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 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, retrait, effacement                     Derrida, retrait, effacement
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 25 décembre 2006 Derrida, sa Cabale cachée

[Derrida, retrait, effacement]

Derrida, sa Cabale cachée Autres renvois :
   

Le retrait

   

La Cabale cachée de Jacques Derrida

   

Derrida, trait, retrait du trait

Oeuvrement, désoeuvrement Oeuvrement, désoeuvrement

Derrida, nos tâches

Il faut à l'oeuvre un sacrifice, un retrait               Il faut à l'oeuvre un sacrifice, un retrait    
                       

1. Archi-éthique ou politique?

Comment qualifier le retrait derridien? Est-ce un horizon, une décision, un choix? Aucun de ces mots ne convient. Dire qu'Il faut laisser l'autre venir, le laisser-être, c'est renvoyer à un thème biblique (ou lévinassien). Dieu, en se retirant (tsimtsoum), laisse à l'homme le soin de nommer les animaux. Ou bien pour lire le texte d'un autre, je dois assumer à la fois mon défaut et le sien, faire apparaître mon retrait. Peut-on nommer cela une éthique? Quand on se retire des déterminations, savoirs, jugements et valeurs du commun, pour privilégier la rareté, le repli, c'est d'une politique qu'il est question. Politique de l'amitié dit Derrida pour se rattacher, dans le même temps, à une tradition, aux apories qui la traversent et aux ruptures qui l'ont affectée.

Mais ce qui arrive aujourd'hui, peut-être, c'est que c'est le monde qui disparaît, nous sommes en deuil du monde. Alors je dois me retirer pour lui laisser la possibilité d'un espace, d'un espacement; je dois m'engager avec toi, cet autre, te porter, porter ton monde.

 

2. Il ne commence jamais, ne s'arrête jamais.

Le retrait ne commence jamais. Avant même l'ordre du langage, un acquiescement, un "Viens", s'est déjà retiré.

Le retrait n'est jamais fini. Il continue - et laisse ouvert à l'imprévisible. Ainsi se renouvelle l'espacement qui génère le texte. Jacques Derrida ne cesse de le décrire sous différents angles : la trace, le trait, la réserve, la garde, la déconstruction, le deuil, le gramme, l'inouï, l'exappropriation, le point, le spectral, le subjectile, le désoeuvrement, etc... Dans son analyse critique de la théologie négative, il l'a théorisé, mais sans en parler. (il était pour lui à la fois trop proche et inaccessible).

Chaque fois, ce qui ouvre la possibilité de la différence doit rester innommé, se retirer. C'est chaque fois un moment d'effacement, de disparition, qui est aussi, en même temps, débordement. En effet le retrait est toujours intempestif. Aussi proche soit-il, c'est un éloignement, une soustraction par rapport à l'espace courant de l'autorité théologico-politique. Les concepts inconditionnels comme hospitalité, don, pardon, amitié ou scrupule, retenue - voire des champs comme la littérature, opèrent dans cet espace.

 

3. Un retrait de l'être qui reconduit au rien, au désert.

Le mot "retrait" ou "re-trait" a été choisi par Jacques Derrida pour traduire les différentes dimensions du retrait heideggerien de l'être (Entziehung, Verborgenheit, Verhülung) - mais cette traduction, il le dit lui-même, est autre chose qu'une traduction. Le champ sémantique n'est plus le même. La pensée heideggerienne du chemin (Weg) est altérée. Ce qui est proposé est autre chose qu'un chemin, c'est un voyage inouï - un envoi sans destination, sans dérivation, sans métaphore, sans cheminement ni retour. Le mot déborde la critique de la métaphysique. L'être derridien n'est pas voilé ni dissimulé, il n'est rien. On ne peut en parler que "quasi"-métaphoriquement : il se réitère en se re-tirant du rien. Ce retrait-là ne reconduit ni à la présence ni à la vérité, il vaut pour son potentiel polysémique et disséminant - il est à l'oeuvre, sa tractation fait oeuvre.

En psychanalyse, le noyau anasémique de Nicolas Abraham, inaccessible, insaisissable, imprésentable mais inséparable de l'écorce [ce noyau qui est une autre lecture de l'inconscient de Freud], peut être lu comme une figure du retrait.

En privilégiant l'idéal et l'idée de vérité, le logocentrisme a contribué à effacer le signifiant, à libérer le sens. Mais la métaphore, cet oubli de l'être, devient aujourd'hui si proliférante et envahissante qu'elle se retire. Le débordement, lui aussi, reconduit au désert.

 

4. Un lieu archi-originaire.

Le retrait a lieu dans le temps, et aussi dans l'espace. Espace et temps sont indissociables. De l'un et l'autre, nous nous sommes, toujours-déjà, retirés.

Avant tout lien social, avant tout crédit, toute croyance, il faut supposer un lieu archi-originaire, un lieu de retrait : le désert dans le désert. Là se fonde le lien fiduciaire qui ouvre l'autre. En ce lieu où l'accès à soi est toujours différé, la différance est à l'oeuvre, la loi arrive silencieusement. Ce lieu originaire, irréductible, a disparu dans l'oubli. Il n'existe pas, pas plus que le propre, l'unique, oblitéré dès le premier matin du langage, ou le subjectile, ce fond sans fond qui conditionne la figure mais ne s'efface jamais complètement sous elle.

Avant nous, il aura fallu parler; mais de ce retrait, il ne faut pas parler.

 

5. Le retrait de l'identité, de la présence.

Ecrire [au sens de l'archi-écriture] est un acte violent. Il faut que s'efface d'abord la main puis la face du père, que le sujet se mesure à son corps absent, à l'angoisse de sa propre et irrémédiable disparition, à l'effacement de soi. Cet acte violent se rejoue dans différentes structures ou formulation.

Dans la marche, le retrait du pas se présente comme répétition, réitération, mais le processus est comparable. Dans le même mouvement par lequel il s'ouvre à lui-même, le pas se rapproche et s'éloigne, il se soustrait à la présence et à l'identité. Chaque pas est un autre pas, un pas sans pas. C'est la structure du X sans X, fréquente chez Maurice Blanchot. Le mot s'écarte de lui-même. En se soustrayant à son identité, il laisse la trace de ce qui a toujours été dissimulé, le tout autre.

A l'extrême, ce qu'on appelle usuellement le génie, la génialité du génie, pourrait être pensé comme la soustraction d'une singularité absolue à toute communauté, voire à toute forme de généralité.

 

6. Une mise en oeuvre.

Sans un retrait primordial qui laisse une place vide, spectrale, il ne peut y avoir création, oeuvre. Un tableau, par exemple, n'est que le reste d'une opération de peinture définitivement close. Il ne survit comme peinture à l'oeuvre que si sa promesse n'est pas épuisée (il s'est retiré de tout engagement préalable, dette, vérité ou discours). Son oeuvrement (l'acte qui fait de lui un tableau) ne se distingue pas de son désoeuvrement.

A ce retrait de l'oeuvre elle-même s'ajoute le retrait (du lecteur, du regardeur) devant l'oeuvre. Il ne peut lire, voir, qu'en se retirant de toute souveraineté, en renonçant à comprendre, saisir. Il ne peut que tourner autour de l'oeuvre, se tenir à distance. Cette série de retraits ou de ratures, Jacques Derrida la nomme sériature : c'est elle qui laisse oeuvrer l'oeuvre.

Tout ce qui, dans les arts visuels, peut se présenter comme empreinte ou mimesis, se retire. Pour qu'un dessin devienne visible, il faut que le trait [l'acte de tracer en tant que tel] s'efface, s'oublie, se fasse archi-trait. Même si le dessin raconte quelque chose, s'il tient un discours, une rhétorique, il est irréductiblement muet. Sa parole ne remplace ni le trait, ni le modèle. Ce dernier se tire, reste pour toujours hors du tableau, malgré les efforts du peintre et le savoir des commentateurs et des experts. Ce que montre une photographie est toujours une trace, un fragment, dissocié d'une totalité absente.

Un poème n'est pas lu dans son temps à lui, son "je" se retire, il laisse venir le temps de l'autre, il laisse parler l'autre dans ce qu'il a d'irréductible. Blanchot, peut-être, aurait voulu faire un don de ce genre. En cachant sa signature, il aurait laissé venir le bord, la mort, le dehors ou l'eau - des figures du vide, de l'oubli de l'oubli, mais ces figures étaient aussi un poison pour lui-même. Il en était paralysé, il tremblait, il criait. Il ne pouvait signer son propre retrait qu'avec effroi.

C'est ainsi que Freud a opéré dans le septième chapitre d'Au-delà du principe de plaisir. En se dégageant de toutes les fidélités, familiales ou analytiques, il a choisi de transgresser l'économie conceptuelle qu'il avait lui-même instaurée. Depuis cette scène d'écriture, acquitté de toute dette, il a pu laisser aller sa spéculation selon son bon plaisir, laissant au lecteur éventuel la charge de juger ou de conclure. Ce détachement pourrait être une définition de l'oeuvre, ou de l'oeuvrance.

 

7. Un retrait absolu.

Le retrait ne conduit à rien d'anticipable, il ne dévoile rien. Il tient au corps comme un talith, il désubjective et s'efface lui aussi devant l'imminence d'un verdict.

Et peut-être peut-on aller encore plus loin : vers un retrait ultime, absolu, qui déchargerait entièrement l'autre de tout héritage. Bien qu'il renvoie au re-trait ab-solu du nom révélé de Dieu, ce retrait n'est pas mystique : c'est celui de la trace.

 

 

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Propositions

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La trace de la différance s'efface elle-même. Disparue dans l'oubli, elle est innommable comme telle, illisible dans la forme de la présence

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Le "graphein" (archi-écriture) est effacement originaire du nom propre, oblitération du propre qui se produit dès le premier matin du langage

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Un trait ou "archi-trait", innommé, ouvre en se retirant la possibilité du langage, du logos, de la langue et de l'inscription parlée autant qu'écrite

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Avant nous, "il aura fallu parler"; mais de la trace de cette nécessité, de cette injonction immémoriale qui n'arrive qu'à s'effacer, "il ne faut pas parler"

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Un "Viens" chaque fois unique, éternellement répété, se soustrait à l'ordre du langage, il s'affirme sans procéder d'aucune autorité, aucune loi, aucune hiérarchie

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Penser la trace, c'est accepter son effacement, sa disparition irrémédiable, non par accident mais comme l'horizon qui rend l'inconscient possible

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Le sujet ne se constitue, dans l'écriture, que par le mouvement violent de son propre effacement

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X sans X : En écartant le même du rapport à soi, ce re-trait le soustrait à son identité et laisse la trace de ce qui a toujours été dissimulé, le tout autre

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[Derrida, théologie négative, prière]

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La loi est un rien qui, dans un lieu vide, diffère incessamment l'accès à soi

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On peut traduire, aujourd'hui, l'"Entziehung" heideggerien - ce voilement de l'être - par le mot "retrait", altéré et chargé de tout son potentiel polysémique et disséminant

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Le mouvement de la différance qui ouvre l'écriture est un retrait de la face du père

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La puissance propre à la littérature consiste à vous donner à lire, grâce à la grâce qui vous est faite de vous retirer de toute souveraineté, de tout pouvoir de décision

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La réserve constitue et efface en même temps, dans le même mouvement, la subjectivité dite consciente, son logos et ses attributs théologiques

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Pour faire droit au texte d'un autre, je dois assumer son défaut, faire apparaître mon retrait depuis son retrait

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Blanchot signe en cachant sa signature dans le sans-nom, le pas-de-nom, l'oubli du nom ou le retour d'un son : par exemple (o) dans eau, zéro, il faut, dehors, bord, mort

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Ce qui arrive chez Blanchot, c'est qu'il n'arrive pas au bout de son mouvement; avant d'aborder l'autre il tremble, il signe avec effroi son propre retrait, son pas vers l'autre est paralysé

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Le don de Blanchot, c'est qu'il se donne au-delà de l'être, dans l'oubli de l'être - SAUF que cet oubli de l'oubli est aussi un poison qu'il lui faut vomir en criant son nom

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Le trait qui institue l'oeuvre, avec un dedans et un dehors, est toujours divisible; sa divisibilité - qui est aussi contraction, retrait - fait texte, trace, reste, et aussi idiome

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En dénonçant le retrait de la main qui s'opère avec la machine à écrire, Heidegger dénonce l'essence même du geste d'écrire et de l'écriture

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Un retrait (tsimtsoum) maintient à jamais l'espacement qui génère le texte

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Par le mot "retrait", Derrida se confronte à la pensée heideggerienne du chemin et propose un voyage inouï, un "envoyage" (envoi sans dérivation, cheminement, ni retour)

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L'être n'étant rien, on ne peut en parler que "quasi"-métaphoriquement, avec la surcharge d'un trait supplémentaire, d'un "re-trait"

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En contractant avec lui-même, se traitant, se recoupant, se retirant, le trait entame une transaction avec la langue de l'autre, il se fait oeuvre

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L'époque du logocentrisme, qui est celle de l'écriture phonétique, est aussi celle de l'effacement mondial du signifiant, dont le retrait libère la conscience

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La voix s'entend au plus proche de soi, comme l'effacement absolu du signifiant, qui est la condition de l'idée même de vérité

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Le plus intempestif aujourd'hui, l'inconditionnel, c'est ce qui permet de se soustraire à l'espace de l'autorité théologico-politique

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[Aujourd'hui, au moment de son extension la plus envahissante, la métaphore se retire]

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L'impératif inconditionnel de toute négociation serait de laisser ouverte la possibilité de l'avenir

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L'archi-originaire de la religion se tient en un lieu de retrait où tout crédit se fonde : désert dans le désert, origine qui est la duplicité même, entre khôra et messianisme

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On peut désormais penser une "autre tolérance" comme scrupule, retenue, respect devant la distance de l'altérité infinie

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L'absence du maître à philosopher est inévitable; par le retrait de son corps sublime, il hante la scène, la domine comme un fantôme

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Le lieu de la spectralité est celui où on doit laisser une place vide en mémoire de l'espérance : la démocratie à-venir

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[L'acte de l'oeuvre, son oeuvrement, ne se distingue pas d'un désoeuvrement]

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Un tableau est "une peinture à l'oeuvre" : il n'est là que pour la peinture, sans autre rattachement que sa restance picturale

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Le subjectile, fond sans fond, se retire à l'infini derrière les figures, mais jamais complètement : il y a toujours plus de fond, de la figure vient en plus

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Devant l'oeuvre dite d'"art", Jacques Derrida se retire : il ne parle pas d'art, ne le fait pas parler, il tourne autour des oeuvres

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Penser la génialité du génie, c'est penser ce qui soustrait une singularité au général, au partageable, au genre ou à la communauté du commun

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Quand un monde disparaît, ou quand il se retire, ou avant même qu'il ne soit apparu - je dois m'engager envers toi, cet autre, te porter

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La pure hospitalité (accueil sans condition), c'est accepter que l'autre fasse loi chez moi

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On peut traduire la phrase attribuée à Aristote : "O philoi, oudeis philos" par : "Celui qui a trop d'amis n'en a aucun" (en amitié, il faut préférer la rareté, le repli, le retrait)

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Il n'est d'amitié ou d'aimance qu'à la condition de se retirer des déterminations, savoirs, jugements, valeurs, qui éloigneraient de la singularité solitaire

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On peut comparer le Moi de la psychanalyse à une figure étrange, double, abyssale, dissymétrique et anasémique : l'"écorce-et-le-noyau"

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Il y a dans le texte de Freud "Au-delà du principe de plaisir" sept chapitres - comme dans le récit biblique de la création

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Freud parle depuis une scène d'écriture où son bon plaisir a le dernier mot; en ce non-lieu, il est acquitté de toute dette

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"Au-delà du principe de plaisir", Freud transgresse l'économie même; ne pouvant s'acquitter de ce qu'il promet, devenu insolvable, il choisit de se retirer

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Partir sans laisser d'adresse est la bénédiction ultime : laisser l'autre survivre sans la surcharge d'un héritage, sans le poids d'un deuil

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Dans tout récit, il y va d'un "pas" qui rapproche et éloigne, ouvre à lui-même sa propre distance, ne se forme que pour se soustraire à la présence et l'identité

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L'oreille est un organe dont la structure produit le leurre, l'effet de proximité, de propriété absolue, l'effacement idéalisant de la différence organique

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Il faut s'attendre au messie comme à l'imminence d'un verdict qui ne dévoile rien qui tienne, ne déchire aucun voile, mais invite à la diminution, au retrait, au départ, à la relève de l'autre

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Emmanuel Lévinas (E.L.) ne fait pas oeuvre, il laisse oeuvrer l'oeuvre, il la laisse faire oeuvre par la "sériature", cette série de ratures ou retraits qui inscrit la trace de l'effacement

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[Par son oeuvre, Jacques Derrida déclare : "Voici mon talith", "Me voici l'homme au talith"; il fait du texte signé de son nom un talith]

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[Les impouvoirs de l'oeil donnent au dessin sa ressource, quasi-transcendantale - que nomment aussi les discours de la théologie négative (retrait du dieu invisible)]

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"Cela" (le modèle ou paradigme du dessinateur) qui reste sans exemple, s'est tiré (retiré) pour laisser place à la lignée des dessins

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En se retirant, le trait du dessin laisse une parole, une rhétorique qui articule un ordre du discours

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La peinture rend, restitue, réajuste ou complète ce qui s'est retiré, hors d'usage, hors du tableau

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Par la poésie, il faut laisser parler ce que l'autre a de plus proprement sien : son temps - son propre temps, il faut le donner à l'autre

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Dans la photographie, le tout se retire et ne laisse des traces qu'en forme de fragment

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Il arrive un moment où le Démiurge platonicien ne fait rien; c'est alors, dans ce désoeuvrement, cette destitution ou cette mort symbolique, qu'il fait oeuvre

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La sériature derridienne, définie à partir de la pensée de la trace chez Lévinas, renvoie au re-trait ab-solu du nom révélé de Dieu

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En laissant à l'homme solitaire et souverain la liberté de nommer les animaux, Dieu s'abandonne à la radicale nouveauté de ce qui va arriver : le pouvoir de l'homme à l'oeuvre

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