticité du pardon ou de l'excuse seraient menacés s'ils se réalisaient automatiquement, sans oeuvre - alors la scène de confession serait terrifiante, la justice serait injuste

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Pour penser la religion aujourd'hui, il faut la relier à un mal d'abstraction, un déracinement dont les lieux sont : la machine, la technique et la technoscience

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Aujourd'hui, la question de la religion arrive machinalement à revenir, pas comme question de la religion elle-même, mais comme question de la question - celle du mal radical

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Il faut l'hospitalité au pire, qui à la fois appelle et exclut le tiers, pour laisser venir la justice, accueillir l'autre et se protéger contre la violence de l'éthique

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Axiome schmittien : la politique surgit avec la figure de l'ennemi; si cette marque différentielle s'efface, alors c'est la différence même qui s'efface

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Tout ce qui détruit les limites classiques du politique favorise le déchaînement de l'hostilité pure : dépolitisation, surpolitisation, hyperbolisation du politique

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Quand on ne peut plus identifier la figure de l'ennemi comme telle, alors vient la violence inouïe, le mal radical sans mesure et sans fond

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On ne peut se protéger du mal radical par la fraternité, car la fraternité peut, elle aussi, se retourner en hostilité absolue

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Quand on résume l'humanité de l'homme ou l'altérité de l'autre au mot "frère", on veut ignorer d'où ça vient, la portée politique de ce langage obscur

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A partir de la possibilité irréductible du "sans réponse" (le mal, la mort) surgit l'exigence d'une responsabilité infinie

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Sans la possibilité du mal radical, du parjure et du crime absolu, aucune responsabilité, aucune liberté, aucune décision

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La tâche de tout citoyen, c'est de prendre en compte la discontinuité radicale entre un savoir sur les pulsions de mort et de cruauté, et un saut dans l'éthique, le droit ou la politique

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Il faut, pour résister au mal radical, être en deuil de tout autre, "penser" le sens du monde dans une relation à la mort d'autrui

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On ne peut se retirer de la solitude du "Il y a" anonyme et neutre que par la vérité impensable de l'expérience vive : rencontre du visage

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Il faut tenter de penser le nazisme depuis son autre : la possibilité de la singularité, de la signature et du nom

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Aucun humanisme ne peut se mesurer à la "solution finale", cette chose sans nom; et pourtant il ne faut pas succomber à la tentation de l'irreprésentable ou de l'ininterprétable

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De la Shoah, aucune institution religieuse au monde ne sortit indemne, immune, saine et sauve

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S'il fallait tirer un enseignement du "pire" (la "solution finale"), ce serait pour juger de la complicité des discours qui séparent radicalement le droit et la justice

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En secret, intraduisiblement, par une amitié poétique, résonne chez Carl Schmitt l'écho de la loi du pire

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On peut réinvestir le thème du mal radical dans une autre logique : le Diable ou le Juif dans l'idéal aryen

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Le pire, pour Derrida, le plus épouvantable, aurait été qu'on le laisse tomber, sans nom, pendant "sa" circoncision, qu'il soit laissé forclos, sanglant, impossible à citer

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[Par l'insistance de la forme "Il faut" qui sous-tend son oeuvre, Jacques Derrida tente de conjurer le mal radical]

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[Il s'agit, pour Derrida, de penser un au-delà inconditionnel de la pulsion de mort, de la cruauté, de la souveraineté, de la pulsion de pouvoir et du mal radical]

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